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Les Chroniques de Gunhed TV… ou l’esthétisme bienveillant

“Maire déchu reconverti en youtuber approximatif” : dès la 4ème de couverture, le ton est donné. David Hecq, aka Gunhed, montre une nouvelle fois sa capacité d’autodérision derrière laquelle se cache une analyse chirurgicale du jeu vidéo. Avec une appétence pour le retrogaming !

Bien sûr, pour les plus jeunes d’entre nous, cela peut ressembler à une soupe à la grimace. La période pré-guéguerre Nintendo/SEGA par exemple, très peu pour un pourcentage de la population malgré une véritable fascination pour ce côté obscur de l’amorce.

Pourtant, notre animateur a capté l’essence de la magie vidéoludique. Se rendre sur Gunhed TV, c’est partir d’un postulat des plus simples : une tonne d’informations diluées sous le masque d’un humour populaire à base de blagues foireuses (nos favorites) et de… babes. Oui, c’est le fruit d’une époque et lorsque l’ouvrage Les chroniques de Gunhed TV : les consoles de jeux vidéo maudites et autres systèmes damnés fut annoncé, la crainte s’empara de nos âmes. En effet, comment retranscrire l’esprit des émissions en un livre dont le rythme est figé ?

Certainement, la tentative serait douloureuse. Et pourtant, nous sommes face à un couronnement. Le récit n’est pas basé sur l’histoire vidéoludique au sens pur. Ici, on parle de l’enfance, on déconne et on se délecte des détails aussi intelligents que croquants. Puisque derrière une gigantesque farce se trouve un méticuleux travail de recherche(s). Une apothéose qui avance en toute modestie, de l’humour pour une archéologie prodigieuse et l’ombre de l’ennui s’en trouve évincé.

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Gunhed Flanders

Tout juste pourrait-on se demander si une nouvelle cible est envisageable. La réponse est partagée : si d’un côté, nous pouvons penser que le bouquin s’adresse aux aficionados du sieur, l’ensemble reste abordable même si quelques notions resteront nébuleuses pour les non-initiés. Le parti-pris est toutefois clair et les premiers remerciements s’adressent à celles et ceux qui suivent les élucubrations de Gunhed TV, dont les aventures sont reconnaissables entre mille. Ils ont d’ailleurs droit à un temps de parole sélectionné autant pour la pertinence qu’en guise d’estime envers un public fidèle. Un noble projet !

Tout y passe : les vannes sur l’Atari (malgré une forme de reconnaissance d’affection oserions-nous dire pour le chambrage !), les femmes peu vêtues et les pubs qu’on qualifie de nos jours de “vintage”. Et c’est cela qui vous frappe en pleine poitrine, réchauffant nos cœurs de briscards d’une époque révolue.

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En traversant les pages, vous le verrez de vos propres yeux : il ne s’agit pas de vous parler du passé. Il s’agit de vous le faire vivre et de se téléporter dans une ère complètement dissemblable. Jamais obsolète pour nos petites bouilles et celle de notre romancier (oui, oui !) mais tellement éloignée dans ses concepts qu’elle en paraît utopique. Voire idyllique. Une réminiscence qui permet de repenser le modernisme alors que les concurrents, durant cette nébuleuse temporalité, “se fracassaient le crâne à coup de hache”.

Loin des obligations contemporaines, l’auteur parvient à glisser son propos en maquillant le discours avec subtilité. En clair, s’il se justifie en invoquant les mœurs distinctes, Gunhed exprime tout de même les choses en étayant son discours… et en gardant sa bienveillance pour cette audience plus jeune.Un conteur un peu fou, passionné et qui ne recule pas devant la boutade bien grasse. Et ce ne sont pas les illustrations érotiques détournées qui annihilent cette marche en avant !

Néanmoins tout est résumé à la page 88 avec ces pastiches d’annonces : “J’suis à donf en mode vintage, tu vois ! (…) Marguerite en faisait peut-être un peu trop avec son trip des années 80. Efficace !

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Le cycle des poètes disparus

Le style est épuré et maîtrisé : les phrases sont calibrées comme il se doit, jamais trop longues. Et si répétitions occasionnelles il y a, celles-ci sont ajustées pour mieux mettre en valeur la percussion suivante.

On se rappelle de l’anecdote concernant les débuts de Coléco (oui, on insiste désormais sur le “é” !) où Gunhed nous évoque sans détour les premiers amours de la compagnie et son évolution. Et puisqu’il faut nous relater les pérégrinations premières de la boutique, à savoir le cuir, notre “chroniqueur du rétro » ne peut s’empêcher de conclure par “En résumé : Maurice était le spécialiste de la godasse.”. 

Un fou rire plus tard, qui nous aura valu des regards gênés à bord d’un train bondé, et nous avons compris que l’essentiel était acquis : les sourires s’enchaînent en dépit d’un flot de références et de noms en tout genre. Rien n’est pompeux même si nous réitérons : certaines notions sont considérées comme intégrées pour le lecteur.

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Alors, porte d’entrée ou introduction à l’univers de Gunhed ce tome ? Un peu des 2 tant ils se touchent dans une symétrie apparentée à de la synergie.

Et concrètement, de quoi parle-t-on ? Du début des années 80, de sa genèse, de ses inspirations, de son influence et de son héritage. De cette profusion de machines. Las, le temps sanctionnera d’ailleurs le milieu par le biais d’un krach sans précédent qui changera à jamais le visage du jeu vidéo. Gunhed, lui, nous montre l’esprit du moment avec son regard du jour et celui de son enfance (aaah ce passage sur le Philips Vidéopac !). L’appareil de la maison en tant qu’indicateur de l’échelle sociale, la relation avec les copains, les légendes urbaines de la télévision qui s’abîme, le croisement de médias…

Tout cela est ancré en nous et pourtant, on en parle de moins en moins. A l’instar de la domiciliation de l’arcade, trop souvent réduite et attribuée de temps en temps à la Neo-Geo. Erreur réparée. Une parmi tant d’autres.

En bon “père Castor”, Gunhed ne renie jamais le rookie. Quant au vétéran, les douceurs des désignations comme Congo Bongo, Zaxxon, CPC 464, “certificat de qualité”…le replongeront dans un doux coton de nostalgie. En plein marivaudage fait de jeux de dupes et de procès, un rappel sans pitié du business entourant le loisir.

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David Hecq cité 

Au-delà de toutes ces affaires, Gunhed n’oublie pas de nous faire bénéficier de ces trouvailles : le démat’ avant l’heure, l’avarice des actionnaires repus et déconnectés, les visionnaires trop fantasques…Oui on évoque la guerre Mattel/Atari/Coléco, les divers modèles des constructeurs, la folle épopée du Konix…

En réalité, David Hecq rend hommage aux oubliés. En faisant son tour de force ultime : humaniser les supports en évoquant l’histoire des gens derrière ces créations ubuesques. Des plus célèbres aux plus immémorés dans ce microcosme réunissant les frangins Greenberg, Jack Tramiel, Hiroshi Yamauchi ou encore un Ray Kassar flamboyant avant d’être terrassé par Donkey Kong.

Ces espaces-temps dont on aura oublié jusqu’à l’existence alors que finalement, notre état d’esprit du jour découle bien des origines. A titre de parallèle d’entre 2 âges, la puissance n’est rien sans le catalogue et ces observations sont le fruit d’un paradoxe. Nous le répétons : tout est si différent, à l’image de la sexualisation de la réclame, preuve qu’un seul type de public fut visé.

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Avec tendresse, Gunhed rappelle à tous qu’on ne peut ignorer cette réalité, elle qui ne nous a finalement ni martyrisés ni traumatisés. Perdus dans le chakra du destin, nous avons juste vu les choses se transformer, évoluer sans changer complètement.

La donne sera redistribuée par la suite, donnant naissance à une nouvelle consécration de gamers qui (pour certains d’entre eux) seront le reflet de la rupture imposée par la crise de 1983. Puis il y a les autres, comme notre échotier et vidéaste qui a traversé le temps en restant le fruit d’un cycle aujourd’hui méconnu.

Pourtant, tout y est dans cet aboutissement qui, loin d’être une jérémiade, met en lumière tous les thèmes chers à la chaîne Gunhed TV : l’expérience en magasin de son créateur, ses découvertes enfantines ou adultes et sa passion pour la légèreté qui vire souvent à la plaisanterie ludique.

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Gunhed diction

Assurément, l’homme est l’un des grands artisans de cette protection du patrimoine. Et il le fait avec classe sous couvert de clownerie. Rien que pour cela, le livre est un monument qu’il faudra encore reconsidérer, avec plaisir et malice, dans quelques années.

Doté d’une conscience au 83ème degré, Gunhed parvient à jouer avec les lecteurs pour adhérer à un double discours : celui du fun et de la passion. Si les explosions d’images, aux commentaires aussi drôles qu’un brin en décalage avec les années que nous traversons, sont une fausse-excuse pour “maintenir l’attention du lecteur”, nul doute que chacun percevra l’espièglerie bien plus profonde qu’on ne veut bien nous faire croire.

Car si la forme fait semblant de ne pas se prendre au sérieux, c’est pour mieux assurer la fluidité du contenu qui est complet en plus d’être bien narré. Aucune formule trop lourde, une ambiance joviale qui en devient touchante à ses heures et un véritable message d’amour au monde du jeu vidéo, fut-il bien taquin !

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Profondément philanthrope, Gunhed nous informe en rendant une belle louange aux héros désormais effacés de quelques mémoires. Une analyse millimétrée au charme instantané : lire Les Chroniques de Gunhed TV comme regarder la chaîne YouTube, c’est comme être à la maison. Rassurant, confortable et intimiste.

On aurait presque peur que tout s’arrête ici, comme un sentiment de conclusion. L’annotation “vol. 1” ne peut que nous apaiser. Les prochains projets aussi.

Et on nous souffle à l’oreille que tout est loin d’être fini et que nous en saurons plus bientôt.

Très bientôt.

Unknown

 

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No Bloody Knows
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