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Avis MEGA-CINE : Dune, suprématie confirmée ?

Note préalable aux lecteurs : 

Avant toute chose chers amis, sachez que ce présent article ne reflète que l’avis des rédacteurs du No Bloody Knows. De facto, il n’existe aucune prétention de vérité absolue et le texte n’engage que ceux qui l’ont écrit (enfin, nous-mêmes en gros !). Le contre-courant est de la partie, certes, et il est bien plus propice au débat qu’à une quelconque volonté de dogmatisme. Qu’on se le dise !

Le texte contient également des spoilers concernant la trame, sans trop en dévoiler. Néanmoins, il est conseillé d’avoir approché la vision de Dune de Denis Villeneuve avant de se plonger dans nos modestes lignes.

D6

Autant commencer par un plan de qualité !

Dune part ailleurs…

Comment pouvait-il en être autrement ? Après une dizaine d’années de reconstruction de l’essence du blockbuster, l’émancipation de Villeneuve ne peut que relever de la marginalisation. Dune 2021 est un produit en marge de l’adéquation actuelle malgré une soumission relative au non-dit, celui qui pousse chacun à l’auto-censure afin d’éviter la foudre du choc imaginaire.

100 fois le récapitulatif tortura le puriste. Autant de fois, il fut nécessaire. La singularité de Frank Herbert est bercée de mystères ; le genre d’œuvre qui, bille en tête, est affreusement difficile à transposer. Une nouvelle preuve de l’opacité volontaire, souveraine des esprits aussi brillants qu’enchaînés. Après tout, on nous dit que “le dormeur doit se réveiller”.

Une expression simple injustement simplifiée, dénaturant sa substance par péché d’orgueil. Ou de méconnaissance, à vous de juger. Qu’en reste-t-il ? Une partition dorée, dont l’imperfection tutoie le grandiose. C’est probablement pour cela qu’une transposition ajustée sur grand écran hypothèque ses chances. Encore faut-il puiser dans ses ressources pour l’admettre.

Il aura fallu visionner plusieurs fois le long-métrage récemment proposé, omettre la comparaison avec son pendant des eighties et supprimer les écrits de notre mémoire. Ensuite, il a été nécessaire de tout remodeler, mettre en adéquation chaque pièce du puzzle en osant l’interprétation pour se rendre compte qu’une production dispose de plusieurs visages et que notre regard dépend principalement de l’angle par lequel nous approchons.

Mince ! Une déception est toujours plus intense qu’un amour passionnel. Une nouvelle preuve de notre crédulité pour nous, horribles spectateurs qui nous abreuvons de contenu(s) sans oser défier la matrice.

Comme si cette étape était aussi inimaginable que l’infini.

D1

Nouvelle interprétation. Une véritable prise de risque (la seule ?).

Une boîte de Leto

Ces réflexions (ou élucubrations) passées, notre instinct reprend le dessus !  Tout cela n’est qu’une chimère et il est temps de retourner aux fondamentaux : comment se mesure la valeur du Dune de Denis ? Ou en usant du raccourci pragmatique : bon sang, c’est bien ou pas ? Nul besoin de répéter encore et toujours la même mélodie : le fantasme d’Alejandro Jodorowsky est enterré depuis des lustres. En dépit d’un immense pouvoir de fascination, si peu de choses le rapprochent d’un quelconque aboutissement si ce n’est une pré-production complètement folle aux promesses solides. Et ce en raison d’une multitude de noms ronflants et des ambitions dopées à la folie douce. Voire ésotériques.

Quant au travail de David Lynch, tout a été dit. La collaboration avec Dino De Laurentiis qui devient chaotique, des critiques acerbes pour un monstre rempli de génie, comme si le foetus de Eraserhead se manifestait à nouveau de manière plus subtile. Une difformité marquante dont les tares ne font que renforcer les prouesses. Un premier contact acide et cependant incroyable où les choix du réalisateur sont suffisamment marquants pour illustrer des concepts baroques barrés de Frank Herbert.

Et parlons-en de cet énergumène ! Un penseur de haute-volée qui fit de Dune l’aboutissement de toute une vie à travers des romans cultes. Quand bien même les essais cinématographiques ne concernent qu’une seule partie d’un ensemble stratosphérique. Or, soyons transparents : pour bon nombre d’entre nous, le premier contact fut vidéoludique grâce à l’excellente production de Cryo Interactive (1992) qui se permet quelques libertés et ellipses volontaires pour offrir une expérience visuelle et sonore à couper le souffle. Bien des années après.

Cependant, restons-en là pour l’historique, le risque étant imminent de perdre vos rédacteurs dans leurs songes les plus enfouis ! Ceci étant, cela donne la mesure des terres contraires qui attendent l’entreprise du sieur Villeneuve, aussi hostiles que fertiles, ce qui correspond d’ailleurs parfaitement au personnage principal de la saga : Arrakis.

D8

Jodorowsky ou le rêve interrompu…

Dune de sang

Lorsqu’on évoque le réalisateur, un sourire béant (le trou, le ver…nous sommes dans le thème !) s’affiche sur nos visages ébahis. Sans évoquer les fabuleux Maelström ou Sicario, le créateur a su relever une prouesse : relever le défi imposé par Blade RunnerTout d’abord en parvenant à se libérer de Ridley Scott, le réalisateur d’origine devenu producteur (et un poil envahissant). Mais Villeneuve a su imposer ses propres codes tout en respectant la diégèse légendaire.

Le bilan ? De nombreuses critiques et attaques frontales au milieu d’éloges, qui concernent beaucoup l’aspect visuel. Blade Runner 2049, à notre sens, réussit le tour de force d’être abordable pour chacun d’entre nous (trop diront peut-être les plus exigeants) pour devenir bien plus qu’une suite d’un monument. C’est à la fois un second opus, un stand-alone et un spin-off où s’entremêlent un savant mélange des genres et l’amour de la caméra.

Alors forcément, lorsqu’on se dit qu’il sera à la tête de l’ambitieux Dune, aucun moyen d’y couper : l’artiste “en a dans le froc” ! Il ose ! Se frotter à la machine revient à prendre d’énormes risques, demandant des choix forts : de l’excentricité, du panache et surtout une recherche précise du public visé. Les aficionados ? Les vieux briscards ? Les néophytes ?

Villeneuve essaie tant bien que mal de réunir cet ensemble sous la même bannière. Avec le succès critique et commercial que nous lui connaissons. Cependant, au-delà d’un triomphe sans commune mesure se cachent quelques Fremen irréductibles qui s’élèvent contre ces louanges sans limite, nuançant parfois le propos ou en étant au contraire bien plus abrasifs. Sans pousser jusqu’à cet extrême, ici, au NBK, nous sommes du clan des opposants modérés. Plus du côté de la Plaine que de la Montagne en somme !

D5

Un vieillissement accéléré pour une imperfection indémodable (Dune de David Lynch)

Méga Paul

Nous pourrions incendier l’ensemble dès les premières minutes : pour celui qui aurait approché de près ou de loin le travail de Frank Herbert, le constat est lourd. En effet, difficile de changer de narrateur sans perte et fracas tant ce “détail” possède son importance. De plus, le second visionnage n’allège pas la note mais qu’il en soit ainsi : une direction est prise et l’engagement du cinéaste est louable. On ne peut pas retirer cela à Villeneuve : même si nos attentes en termes d’intensité ont connu un sérieux accroc, impossible de lui reprocher un ersatz « plan pour plan » de son homologue auteur de Mulholland Drive.

L’esthétique est complètement différente : nous passons du malsain un peu punk au calibrage millimétré et trop parfait. Jusqu’à en être lissé, le principal reproche que nous adressons au film. Car si le directeur de la photographie Greig Fraser, également au turbin pour Rogue One : A Star Wars Story, dispose d’une appétence folle pour le jeu de lumière, rien ne semble sortir du bois. Tout est trop poli et parfois paradoxalement froid. Les couleurs désaturées deviennent même délavées et parfois franchement fades, ce qui dépareille avec les costumes qui font leur office.

Par ailleurs, on ne peut pas dire que l’ami Denis ne tente rien au début du long-métrage. Certains essais de chara-design montrent une certaine volonté d’apposer une marque forte et ce en dépit de quelques loupés comme les Navigateurs ou encore le design du Bene Gesserit, arborant un style un peu bancal (ou un filet de pêche pour les plus médisants) qui ne parvient jamais à mettre en avant une Charlotte Rampling toujours aussi juste. Peut-être que la volonté ne peut pas trop coller au rêve de Jodorowsky hantait tous les esprits, allez savoir.

Néanmoins, toute cette bonne volonté glisse vers une sagesse pernicieuse, amenant à un rituel générique et parfois franchement peu emballant, l’âme de Dune étant parfois difficilement respectée. Certes, les effets sont parfois magnifiques, comme une scène de bataille un peu molle mais splendide. Toutefois, comment pardonner le manque de sensation(s) ? La maison Harkonnen est peu inquiétante, les Atréides transparents (un argument opposable pour le film de Lynch également) et Arrakis…insipide.

D3

Les personnages principaux. Et vous les verrez souvent !

Dune Load 

Oui, cela est difficile à admettre mais Dune est une planète finalement comme les autres. D’accord, un léger flou nous indique qu’il fait chaud. A aucun moment nous ne ressentons cet enfer écrasant, meurtrier et inhospitalier. Sans l’Épice, ressource-clé au centre d’une lutte géopolitique, point d’intérêt à s’installer sur ces terres arides. Seulement, cela ne transpire (ahah) pour ainsi dire jamais à travers ce qui est montré, obligeant le scénario à l’indiquer plus que de raison.

En parlant de ce dernier, son épaisseur se délite au fur et à mesure. D’entrée de jeu, les bases sont bien mieux posées par rapport au film de 1984. En outre, certains “oublis” restent rageants. Des pans entiers sont mis de côté et plusieurs aspects malsains sont tout simplement omis. Peu de violence malgré des scènes chorégraphiées avec minutie.

Puis comment ne pas pester devant ce manque de conviction oubliant jusqu’au nom du Jihad, l’écologie tout juste effleurée et une quête initiatique assez plate. Un “ratage” éventuellement rattrapé dans la seconde partie, impliquant un cliffhanger brut et brutal. Agaçant. Une étude de l’autre face sera nécessaire ; toujours est-il qu’en attendant, nous voilà laissés dans le flou le plus profond avec une ultime réplique assez peu inspirée. 

Alors autant se fier au développement des personnages et là aussi, le bât blesse. Si Paul ou encore Stilgar sont dans le ton, Leto est peu intéressant, à l’instar de ses ennemis, et Jessica est simplement hors du coup. Quant aux mentats, ils sont juste réduits au rang de simples stratèges, sans aller plus loin dans l’analyse. Certes, Denis Villeneuve préfère centrer son récit sur Paul et sa mère. Cela ne suffit pas et gêne le développement des autres. Par exemple, Gurney devient un vieux Duncan et inversement. Sans aller bien plus loin, un constat bien trop général.

D9

C’est « badass ». Suffisant ?

Epice et tout

Au-delà de l’histoire et de sa réalisation, on pourra aisément reprocher quelques facilités comme une utilisation parfois abusive du hors-champ, des ellipses et des symboliques parfois survolées. Pourtant, la scène du ver promettait énormément… Restons toutefois lucides : il serait indécent de remettre en cause la direction et le jeu des acteurs, Timothée Chalamet en tête. “Succéder” à Kyle MacLachlan n’est clairement pas une mince affaire et le jeune homme parvient à démontrer le passage vers l’âge adulte.

Seulement, l’écriture des protagonistes a tendance à saper le charisme tout en explorant des pistes dispensables, comme cet oedipe un peu pénible. Pas d’opposants réellement oppresseurs, une thématique de Caladan dénaturée et de fâcheuses tendances à vouloir correspondre aux grandes lignes des blockbusters à l’ancienne. Anti-MCU par excellence, ce Dune se démarque par son rythme lent qui sied parfaitement au produit d’origine. Mais une nouvelle fois : nous sommes loin de la puissance de Herbert et de Lynch qui, en livrant un format bien plus jonché d’erreurs (voire carrément bordélique par moment) marquait bien plus les esprits.

Ici, rien de bien affolant. Quelques délices et trouvailles se manifestent sans pour autant égaler les pérégrinations d’antan. Cela ne fait pas du Dune de Villeneuve un navet mais la folie quasi-inexistante est une tare, surtout quand on réalise à quel point le roman est un vivier de découvertes et d’inventions de toute part. Tout cela est “propre”. Point barre. La croyance et la dévotion ? Quelques lignes et puis s’en vont.

Dernier point à développer : la bande originale. Si Toto réalisait un exploit surprenant et sans précédent, juger le travail de Hans Zimmer relève de la gageure. Si les premiers instants laissent augurer une partition sans accroc, la suite est moins reluisante avec des sonorités maîtrisées mais sirupeuses. Des consonances orientales, pourquoi pas. Seulement, cela est un frein à une dramaturgie bien plus lourde, ce qui semblait acquis au début. Probablement une tentative très personnelle. Pas assez pour nous emmener vers la féerie mystique.

Cela contraste avec les bruitages absolument délicieux qui, à l’inverse des autres points, mettent en valeur leur sobriété.

Une manière de montrer que la maîtrise technique ne signifie jamais une approbation unanime.

D10

Superbe, d’accord. Mais vraiment si malsain ?

CONCLUSION

Dune est un produit qui s’éloigne des standards de notre époque sans finalement procurer les sensations que certains d’entre nous étaient en droit d’attendre. Misant sur l’élégance esthétique, le métrage échoue selon nous sur une donnée capitale : l’identité singulière. La prise de risque(s) est très réduite, comme si Denis Villeneuve évitait toute fantaisie afin d’esquiver une potentielle sortie de route. Seulement, admirer du “beau” ne rend pas une production puissante, un concept qui semble clairement aux abois. En ce sens, à aucun moment nous ne pouvons qualifier Dune de mauvais film ; toutefois, celui-ci ne s’élève pas au rang d’inoubliable. Pire, pour quelques connaisseurs, il y aura même un affront concernant certaines voies empruntées avec un manque d’insolence qui aurait pu sublimer le propos. Avec plus de force et de conviction, nul doute que la réalisation aurait eu un impact à nos yeux totalement différent. Au moins, impossible de prétendre que Villeneuve a souillé les bases. Cela ne permet pas de chanter les louanges d’un essai que nous aurions espéré plus saugrenu malgré, nous réitérons, une ferme volonté de faire front au Hollywood contemporain. Noble, mais insuffisant pour nous convaincre. Bref, les qualités sont nombreuses. Et pourtant, pour le NBK, Dune c’est”non”.

EVALUATION DE LA REDAC

5
10
Juste
Les plus
  • Se démarque de Lynch !
  • Quelques essais de chara-design
  • Les bruitages
  • Anti-MCU, ça fait du bien !
  • Quelques séquences originales
LES MOINS
  • Quelques détails gênants
  • Trop "clean"
  • Arrakis insipide
  • L'écologie, on en parle ?
  • L'OST...

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No Bloody Knows
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