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Retro Come Back #9 Shadow Of Rome

Le coup du spectacle : Shadow of Rome

 

Nous en convenons tous : certains noms, même tronqués, tutoient le mythe avec malice. Alors quand l’esthète qui sommeille en chacun d’entre nous entend “Shadow”, il y a peu de chances que résonne la finition “of Rome”. Non pas que la médiocrité gangrène le corpus de l’œuvre, loin s’en faut ! Cependant, la coutume nous emporte bien plus vers les terminaisons “of the Beast”, “of the Colossus”, “Warrior” voire “Heart” pour les puristes ou encore “Hedgehog” pour certains nostalgiques.

En outre, ne nous perdons pas dans les méandres de l’exhaustivité qui, d’une façon ou d’une autre, aboutiront au conflit pompeux et stérile. Souvenons-nous des oubliés, ou tout du moins des seconds couteaux dont le temps a parachevé l’existence. Jusqu’à faire croire au mirage, oasis précieux pour les yeux, factice pour l’organisme.

Nous revoilà en pleine divagation ! Allons, du nerf que diable ! Car ce qui nous intéresse n’est pas la beauté du phrasé mais la praline qui fait mal, la tête qui s’arrache, le sang qui coule et le craquement des os. Les pierres décoratives devenues des armes par destination, la valeur du courage seul contre tous, l’essence de la brutalité chorégraphiée. La violence est-elle en capacité de s’élever au rang d’expression artistique ?

Telle est une question que la littérature et le cinéma tout comme les multiples expressions visuelles ou sonores n’ont pas éludé. Le jeu vidéo n’y échappe donc pas et si l’essentiel de la production consiste à cogner sur un belligérant enquiquinant, nul doute que tout cela fut affiné avec le temps. Comment accuser alors si froidement le média d’agir comme un astéroïde prêt à nous percuter ?

Affres du destin ou non, il s’avère que pour notre sujet du jour, Shadow of Rome, le terrain sur lequel il se déploie est bien propice à la férocité. Comme disait Geoffroy Mussard “les jeux de Rome ne sont pas si loin après tout”.

Vous connaissez la rengaine : tout pour le beat, rien pour le reste. Nous vous emmenons en vacances vers la Ville Éternelle où se côtoient badauds et plaisirs coupables, corruption et domination, fascination et supplications.

Sh 6

Le destin d’un homme qui un jour chavira…

Danse avec l’histoire

A moins d’avoir séché une bonne partie des cours focalisés sur la période, nul doute que le scénario de Shadow of Rome fera écho à de nombreux souvenirs ! Jules César est annoncé en artisan de la paix romaine, du moins entre ses murs tant l’expansionnisme et les conflits frontaliers sont de mise. Puis vint l’ignominie d’un assassinat dont nous savons tous qui en sont les commanditaires ou tout du moins quelques acteurs. Tous ? Un petit groupe de héros résiste encore et toujours à l’envahisseur en ignorant les esprits de la malice criminelle.

Cette toile de fond reste certes un prétexte pour justifier l’accoutumance à la boucherie humaine qui met à l’honneur les homicides ludiques faisant le sel du cirque de Rome. Oui, nous sommes face à un jeu qui vous met la plupart du temps dans la peau d’un gladiateur, vétéran du pugilat barbare (oxymore s’il en est en tenant compte de l’usage du terme à l’époque…). Un reflet de ces jeux sanglants où votre personnage, Agrippa, en est le protagoniste principal, même si le soft vous permettra d’incarner Octavien pour des phases d’infiltration un peu bancales mais nécessaires pour la sauvegarde du rythme. Mais nous y reviendrons.

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Vous divertir… ou mourir pour vous !

La déchéance d’un homme vers la plus basse considération portée à un esclave ? L’avilissement de tout un système ? Un pauvre bougre dans l’arène prêt à soulever des montagnes ? N’allons pas chercher plus loin : cela ressemble bigrement à Gladiator (Ridley Scott, 2000). Seulement le parallèle s’arrête ici tant Shadow of Rome ne se targue pas de marcher sur les traces du long-métrage devenu cultissime pour une grande frange de cinéphiles.

Dans le cas présent, nous avons bien sûr un travail d’orfèvre en ce qui concerne la multitude des plans utilisés, les choix de fondus et la minutie du montage. Le tout peut sembler parfois longuet, le doublage étant assez faible qui plus est. Cependant, l’objectif n’est pas là ! En bon Beat’em up, le jeu ne cherche pas à vous happer dans un conte complexe en dépit d’un certain attachement pour les enjeux de l’histoire au détriment de ses acteurs un peu plats et prévisibles. Cela rendrait-il la recette indigeste ? Absolument pas, amis adeptes du cognomen !

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Là où l’affrontement n’a plus le même sens…

Rome sweet home

Il va sans dire que lire les crédits du jeu oriente aisément l’analyse. Ainsi, retrouver la seconde team de développement de Capcom et Yoshinori Ono à la production interpelle. Et il est aisé de penser que l’ombre de Onimusha plane au-dessus de la production ! Jouissant du moteur du 3ème opus, Shadow of Rome est ce tour de chauffe ouvrant la voie royale à l’ultime opus de la saga de samouraïs, Dawn of Dreams.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’agit de tester les effets graphiques dans un environnement à la caméra libre, ce qui n’était pas à l’ordre du jour pour la trilogie initiale Onimusha. De quoi se poser la question sur la valeur de cette nouvelle marque, condamnée sur le papier à n’être qu’un faire-valoir d’une destinée immense promise à un autre licence. Un gladiateur dévoué à son maître en somme…

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Votre nouvelle vie. Emprisonné pour la distraction.

Par bonheur, cela est loin d’être le cas puisqu’en plus de posséder une distinction propre, Shadow of Rome utilise les avantages de ses aînés se déroulant dans un Japon démoniaque, comme en témoigne cette scène d’introduction très puissante, démonstration célèbre du studio lors de son passage sur PS2. Un gage de qualité qui permet à l’efficacité d’officier facilement sans chercher à perdre le spectateur dans une trame alambiquée.

Cela donne un avant-goût aussi suave que pourvu d’hémoglobine et, en procédant à quelques concessions, nous sommes enjoués à l’idée de prendre part aux affrontements cruels de Shadow of Rome, sachant que la production prend le temps d’installer son cadre malgré un tutoriel qui vous plonge immédiatement dans le vif du sujet. Un tour de passe-passe habile générateur de tension, celle qui vous laissera quelques sueurs froides, des mains poisseuses et un langage ordurier, que vous soyez en position favorable ou non. 

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Un public acquis à votre « cause » !

Shadow maso

Parler BTU sans évoquer le gameplay, ce n’est même pas être un hôte peu recommandable. Ce serait être un cuistre se faisant passer pour un expert décadent. Sur cet aspect, Shadow of Rome exhibe un torse fier dans ce qu’il sait faire de mieux, à savoir les joyeuses empoignades, et faiblit lors de ses essais qui ont toutefois le mérite d’exister. Et ce semi-échec n’est autre que les séquences de furtivité où le furieux troque son costume de combattant vecteur de plaisir d’une foule coupable pour celui d’Octavien, neveu de César de son état et incapable de participer à la moindre joute.

Peu inspirés, ces moments vous exposeront à des rondes ou à des gardes statiques et ce sera à vous de vous frayer un chemin pour traverser des niveaux en général assez courts. Les possibilités sont limitées : se planquer, se baisser, attirer les ennemis ou encore les mettre hors d’état de nuire en les surprenant dans le dos. Se déguiser est aussi une option, et cela s’avère efficace si vous ne faites pas de geste suspect, comme se plaquer contre un mur, épier en regardant par un trou de serrure ou courir dans cette configuration.

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Se travestir pour mettre en lumière la vérité.

Si intrinsèquement, ce ne sont pas d’excellents moments, on ne peut en aucun cas fustiger Capcom de ce choix. Car si Shadow of Rome ne se définissait qu’en tant qu’élégie aux parpaings, la lassitude serait une constante gênante. Or, si ce n’est clairement pas une nuit d’amour inoubliable, le fait de se retrouver aux commandes d’un gringalet bien décidé à découvrir la vérité dispose de cette faculté de faire souffler le joueur. Finalement, cette accalmie rend les futures rixes encore plus gores tout en favorisant le message sur l’absurdité de l’horreur issue d’un amusement populaire et populiste.

De plus, les petits épisodes d’enquête en amont du cache-cache ont de quoi ravir, affublant le soft d’un très léger aspect RPG par le biais de discussions avec des PNJ qui épaississent le lore. Par ailleurs, cela vous permettra d’admirer la chouette direction artistique même s’il faudra composer avec un aliasing parfois assez prononcé et une relative mauvaise intégration des personnages dans l’environnement. En tout cas, vous aurez une impression de grandeur de la cité, ce qui n’est finalement qu’une illusion parfaitement générée par les développeurs. Un constat qui est bien différent des arènes qui essaient de varier leur architecture sans pouvoir diversifier les couleurs et dissimuler une certaine étroitesse.

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Quelques séquences où il faudra trouver les bons mots !

Cimeterre est préférable…

En revanche, s’il y a bien un domaine où la contestation est bien moindre, c’est dans la représentation de la sauvagerie des affrontements. Première surprise, qui fait corps avec son propos : cette sensation de lourdeur qui vous accompagne tout le long de l’aventure macabre. Agrippa n’effectue pas de très longues roulades, si ce n’est celles automatisées, et son dash semble pataud. Un défaut ? Absolument pas puisque tout est volontaire ! Cela met en exergue le fait que notre loulou est un ex-centurion plutôt complet qui doit faire face à des “géants” résistants et d’une lenteur sans commune mesure là où les plus frêles vous fatigueront par leur travail de sape et la difficulté de les toucher.

D’accord, le lock a mal vieilli et il peut être fréquent, surtout au début, de cogner dans le vide puis de se faire enchaîner bêtement. Néanmoins, accuser la caméra serait un peu fallacieux car l’action est lisible. A vous de gérer les associations et de comprendre exactement quel est l’objectif de la baston en cours entre le chacun pour soi, le seul contre tous, le sauvetage ou encore un équivalent de capture de drapeaux. L’IA alliée ne sera pas votre salut, réduisant vos compagnons à l’état de bulots qui serviront principalement à prendre l’aggro de l’opposant.

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Un aspect « scoring », comme dans tout bon Beat’em up qui se respecte !

Et alors ? Cela fonctionne somme toute ? La réponse est positive grâce à une sensation d’impact autant sublimée par le visuel que l’audio ! Cela pisse de partout et couper un membre dispose d’une sonorité singulière qui provoque le paradoxe de l’effroi et du ravissement malsain. Et addictif ! Quel sentiment orgasmique lorsque cet opposant si effronté connaît enfin le sort qu’il mérite ! Quand bien même sa condition est identique à la vôtre.

Néanmoins, dans Shadow of Rome, tout cela ne se fait pas selon un mode “classique”. Le public, modélisé selon les moyens de l’époque, est un personnage à part entière essentiel pour faire basculer un combat puisqu’il ne s’agit pas uniquement de l’emporter. Il faut contenter les fous sanguinaires venus en nombre se délecter des souffrances d’hommes ou de femmes à qui on a retiré l’humanité arbitrairement. Et quoi qu’on en dise, Shadow of Rome vise juste. Sans miser sur une étude particulièrement profonde d’un divertissement dont l’absurdité n’a d’égal que notre ébahissement, Capcom ne se contente pas d’utiliser son thème en toile de fond mais il l’intègre dans chaque ligne de sa production.

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De la sauvagerie face au boss. Que le meilleur gagne : il en va de sa survie…

Un grand tour de Pax-Pax

Le cliquetis des armes ? Il dépend de ce public infect qui se réjouit de la mise à mort de ces laquais de l’affrontement. C’est d’ailleurs l’essence de la mécanique de Shadow of Rome, qui vous laisse parfois dénué de matériel, prêt à entrer nu dans cette jungle de sable où de terribles guerriers vous attendent, quand ce ne sont pas des animaux. La bestialité prend tout son sens et il n’est pas rare de se retrouver sans arme ni protection, celles-ci ayant une durabilité limitée. A vous de gérer votre arsenal, à l’instar de votre barre de vie ou de cette jauge de popularité auprès du public, vous permettant d’haranguer la foule pour obtenir de la viande salvatrice pour le soin ou d’une pièce meurtrière terrible qui martyrise encore plus le sot qui vous affronte.

C’est en cela que les spectateurs de Shadow of Rome constituent ce soutien invisible tout en restant audible, prompts à vous balancer des objets qui vous serviront, ou non, selon le contentement que vous apporterez. Étourdir l’ennemi pour le relever et le jeter à travers l’arène remplira de joie les tribunes. Mais encore ? Une tête arrachée, des membres sectionnés, des exécutions morbides… voilà ce que veut le peuple ! Entre les armes contondantes et tranchantes, il y aura un véritable delta : choisirez-vous d’écraser le corps de vos adversaires ou d’en couper les parties ? Ce sera à vous d’assurer une part d’improvisation, selon les items qui tomberont. D’ailleurs, les antagonistes ne se priveront pas pour s’en servir à leur avantage ! Et voir ce pauvre Numide tenter de se servir d’une grande massue qui vous fut octroyée grâce à vos exploits, cela rend fou de rage…

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Une illustration des nombreuses situations disponibles.

La quintessence de Shadow of Rome reste les courses de chars, dignes des plus grands péplums : tout est rapide, monstrueux, insensé et nerveux. Vous y retrouverez le parfum de la mort en quelques tours, essayant de désarçonner vos assaillants tout aussi infortunés. De plus, cette mascarade d’époque s’étend pour les barouds face à un boss déterminé, dont l’hétérogénéité soulève une véritable vision de la terreur majestueuse. Non seulement cela vous donne des frissons révélateurs de votre instinct de tueur mais c’est aussi le cheminement du gladiateur par défaut Agrippa qui s’insurge contre une folie partagée par les enfants de la République romaine.

Finalement, Shadow of Rome, c’est tout cela à la fois, outrepassant son rôle de l’interlude réduite en éclaireur pour le gros des troupes de Capcom. Issu de ce terrain scruté à la loupe, Onimusha : Dawn of Dreams en tirera les leçons. Malheureusement pour lui, tout comme pour la rêverie rouge de Rome, les ventes ne suffiront pas à engranger d’autres itérations. Et si l’une des licences endormies est un songe agrémenté de fantasmes, l’autre est condamnée à un oubli relatif qui ne fera que s’accentuer au fil du temps. C’est en cela qu’il fallait lui rendre un hommage franc, sans occulter les souillures qui l’entourent.

Comme ces anonymes qui, au prix de leurs vies, furent les visages de la bravoure d’un peuple geignard dont il fallait détourner le regard de la fourberie politique. Autre ère, autres mœurs… vraiment ?

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No Bloody Knows
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