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Capture d’écran (121)

TEST : KOUDELKA

Créé par Hiroki Kikuta (compositeur de Secret of Mana), Koudelka est telle la créature de Mary Shelley, un jeu étrange, rapiécé, amalgamant survival-horror, RPG et tactical-RPG. Des genres qui parfois s’harmonisent et parfois se désaccordent. Véritable Ovni vidéoludique, Koudelka est le reflet de Hiroki Kikuta, un homme de lettres à l’érudition impressionnante mais aussi très ambitieux, peut-être trop d’ailleurs compte tenu des moyens qu’il avait à disposition à l’époque. Mais peut-on lui en vouloir d’avoir voulu bousculer les codes bien établis du RPG ? Sur certains points Koudelka est assez avant-gardiste dans sa catégorie et sur d’autres il est beaucoup plus dans les cordes. Mais qu’importe, ce titre mérite qu’on s’y attarde.

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Koudelka, la belle gitane au caractère bien trempé

 

Qui est le père de Koudelka ?

Recruté par Square à la suite d’un entretien avec Nobuo Uematsu (le compositeur de nombreux Final Fantasy) pour trouver du travail dans la composition musicale (discipline qu’il a pratiqué entièrement en autodidacte), Hiroki Kikuta va réaliser pour l’éditeur quelques projets dont l’un qui va inscrire son nom dans le club très privé des compositeurs cultes de jeu vidéo. Ce projet, son galop d’essai dans le milieu du jeu vidéo, c’est tout simplement Seiken Densetsu 2 (Secret of Mana). Bande son culte qu’on ne présente plus, cet ouvrage qu’il livre en travaillant plus que de raison pour habiller musicalement le RPG de Koichi Ichii sort en 1993. Pour ce travail il est par ailleurs épaulé par un ingénieur qui n’est autre que Yasunori Mitsuda le futur compositeur de Xenogears et Chrono Trigger. Il sera accompagné la même année d’un album de réorchestration intitulé Secret of Mana +. Sorte de réorchestration expérimentale et fascinante à la manière du Amarok de Mike Oldfield sorti 3 ans avant en 1990. Secret of Mana + est’ il le signe que H.Kikuta est à l’étroit avec les contraintes imposées par le processeur sonore de la Super Famicom (Super Nintendo chez nous) et qu’il veut aller plus loin ? 2 ans plus tard, il rempile pour Senkei Densetsu 3 (Trial of Mana). Là aussi, son travail est exemplaire et il pousse la machine dans ses derniers retranchements. H.Kikuta parvient, à la manière de Yuzo Koshiro sur Bare Knuckles (Street of Rage) a utiliser les sonorités atypiques de la machine sur laquelle il travaille pour créer un style propre et très reconnaissable. C’est ainsi que ses compositions sur le diptyque Mana de la Super Famicom sont encore aujourd’hui, indissociables des grandes heures du jeu vidéo des années 1990 et ont contribué à faire de Seiken Densetsu une série culte. L’ère 16 bit se termine et Square consomme son divorce avec Nintendo en centrant ses productions uniquement sur la console PS1. Fort du support CD, H.Kikuta toujours salarié de l’entreprise se voit confier la bande-son d’un jeu assez peu connu aujourd’hui du nom de Sôkaigi. Le jeu restera assez anecdotique mais encore une fois le travail musical de l’homme est de très grande qualité. Sôkaigi dispose d’une bande-son riche et habitée, presque trop en avance vis-à-vis de la qualité du titre. Les ventes ne sont d’ailleurs pas au rendez-vous et H.Kikuta s’étant énormément investi, est déçu. Il décide alors de quitter Square pour créer un jeu sombre et plus adulte et en résonance avec une fascination qu’il a pour la littérature britannique du 19e siècle. Ce jeu c’est Koudelka. H.Kikuta est diplômé de l’université d’Osaka en philosophie, science religieuse et anthropologie ; des spécialités qu’il injecte dans son projet. Avec quelques anciens de Square l’ayant suivi dans l’aventure, il crée le studio Sacnoth et se voit financé son jeu par SNK afin de se donner les moyens nécessaires de développement.

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Le Néméton, lieu de toute l’intrigue de Koudelka

 

Une approche moderne de création pour son époque.

Une fois le studio monté, le développement débute et est rapidement chaotique. H.Kikuta gère tout et ne délègue quasiment rien. Sa volonté de vouloir créer le jeu parfait à la croisée des genres le ronge, et il désire faire de son titre un jeu mélangeant RPG traditionnel, T-rpg et survival horreur. Un mélange somme toute assez casse gueule mais pas inintéressant de prime abord. Ses exigences sont énormes et dépassent le champs des possibles du studio. Koudelka a bien des égards est un jeu très avant-gardiste dans sa manière de procéder. Des acteurs sont engagés afin de jouer les personnages via le procédé de motion capture et H.Kikuta une fois de plus, chapeaute tout à la manière d’un Neil Drukmann (The last of us 2). Il dirige ses acteurs pour chaque scène, que ce soit mouvements ou dialogues. De ce point de vue-là le titre est encore aujourd’hui assez impressionnant et même si le rendu, limité par le support PS1 a bien évidemment vieilli. La qualité des dialogues et du doublage  n’ont rien à envier aux meilleures productions actuelles. La motion capture de Koudelka a été enregistrée en janvier 1999 dans un studio de Santa Monica, à Los Angeles du nom de Futurelight. Cette société de production vidéo était généralement en charge de SFX pour des films hollywoodiens tels que « Godzilla ». Nous somme donc en 1998, bien des années avant les productions de Quantic Dream. C’est donc avec cette approche et ces techniques modernes qui vont être mises au service d’une histoire teintée de mysticisme, d’alchimie, et d’éléments fantastiques du folklore européen tels que la dame blanche.

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Espiègle et pleine de secrets, Koudelka est un personnage attachant et intéressant.

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Une introduction à l’ambiance sombre et brumeuse

 

L’ésotérisme au cœur de l’aventure.

L’introduction du jeu prend place le 31 octobre 1898. Ce jour est particulier puisque nous sommes au bord du soir et qu’approche la nuit de Samain (date où les morts passent dans le monde des vivants selon les traditions celtiques). L’ambiance fantastique d’un Pays de Galles sauvage s’illustre dans une introduction aux couleurs grisées par brouillard humide et perçant comme la lande du Dartmoor de Conan Doyle quand il nous compte le Chien des Baskerville. Une jeune femme encapuchonnée se rend à cheval vers une étrange bâtisse abandonnée répondant au nom de manoir Néméton. Le Néméton était pour les druides le lieu de culte sur lequel on pratiquait diverses cérémonies. À l’époque de l’expansion du christianisme, il était assez habituel que sur les anciens lieux de culte païens, soient érigés des églises ou des monastères. Koudelka Lasant est une jeune gitane ayant des capacités de guérisseuse, rapidement elle fait la connaissance de Edward Plunkett après lui avoir sauvé la vie et l’avoir soigné. Quelques heures passées, le couple tombe sur James O’Flaherty, un prêtre très à cheval sur les dogmes et ayant en horreur tout ce qu’incarne la jeune femme. Koudelka, avec son profil de sorcière et son caractère bien trempé ne manquera pas d’ailleurs tout au long du récit de le chambrer. Ce groupe d’originaux aux profils que tout oppose vont vivre une aventure et mener l’enquête à travers ce lieu très particulier et habité de bien des façons. Mystères, références littéraires et légendaires à foison, évocations régulières de thèmes hermétiques et ésotériques… Tous ces éléments sont le sel de Koudelka, de son histoire bâtie sur une éloquente justesse narrative à des dialogues pertinents en passant par une mise en scène sobre qui ne joue jamais la carte de la surenchère.

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Les menus sont élégants

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Le manoir sera le théâtre de pas mal de rencontres

 

Un gameplay cryptique

Dans sa forme, Koudelka est plus proche du Survival Horror que du RPG. L’action se passe dans un miroir, l’ambiance est très sombre et le lieu où se passe l’aventure entièrement peuplé de personnes pas très saines d’esprit. Les objectifs de jeux ressemblent pour beaucoup à ceux des Resident Evil. On récupère des éléments pour débloquer des mécanismes qui donnent accès à des portes, qui elles,  donnent accès à d’autres salles où se cachent d’autres secrets et ainsi de suite… Cette structure globale s’étend sur une durée de vie de 15 20 heures espacée sur 4 CD. 4CD faisant la part belle aux nombreuses cinématiques bien sur. Ce qui différencie le jeu d’un pur Survival-Horror, ce sont les combats aléatoires qui ponctuent les trajets dans le manoir. Niveaux à passer, items à récupérer, magies à évoluer, combats au tour par tour, toutes les bases classiques des RPG sont également au rendez-vous. Les combats s’articulent par ailleurs sur une sorte de damier où les personnages se déplacent case par case et rappellent pour beaucoup les systèmes de Tactical-rpg. Vous l’aurez compris, Koudelka mélange les genres et part dans de nombreuses directions. Si cela peut, sous un certain regard être intéressant et qu’il est évident que ces concepts auraient pu cohabiter ensemble, certaines choses manquent cruellement à Koudelka. Pour commencer un véritable équilibrage de la difficulté. Le jeu est en totalement dénué, on se retrouve en quelques heures à taper de 20 à 5000. La difficulté est parfois totalement absente. Les monstres tapent même à zéro alors que d’autres nous tuent en 1 coup. Ajouté à cela, une série d’idées étranges qui sabre encore plus le système : les armes cassent après usage alors que le jeu nous demande de les utiliser pour les faire progresser (à la manière d’un Final Fantasy II), certains items très intéressants ne se débloquent que si on sauvegarde à des heures très précises du compteur de jeu. Les magies sont également évolutives si on les utilise beaucoup, mais les combats sont de toute façon au-delà du boss caché et du vrai boss de fin, une formalité. En résumé, à vouloir trop en mettre, Sacnoth s’est quelque peu perdu en route. Malgré ça Koudelka reste un jeu plaisant à jouer car il n’est pas prise de tête et son côté touche à tout en fait une expérience intéressante malgré tout.

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Des combats mixant tour par tour et tactical Rpg

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Ambiances et énigmes s’inspirant des survivals horror

 

Ambiances gothiques et mélodies fugaces

D’un point de vue esthétique, le jeu est plutôt beau de par son ambiance avec ses teintes parfois sépias, offrant par moments de beaux éclairages à la bougie ou encore de belle lumière de clair de lune. L’architecture du Néméton oscille entre le médiéval et le gothique et les différents environnements sont raffinés et dans l’esprit du 19e siècle. Les décors du jeu intégralement en précalculé restent quand même en matière de finesse, en dessous d’un Final Fantasy IX ou d’un Chrono Cross, d’autres RPG utilisant le même rendu et proches dans leur date de sortie. Le jeu datant de fin 1999, arrive donc un peu tard et malgré des technologies de captures de mouvement, offre des animations assez rigides par moment. La modélisation des personnages n’est pas non plus très réussie. Le bestiaire dans l’esprit horrifique, n’est pas très impressionnant et les monstres manquent de prestance. Les arènes de combat sont noires et sans décor, ce qui rend ces phases assez tristes mais dans un sens, augmente l’esprit horreur du titre. La musique quant à elle est plutôt discrète bien que le réalisateur soit initialement un compositeur de jeu vidéo. Cependant les quelques mélodies présentes habillent très bien les moments qu’elles accompagnent et le superbe doublage fait le reste du travail sonore et amène l’immersion.

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Une ambiance nocturne  réussie

CONCLUSION
En définitive, Koudelka est un jeu d'ambiance avant toute chose. Proposant un univers et un récit rare pour le monde du jeu vidéo de cette époque-là. Sa mise en scène sobre, le bagage littéraire de son créateur, ses dialogues toujours justes et le jeu d'acteur d'acteurs des doubleurs sont les points forts du titre. Des points qui en font une œuvre réellement digne d'intérêt et aussi captivante à suivre qu'à étudier. Koudelka est avant-gardiste sur quelques points et se présente réellement comme un jeu d'auteur. Un auteur que rien n'a pu retenir et qui est parti dans trop de directions différentes notamment dans la création des systèmes de jeu. Bordélique et expérimental dans ce sens, le titre de Sacnoth n'en reste pas moins un RPG unique qu'il est passionnant de découvrir tant il offre au genre un visage unique.
EVALUATION DE LA REDAC
Son
9
Graphisme
7.5
Animation
7
Jouabilité
5.5
Intérêt
9.5
Les plus
  • L'ambiance et l'écriture
  • Les doublages français
  • Le trio de personnages vraiment réussis
  • La scène au coin du feu
LES MOINS
  • Un système de jeu brouillon
  • La notion RPG/progression totalement cassée
7.7
10
Super

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Merode
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.

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