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TEST : CYBERPUNK 2077

Aborder Cyberpunk 2077, c’est comme manipuler une caisse de nitro-glycérine tant le dernier titre de CDprojekt Red est aussi explosif qu’instable sur bien des plans, et a fait de sa date de sortie, le 10 décembre 2020, une sorte de Gamergate version 2.0. La mise en vente dans à l’état de bêta-test de ce jeu sur le marché, est à l’image de ce qu’il incarne, avec sa société pyramidale hyperventilée au chrome à sa base, et totalement dénuée d’empathie vis-à-vis de la condition humaine à son sommet. À la manière de son introduction plongeant V, dans une quête se voulant être le Casse du siècle, le studio Polonais, en décidant en haut lieu, de sortir trop tôt et sur les générations PS4- One, son nouveau bulldozer (et ce au détriment du travail et des conditions de vie de ses employés), a élaboré une sorte d’allégorie de l’univers qu’il a créé dans Night City. Et pourtant, Night city est bien l’écrasante mégalopole dans laquelle tous les amoureux de Cyberpunk rêvent de plonger depuis maintenant 7 ans, et les créatifs de CD Projekt Red peuvent être fiers, car c’est un travail hallucinant qu’ils nous livrent après on s’en doute, avoir donné beaucoup de leur énergie et de leur santé. 

Quel amoureux de Blade Runner et de Ghost in the Shell n’a jamais rêvé de pouvoir déambuler dans leurs villes-univers respectifs ? C’est pour marquer ce moment fort mais ô combien délicat, que nous avons décidé de réaliser ce test à plusieurs. Nïto, Warmelin et moi-même allons tenter de décortiquer ce jeu dans lequel nous sommes plongés depuis maintenant plusieurs semaines. Warmelin s’occupe de la version Xbox Série X/ PS5 dans un test dédié consultable juste ici : https://mega-force.fr///cyberpunk-2077/ . Nïto et moi même avons réalisé ce test à 4 mains de la version PC. N’ayant pas eu l’occasion de jouer sur les versions PS4/One et compte tenu de l’actualité, il est évident que nous invitons tout le monde à regarder l’état ces versions PS4/ Xbox One, voire même d’attendre la possibilité de vous procurer les nouvelles machines avant de récupérer votre passe pour le futur. (Mérode)

C’est donc loin de la tempête, mais tout en restant conscient de l’actualité de ces deux dernières semaines, que la rédaction a décidé de prendre son temps pour livrer le test du jeu qui se veut être la pierre angulaire du RPG. Alors ? Véritable révolution vidéoludique ou simple purge pleine de fausses promesses . Verdict.

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Le Cyberpunk, mélange de culture asiatique et de culte du néon.

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The future is now

Qu’elle fut longue l’attente, qu’ils furent multiples les reports. Alors que certains pensaient que le suffixe 2077 correspondait à la « release-date » du jeu, voici qu’il arrive enfin en décembre 2020 – année correspondant à celle du JDR de 1988. La très bonne nouvelle c’est que Mike Pondsmith himself (le créateur du jeu originel) a supervisé le scénario, l’écriture des personnages, leurs enjeux. Idem pour l’aspect et l’ambiance de la mégalopole au cœur de laquelle l’intrigue se déroulera. Mais ce cyberpunk ? De quoi parle-t-il ?

Il prend place là où l’humanité est clairement dépassée par la technologie qu’elle a mise au point. Où les gouvernements ne pèsent plus face aux corporations multimilliardaires et où l’eau potable est un luxe. L’homme a repoussé par bien des aspects les limites de son corps via des upgrades tels que des membres artificiels ou des puces boostant les capacités cognitives. La culture s’en trouve tout autant chamboulée et les codes que nous connaissons, les tabous, n’ont plus leur place en cette époque. Le genre humain baigne dans un quotidien vulgaire, stupide et violent. Une société où avoir de l’argent et une grosse béquille valent plus que le baccalauréat et la maîtrise du Bescherelle.

V., le personnage que vous campez, rêve de se faire un nom au milieu de tout ce joyeux bordel. Comme un youtubeur de seconde zone à l’affut de pouces bleus : déterminé, prêt à tout, à n’importe quel prix. Une fois passé le menu de personnalisation de votre avatar, vous êtes lâché dans le jeu. Une immersion dépendant du choix de votre « histoire ». En effet, en plus de l’apparence de votre personnage, vous pouvez décider du passé qui l’a bâti en tant qu’individu.

Le choix n’est pas des plus exhaustifs (3 alternatives), ni des plus impactants sur le l’histoire principale (entre 1 et 2h de jeu seulement) mais a le mérite d’exister. Ainsi, vous aurez le choix entre :

Nomad : Une sorte de cavalier solitaire à la Mad Max, vous avez grandi dans les badlands, hors de Night City.

Street Kid : Natif de Night City, vous avez la culture de la Mégalopole et connaissez tous ses secrets et tuyaux.

Corpo : Vous appartenez à une des plus grosses corporations qui domine la ville et décidez de briser vos chaînes.

Bien entendu, en fonction de votre choix, vous disposerez de facultés ou d’avantages différents. En ayant choisi Nomad par exemple vous serez plus à l’aise à l’extérieur de la ville mais devrez travailler vos contacts à l’intérieur de celle-ci. En étant Street-Kid, ce sera tout l’inverse. (Nïto)

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Johnny Silverhand, inarrêtable et autodestructeur est omniprésent en 2020 comme en 2077

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Alt Cunningham, personnage central de l’univers de Cyberpunk 2020, tient un rôle primordial dans l’adaptation jeu vidéo.

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Rogue, l’autre personnage féminin iconique du jeu de rôles original retranscrite en 3D

 

Welcome to Night city !

Fonctionnant sur une structure clanique dans ses couches populaires les plus basses, la ville de Night city respire, craque, gronde, écrase sous le poids de ses structures vertigineuses illuminées par des milliers de néons, brillant jour et nuit telles des lucioles synthétiques et multicolores. Cette ville suinte la misère, la corruption et le vice dans la plupart des quartiers en périphérie du centre-ville. Les Gangs sont légion et la police de proximité ayant la charge de maintenir un semblant d’ordre social, se contente la majeure partie du temps, de tirer à la vue de la moindre arme ou effraction. Chaque quartier est aux couleurs d’une population différente ayant mélangé des résidus d’éléments traditionnels avec l’évolution technologique amenée par de toutes puissantes corporations. Sortes de GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) du futur.

Dans une sorte de soupe décadente ouvrant une course toujours plus frénétique, vers un besoin constant de s’émanciper de son enveloppe corporelle à n’importe quel prix, la Geisha, est devenue une poupée synthétique destinée au plaisir dans le quartier japonais de Kabuki, alors que Pacifica abrite la culture Haïtienne, basée sur le Voodoo. Elle y entretient un rapport quasi chamanique dans sa façon de voyager à l’intérieur d’un web 2.0 constituant le squelette même de cette société où la recherche de l’immortalité par l’émancipation du corps physique des uns, côtoie l’immédiateté dans la prise de plaisir charnel des autres. (Mérode)

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Chaque quartier dispose d’un centre d’où rayonnent de multiples embranchements (mode photo).

 

Cyber-pot 2077

C’est après quelques missions relativement dirigistes que vous prendrez part à la folie de Night City. Le rendu est appréciable, même si vous disposez d’une configuration PC chétive telle que la mienne. Les ascenseurs bardés d’écrans vomissant des réclames, ce flot ininterrompu de véhicules quand vous mettez les pieds dehors aident à l’immersion. On s’y croirait et nous n’avons qu’une envie : voir ce qu’il se trame au bout de ce boulevard, voir où vont tous ces gens dans cette rue piétonne.

Les influences sont multiples et cela se ressent : K.Dick en première ligne sans oublier les mastodontes du genre tels que Ghost in the Shell ou Neuromancer. Du nom d’une mission (« pique-nique au bord du chemin » des frères Strougatski) à l’apparence de Misty, chaque joueur ayant sa petite culture se sentira un moment donné en terrain connu via les emprunts et clins d’œil nombreux mais ne tombant jamais dans le pompage putassier.

Le jeu tout entier s’amuse avec les codes d’un univers qui nous est étrangement familier. Pour la pure et bonne raison que les enjeux, dérives et excès de cette année 2077 poussés à l’extrême appartiennent clairement à notre époque : L’écologie, les hommes qui interagissent et se gèrent comme des produits, la plèbe qui court après un idéal inatteignable vendu par des médias décérébrés. Cyberpunk est très cynique… Parfois tristement prophétique. (Nïto)

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Une danse sensorielle pour l’Enfer

Cyberpunk 2077 est un jeu à l’état d’esprit No Future, comme on peut le voir écrit avec le sang d’un paumard, sur un mur en béton d’une ruelle malfamée, éclairée par le reflet des lumières d’une usine crachant produits chimiques et autres substances abrasives, des hautes cheminées qui la surplombent. Dans cette arène urbaine, va se jouer votre quête pouvant aller de 25 à 80 heures, en fonction de votre style de jeu. Si vos rencontres permettent de tisser quelques fragiles liens de confiance ou d’amour avec des gens, pour certains emplis d’idéaux et de notions de mieux vivre ; nombre de personnes que vous croiserez vous seront hostiles. Cette humanité ayant perdu tout ancrage, cherche en permanence à s’affranchir de sa triste condition. En 2077, il est possible d’évoluer hors de son corps ou de la réalité de bien des façons. C’est cet élément qui est au cœur du gameplay et du scénario.

Jouant sur les codes du jeu vidéo, les Netrunner tirés du jeu de rôles original vous font vivre des plongées dans les diverses facettes du virtuel de ce futur, via des projections de conscience dans un web 2.0 créé après l’effondrement de celui que nous connaissons en 2020. Cette pratique de Netrunner n’est pas la seule évocation de réalité virtuelle, les danses sensorielles occupent elles aussi une place majeure dans l’équation. Ces danses permettent de revoir et de ressentir des moments de vies d’autres personnes enregistrés sur des supports mémoire, à condition que ces dernières les aient enregistré en les vivant. De ces données, va naître tout un trafic allant du crime, au traditionnel porno (fortement évoqué mais jamais montré explicitement dans le jeu), en passant par des expériences beaucoup plus sombres. Ces mises en abyme dans la psyché et le trauma, sont parfois évoquées pour les plus sordides d’entre elles, et parfois vécue et jouées pour les plus softs et celles servant l’histoire du jeu. (Mérode)

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Evelyn Parker, l’un de vos multiples contacts à Night City

 

Wake-up Samurai

Une fois de plus, libre à vous de vivre l’histoire de votre personnage comme vous l’entendez. Vous pouvez faire une ligne droite dans l’intrigue principale et cramer la ville ou tout simplement zigzaguer entre le fil rouge et les missions secondaires. Des missions qui se révéleront parfois bien plus intéressantes que la quête principale. Des écarts au scénario qui apporteront de la substance à votre personnage, ou vous débloqueront des avantages à certains moments de votre progression.

Une progression rythmée par des niveaux à acquérir. Des paliers, vous permettant d’augmenter diverses compétences telles que la constitution, l’intelligence, les réflexes, le sang-froid ou la technique. Chacune vous offre un arbre d’avantages que vous pourrez optimiser en fonction de votre style de jeu. Que vous soyez un bourrin ou un fin tacticien, vous y trouverez votre compte. Une possibilité de personnalisation dans la plus pure direction d’un JDR papier. Rendant plus inédite encore l’expérience du joueur.

Alors que sur les premières heures, votre personnage semble boiter et être pataud. Cela s’arrange rapidement avec les upgrades dont votre propre corps peut bénéficier. Qu’il s’agisse de la force de vos avant-bras, de votre visée ou de la puissance de vos jambes, des ajouts cybernétiques pourront combler vos faiblesses. Eléments onéreux, il vous faudra de la chance au loot ou de bons contacts et beaucoup d’Eddies.

En parlant de loots, ils pullulent sur les zones de combats et sont plus ou moins généreux. Il en va de même pour la ville tout entière où vous pourriez trouver un upgrade cybernétique légendaire dans une poubelle (si si, c’est du vécu). Une fois encore, vous avez le choix avec vos trouvailles. Vous pouvez les vendre ou les démonter afin de récupérer de précieux composants. Utiles lorsque vous mettrez la main sur des plans de craft.

Point noir malgré l’éventail de possibilités proposées : les menus. Vraiment pas des plus clairs et pratiques. Il vous faudra plusieurs heures et quelques erreurs pour assimiler les fondamentaux. Le jeu n’est pas des plus accessibles. Il ne vous prend jamais la main et on le remerciera de nous épargner les didacticiels, mais ce n’est pas non plus une qualité. Un peu de clarté aurait été la bienvenue. (Nïto)

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Night City, Néo Tokyo, même combat.

 

Call of Dummies

Les phases de combats ne laisseront jamais place au fast FPS et ce n’est clairement pas plus mal. Même si le gameplay semble un peu daté, cela fonctionne. Vous pourrez au préalable vous infiltrer discrètement et scanner les environs grâce à un astucieux dispositif de piratage. Vous pourrez également provoquer des anomalies chez vos ennemis durant l’action, en faisant péter leurs puces, crasher leurs dispositifs de vision, etc.

Ces affrontements vous demanderont précision, sélection de la cible la plus dangereuse et maîtrise de vos déplacements. Au premier coup de feu, toute la zone connaîtra votre position. L’ennemi a clairement la main lourde question grenades. La meilleure façon de survivre est de ne pas camper. Une fois encore, le choix s’offre à vous. Vous pouvez la jouer Solid Snake ou Snake Plissken.

Néanmoins, l’IA peut aller se rhabiller car vous ferez davantage face à des bots sur C.S qu’à une intelligence digne de ce nom. Adeptes de l’immobilisme, ceux-ci se planqueront derrière le premier obstacle venu en vous lançant des injures. Bien entendu certains sont plus redoutables que d’autres, comme les netrunners, disposant de capacités de déplacements et de feu accrues. Il vous suffira juste d’être plus malin qu’eux (merci Zapp Brannigan).

Parfois, vous ferez face à l’injustice la plus totale quand un opposant vous abattra à travers un mur sans qu’il vous ait vu. D’autres fois, vous arriverez sur un lieu à nettoyer et personne ne sera présent : victoire et gain d’expérience assurés sans le moindre effort. Le pire réside dans le plantage des contrôles en plein affrontement, plus de possibilité de viser ou d’utiliser une grenade. Pas le choix, vous devrez relancer le jeu. Malgré tout, ces évènements foireux ne sont pas légions même s’ils pèsent un peu. (Nïto)

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Les combats en vue FPS

 

GTA 2007

Vous serez amené à traverser Night City d’un bout à l’autre, de nombreuses fois. Divers véhicules seront à disposition pour profiter de ses boulevards sous néons et bien souvent on renoncera à conduire en dessous de 500m de distance. Tout simplement parce qu’hormis pour certaines moto, la conduite est une plaie, les bagnoles sont de véritables caisses à savon. Qu’il s’agisse d’une pétrolette basique ou d’un muscle car rutilant, il sera difficile de ne pas conduire comme un 92 (oui, j’y tiens(Nïto)).

Sans oublier la physique des véhicules, si par malheur vous percutez un piéton vous partez en kickflip. Cela nuit vraiment à l’immersion, votre quatre roues semble plus léger que le premier obèse venu et vous le paierez très cher lors de missions où, l’âme vengeresse vous déciderez d’écraser un Netrunner avec un 4×4. Idem pour les motos, où bien souvent vous éviterez l’accident non par chance, mais plutôt parce que le jeu a décidé que face à ce camion poubelle vous aviez l’avantage. Un ratage intégral à ce sujet qui à l’avenir devrait faire l’objet de correctifs visiblement.

Aussi, il vous est impossible de tirer en conduisant, ce qui est handicapant sur certaines missions. C’est dommage car du temps en voiture vous allez en passer, malgré la qualité de la sélection radio (The Dirge, de loin la meilleure) et d’un super boulot de la DA où les véhicules en jettent et aucune des créations vues ne dénote avec l’univers, on retourne un peu en arrière sur ce plan du jeu. Il n’y a clairement rien de révolutionnaire, bien au contraire. (Nïto)

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Les ambiances colorées varient en fonction des quartiers

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Certains endroits sont plus habités que d’autres

 

Un mot sur la technique

Comme indiqué plus haut, ce test a été réalisé sur PC par 2 personnes. L’une en configuration « Moyen » et l’autre en « Ultra ». Les screenshots ont étés réalisés d’après la configuration « Ultra » à l’exception du comparatif ci-dessous. Les différences remarquées et notables sont de l’ordre du nombre de personnages affichés à l’écran, ainsi que la qualité de certains effets comme la transparence, la finesse de certaines textures, un scintillement lors des déplacements à grande vitesse ou encore densité volumétrique amoindrie. La finesse des lumières ainsi que divers effets de brillance diffèrent en fonction de comment vous calibrez votre config. Cependant, le jeu profite d’une direction artistique efficace dans les 2 modes. Ce n’est finalement pas là que les problèmes résident, mais vraiment dans le nombre hallucinant de bugs qui au départ, agaçaient pas mal et qui commencent à disparaître au fil des patchs. Pour ma part je n’ai eu aucun crash du jeu à partir de la version 1,04. Mais de nombreux problèmes persistent comme des collisions, des artefacts lumineux sur certaines textures ou des objets qui flottent dans le vide.

Certaines animations sont également sujettes à des problèmes même si l’ensemble est très efficace pour ce qui concerne l’histoire et la majeure partie de quêtes annexes importantes. C’est plus au cœur du monde ouvert, dans la ville que des problèmes persistent. Des personnages désarticulés une fois morts, ou d’autres figés et ne bougeant plus. Le rendu des personnages varie. Les héros de l’aventure sont tous travaillés et bénéficient d’un souci du détail évident. À noter qu’étrangement, le personnage de Keanu Reeves n’est pas le plus polish contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer. (Mérode)

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Le jeu de la décennie ?

Avant toute chose, il faut bien comprendre ce qui différencie l’ambition de l’atterrissage.

Oui, Cyberpunk 2077 est un jeu ambitieux, abordant des sujets violents, cyniques mais aussi durs et touchants, remettant notre nature voire notre monde en question sur beaucoup de points. Le propos du jeu est clairement pour un public averti. Mais il n’est pas vulgaire pour autant, il n’est que le reflet de notre société malade. Une société où l’on vous place une femme nue pour un pot de yaourt à la télévision, où un type augmente de 5000% le prix de la pyriméthamine pour s’offrir un album rare du Wu-Tang, une société où l’on se permet d’être climato sceptique au volant de son SUV. Les exemples ne manquent pas.

L’atterrissage dépend du plan technique, c’est là que ça fait mal. Oui, Cyberpunk est perfectible et pour beaucoup de raisons. La faute à un temps de développement pas assez conséquent face à l’ampleur du projet. C’est un fait, cela se ressent, le jeu bien que généreux aurait pu en proposer d’avantage en plus d’une optimisation irréprochable. La faute à une direction toute puissante, qui n’a pas été en mesure de comprendre son studio et qui lui a foutu une pression monstre – assez ironique quand on connaît le jeu. Tout ça pour ne pas louper Noël il faut croire…

Cyberpunk demeure néanmoins une claque vidéoludique. Il n’est certes, pas à la hauteur de ses ambitions mais est un exemple d’immersion si l’on exclut les bugs. Il y a fort à parier qu’il se bonifiera avec les correctifs futurs. Même si de premier abord il semble s’adresser à une niche de joueurs, il pourra séduire via les multiples phases de jeu qu’il propose et la qualité de son écriture. (Nïto)

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Certains moments dépeignent mélancolie et regrets

 

Les Racines du Mal

En fin de compte, au-delà de toute cette agitation médiatique et de ses faiblesses évidentes, c’est le sentiment que laisse Cyberpunk 2077 derrière lui qui l’emporte. Que ce soit par sa direction artistique tutoyant les chantres de la science-fiction, sa narration, les comportements de ses personnages ou par l’État de folie ambiante qui a corrompu la plupart des âmes peuplant la mégalopole, c’est cette frénésie inarrêtable vers la décadence qui marque le plus. On y retrouve une manière de raconter rappelant le cinéma du mouvement Nouvel Hollywood, datant des années 70 et traitant souvent de violence et de désespérance, avec des films chocs comme Taxi Driver de Martin Scorsese ou d’autres, illustrant entre autres la guerre du Vietnam. La déshumanisation par la violence, l’absence d’empathie, la capacité qu’ont certains à subjuguer des groupes plus faibles, le sexe par la prostitution reléguant le corps à une simple marchandise, ou encore la capacité qu’a l’homme à repousser les limites du sadisme ; tant de thèmes qui ressortent du film de Francis Ford Coppola : Apocalypse Now. On peut voir Cyberpunk 2077 comme un récit illustrant des personnages répugnants et indigents comme l’était ce lieutenant-colonel Bill Kilgore incarné par Robert Duvall, allant surfer chaque matin avant de napalmer des villages entiers depuis son hélicoptère sur du Wagner. En 2020, cela peut choquer, déplaire, on peut même y voir une certaine provoque.

Mais c’est en cherchant, parfois au détour d’une note, en consultant un email d’un de vos proches et dans certains moments forts de l’histoire que, sous toute cette merde, il y a une volonté de mise en garde d’une société déviante. Démarche qui était déjà présente dans l’œuvre originale de Mike Pondsmith. Illustrer la décadence par le choc visuel et narratif. C’était aussi la démarche du mouvement Métal Hurlant ayant beaucoup apporté au Cyberpunk ou celle encore aujourd’hui d’un auteur comme Olivier Ledroit. Eh bien, le jeu de CD projekt Red est dans cette veine. C’est un enfant de Métal Hurlant et du Nouvel Hollywood, qui a muté avec notre société et qui prend l’apparence et le ton d’un cyber-polar noir, comme pouvait en écrire Maurice G Dantec avec Babylon’s Babyes. Un mélange sulfureux et abrasif dépeignant une société en perdition, s’enivrant à la dope et au rock dans un récit vous plongeant jusqu’aux racines du mal. (Mérode)

CONCLUSION

Pour conclure, nous terminerons sur un extrait de la nouvelle de Maurice G Dantec "Là où tombent les anges", résumant à la perfection l’ADN de Cyberpunk 2077. « Des histoires noires? Des histoires d’ascension, de chute, de manipulations, de crimes, de rédemption, de combats désespérés contre des pouvoirs plus forts et plus secrets ? Des histoires de technologies devenues le théâtre de la transparence du mal ? Des histoires de conurbations de trente-cinq millions d’habitants, où parfois les anges tombent du ciel, pour venir se brûler les ailes sur les enseignes électriques du Grand Néon Universel, et vous brûler avec ? »

EVALUATION DE LA REDAC

9
10
Incontournable
Son
10
Graphisme
9.5
Animation
8
Maniabilité
7.5
Intérêt
10
Les plus
  • La claque graphique sur PC et une des plus impressionnantes directions artistiques de ces dernières années
  • Une ambiance et une bande-son au sommet servant un des univers les plus immersif qui soit
  • Des personnages forts et une mise en scène aussi oppressante que tonitruante
  • Des moments cultes qu'on est pas prêt d'oublier
  • Les personnages de Mike Pondsmith
LES MOINS
  • Des bugs sur quelques textures et sur les collisions
  • La maniabilité de certains véhicules
  • Une IA un peut trop bas de plafond malgré un système d'infiltration plutôt travaillé

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Merode
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.

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