RETRO COME BACK #7 – DIGITAL PINBALL

RETRO COME BACK #7 – DIGITAL PINBALL

Des années 70 à nos jours, les loisirs électroniques se sont logés petit à petit dans le confort de nos foyers, condamnant, croit-on à jamais, ce qui étaient réservés aux bars et aux salles spécialisées : plus récemment, le jeu en réseau (les cybercafés, rappelez-vous) et plus loin de nous, les jeux d’arcade et les jeux de flipper…

Avec ses bumpers sur ressort, ses lumières dignes d’une guirlande de noël, sa vitre reflétant notre mine mal rasée, la table de flipper est désormais un objet d’un autre espace-temps. Imiter l’expérience de la joute sur flipper sur console, c’est retrouver bon gré mal gré cet espace-temps. Cela créé une forme d’étrangeté : le coté factice, l’artifice révèle l’amertume de l’entreprise. Nous ne sommes que devant un vulgaire écran de télé et les vieux de la vieille vous le diront : « rien ne vaut les sensations d’un véritable flipper ».

Et pourtant, il y a des jeux qui parviennent à dépasser la simple imitation, avec l’ajout d’éléments propres aux jeux vidéos, notamment le méphistophélique Devil Crush sur PC Engine et Megadrive, lequel déploie littéralement sa horde de monstres sur la table de flipper ! Et d’autres comme Digital Pinball qui font dans l’excès inverse, en rendant l’expérience telle qu’on ne simule plus devant la simulation de flipper. L’adrénaline et l’endorphine sont belle et bien là comme à la grande époque, et ce dès les premiers instants !

Après quelques essais infructueux sur Super Nintendo avec la série Super Pinball (qui parvenait à créer l’illusion avec ces digitalisations mais ne proposait pas une action très palpitante et une grande profondeur de jeu), KAZe a enfin les moyens de son ambition avec la Saturn et sort en 1995 un jeu de flipper ultime. Son titre ne ment pas sur sa nature et sur cette ambition : Digital Pinball lorgne du côté du photo-réalisme.

Au premier contact, le jeu propose quatre tables austères, sans fioriture aucune et sans aucune fantaisie : Gladiator, ses trois bumpers et son arène, Knight of the Roses avec son unique rampe quasi-infranchissable et les deux tables, Dragon Showdown et Warlock, qui se basent principalement sur de multiples coursives… En comparaison des meilleures tables de flipper signées Williams ou Gottlieb dans les années 80 et 90 (pour en citer quelques unes : Tales Of The Arabian Nights, Twilight Zone ou Medieval Madness), ces flippers paraissent tout de suite bien chiches. Les éléments mobiles, souvent spectaculaires, qu’on a habitude de retrouver sur de véritables tables de flipper sont ici absents.

Et pourtant, Digital Pinball fait plus qu’honneur au genre, il le transcende par une forme de pureté. Comme si tout coulait de source. Les objectifs sont clairs : 9 missions à activer et à mener à bien avant de faire exploser le compteur, un multibille qui va faire résonner comme jamais les JACKPOT, de petites quêtes annexes limpides. Et un score qui monte de manière exponentielle, dépassant largement le milliard de points lorsqu’on maîtrise les tables. En terme de feedback, le jeu, nerveux, reproduit à la perfection les sensations des flips et de la lourdeur de la bille de métal qui se cognent contre eux.

Alors que la 3D balbutiante, pleine de pixels baveux opère dans la majorité des jeux de l’époque, la 2D est ici peaufinée à l’extrême, avec une définition étonnante, une haute définition avant l’heure. Digital Pinball reproduit l’objet flipper et ses atours avec une forme de fétichisme, jusqu’à sacrer durant la joute les screens jaunes avec les animation typiques et jouissives, qui célèbrent un bonus de points ou l’activation d’une mission. Ces screens, habituellement sur le fronton du flipper, envahissent ici l’espace de jeu en faisant bien un quart de l’écran. « Moonstruck Jack » « Chariot Races » « Rats » « Death Bringer » fait une voix tonitruante…

Associés à l’échantillonnage sonore et aux explosions musicales, Digital Pinball va faire monter le palpitant comme seuls les meilleurs jeux d’action savent le faire. Si on a connu jeux-vidéos de flipper plus modernes et plus complexes, comme la série des Pinball FX, aucun, selon moi, n’arrive à la cheville de Digital Pinball du point de vue de l’ambiance sonore. Du Heavy Metal jubilatoire et divinement old-school prend aux tripes et met le feu en permanence, méchamment.

Lorsqu’un riff surgit, ne vous étonnez pas de sortir votre moto, avec des scies circulaires en guise de roue, pour décaniller dans une gerbe enflammée (et quelques éclairs) l’armée de squelettes en contre-bas !

Maintenant, il est temps de partager et d’immortaliser les high-scores de votre serviteur, ici, histoire de vous défier. Certains de ces scores, sachez-le, ont plus de 25 ans :

GLADIATORS : 6,241,238,100

KNIGHT OF THE ROSES : 690,736,870

DRAGON SHOWDOWN 1,046,095,980

WARLOCK 2,513,560,240

[Redacteur et rétrogameur de la première heure et amateur de jeux indés fantastiques...]

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