Le Monde de Ran : La petite merveille de Aki Irie

Le Monde de Ran : La petite merveille de Aki Irie

Pourquoi quand on a à peine 10 ans sur sa tête on désire parfois devenir grand ? Enfreindre les interdits ? Ou encore vivre des expériences d’adulte ? Ces questions sur l’enfance sont le cœur du récit qu’Aki Irie nous expose dans Le monde de Ran aux Éditions Black Box. Un manga original au dessin élégant et fort d’un récit qui, par le prisme du fantastique nous expose à des cas de conscience que chaque être humain est disposé à se poser un jour dans sa vie. L’intégralité du récit se construit autour de Ran et son petit monde dans lequel elle tient le rôle central. Celui d’une petite fille aux capacités magiques réelles et prometteuses mais étant tellement tête en l’air et éprise de liberté que la maitrise de son art est loin d’être gagné. Au plus grand dam de son frère Jin qui tente tant bien que mal à garder son petit bout de frangine dans l’enceinte familiale. Mais Ran bien maligne et apte à utiliser son don quand ça l’arrange, parvient toujours à faire le mur d’une façon ou d’une autre. Et pour prendre la tangente, notre charmante magicienne est parvenue à rendre une paire de Nike trop grandes pour elle, magiques. Et de ce fait en les enfilant, elle va grandir et devenir une charmante et très jolie jeune femme.

Une thématique originale et traitée avec intelligence

C’est par ce biais narratif fort malin que l’auteure parvient à illustrer sa thématique et ses questionnements sur l’enfant désirant être adulte et les conséquences que ça pourrait avoir de grandir trop vite. En faisant de Ran une femme à la mentalité d’enfant, elle crée tout un paradoxe entre la vision du monde qu’on peut avoir à 10 ans, mais en étant considéré par un entourage forcement élargi, portant sur elle un regard d’adulte, comme une jeune femme désirable. Ce principe est d’autant plus intelligent qu’il ne tombe jamais, ni dans le cliché de la femme-enfant moé et ni n’emmène le lecteur dans quelque chose de graveleux. Bien au contraire, on a ici affaire à une sorte de syndrome de Peter Pan inversé (Adulte refusant de grandir et voulant rester enfant comme le décrit le roman de J.M Barrie). C’est à ce moment du récit qu’entre en scène le personnage d’Ôtaro. Un fils de famille aisé accumulant les conquêtes et vivant à l’abris du besoin en compagnie de son majordome. Ce dernier va être rapidement attiré par Ran qui, par une série de situations se retrouvera à le côtoyer fréquemment. S’ensuivra l’introduction narrative de parents très spéciaux et d’un lien direct avec le folklore japonais. Un lien qui nous explique fort bien la particularité de Ran et en profite, pour amener l’aspect instinctif et animal qui réside en l’espèce humaine et particulièrement par le biais de ses comportements.

 

Le passage à l’âge adulte symbolisé par le fantastique

Si l’évolution du récit est parfois prétexte à créer des situations évoquant des messages évidents – tant les personnages se rapprochent parfois un peu rapidement et facilement – on comprend qu’Aki Irie a pour désir avant tout d’illustrer des moments de vie et des situations précises. Ainsi elle prend le parti d’aller à l’essentiel. Les personnages sont nombreux dans les 7 tomes que comporte le manga et ils sont tous assez rapidement introduit et mis en situation. Le récit ne traine jamais et c’est finalement assez plaisant ce rythme et cette spontanéité. Un choix qui correspond fort bien au caractère de son personnage principal si on y réfléchit bien. Le but pour l’auteure n’est pas véritablement de raconter une fresque familiale sur des tomes et des tomes mais de faire passer des messages à travers des moments de vie. Relation impossible, amour avant le mariage, jalousie adolescente, parents absents suite à des obligations… Tous ces éléments se construisent à travers les yeux d’une jeune fille et une histoire qui à mi-parcours prend une orientation réellement fantastique.

Un fantastique basé sur le folklore japonais et qui fait raisonner Le monde de Ran avec certaines publications de Rumiko Takahashi. Cela amène des tensions et des enjeux dramatiques pour les différents personnages. C’est également pour Ran, la fin de l’adolescence et de l’insouciance. Cette partie du manga représente véritablement un passage à l’âge adulte. L’auteure n’hésite pas à intégrer de vrais moments douloureux, des épreuves à franchir avant de parvenir dans son dernier volume, le numéro 7, à prendre le temps de conclure et d’amener le lecteur à s’imaginer la suite de la vie de son héroïne et de tout son petit monde. On prend vraiment le temps de dire au revoir et comprend qu’Aki Irie, qui a terminé d’illustrer ce passage de l’enfance à l’âge adulte, passe d’une manière très plaisante la main à ses lecteurs et leur donne les clefs pour qu’ils puissent s’imaginer leur propre monde de Ran.

 

Une belle surprise élégante et sincère.

D’un point de vue des dessins, le manga est très élégant avec des personnages très bien dessinés, des attitudes dynamiques, des expressions fortes et un encrage aussi efficace que délicat. Le coté Shojo est présent et rappel par moment Naoko Takeuchi et certaines compositions de Sailor Moon. Ce côté très aérien vient se marier avec un dessin beaucoup plus affirmé qui peut faire penser surtout dans la force et le détail porté aux regard des personnages, au trait de Machiko Satonaka (Cléopâtre) ou encore à une version plus moderne du travail d’Akio Sugino, chara-designer émérite ayant travaillé entre autres sur la série Shojo Oniisamae (Très cher frère). Mais au-delà de chercher des influences, le style Aki Irie est vraiment identifiable, lui est propre et son travail sur la couleur est également fort élégant. Les couvertures sont par ailleurs superbes, pleines de détails et mettent particulièrement en valeur cette héroïne aussi insouciante que craquante. Ce manga édité chez Black Box est donc une belle découverte et une réelle surprise qui saura ravir tous les amateurs ou les amatrices de dessins élégants et de récits sincères et intelligents.

 

Pour finir, deux visuels de couvertures pour le plaisir des yeux : 

Entre folklore japonais et petit bazar organisé, le monde de Ran part dans tout les sens.

Les couvertures sont sublimes et mettent à l’honneur les très beaux personnages de Aki Irie.

 

Mérode
[Rédacteur en chef MEGATest - L'actu Gaming - MEGADossiers - JapAnime]

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