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Retro Come Back #13 – Ecco The Dolphin (la série)

Le tout premier Ecco the Dolphin fit sensation. Il s’agissait d’un jeu atypique qui dénotait par rapport à la masse des jeux de l’époque (début des années 90). Incarner un dauphin n’avait et n’a en effet rien de commun. Elle rappelle un vieux rêve de l’homme, celui de nager en leur compagnie.

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Derrière Ecco the Dolphin, nous trouvons un doux rêveur, Ettore E. Anunziata, papa d’Ecco (et de Chakan également), Spencer Nilsen le compositeur attitré de la série, SEGA et une équipe de développement hongroise, Novotrade Internationale. Lesquels se sont associés pour créer une série de jeux unique à l’ambiance incroyable. Injustement, cette série aujourd’hui est passée dans l’oubli, mais elle mérite qu’on la redécouvre, pourvu qu’une petite plongée dans son univers se transforme, à la joute, en ivresse des profondeurs.

1992 – Ecco the Dolphin : une sensation et une nouvelle référence

Dés les premiers instants de jeu, Ecco the Dolphin marque les esprits en transcendant le support sur lequel il tourne. Au son d’une musique mystérieuse rappelant par moment Meddle de Pink Floyd, Ecco nage dans des environnements magnifiques. Les couleurs particulièrement bien choisies et la somme des détails simulant les fonds marins impressionnent.

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La nage du dauphin rend merveilleusement bien. Rapide, animé à la perfection, Ecco peut foncer et changer de direction au dernier moment pour faire des acrobaties au dessus de l’eau. Notre cétacé est également doté d’un sonar qui est très utile pour communiquer avec les créatures marines et les cristaux censés nous guider, faire apparaître une carte ou nettoyer l’écran à la manière d’un tir. Même si le maniement peut paraître un brin rigide aujourd’hui, notamment par rapport à l’inertie (le dauphin est lent à « démarrer »), et la gestion des directions parfois délicates (les diagonales surtout), à l’époque, les sensations offertes étaient grisantes.

Avec une aventure complexe entre exploration et énigmes, le jeu devient rapidement une référence sur Megadrive, une alternative à Sonic. Devant un tel succès, le jeu sera naturellement adapté sur d’autres support maison comme la Master System, la Game Gear ou sur Mega CD, cette dernière version bénéficiant d’un soin tout particulier avec une musique de qualité CD, 6 nouveaux niveaux et des cinématiques du meilleur effet. Une suite est également mise en chantier.

Ecco cache pourtant sa nature profonde. Lorsqu’on ne s’arrête que sur l’illustration de la jacquette signée par Boris Vallejo ou sur les captures d’écran au dos de la boîte, Ecco serait un jeu destiné aux amateurs des documentaires du Commandant Cousteau, aux fameux non-joueurs un brin écolos, aux adultes qui à l’époque n’avaient que faire des aventures du petit hérisson bleu ou du plombier moustachu.

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Mais si le jeu a l’ambition, dès le premier épisode sur Megadrive, d’imiter la vie marine avec une représentation ultra-réaliste de ses représentants et de son décor, il est bien plus que cela et dépasse rapidement le cadre du simple aquarium du premier niveau. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, le scénario d’Ecco puise son inspiration dans la science-fiction la plus pure, avec sa horde d’aliens hostiles et son lot de voyages dans le temps. Dès le niveau d’intro, on n’est comme qui dirait dans le bain. Après une dernière acrobatie d’Ecco haut dans le ciel, une tempête d’un autre monde vide le fond de la lagune laissant notre dauphin seul au monde. Sa mission : retrouver ses congénères, rétablir un équilibre perdu et repousser la menace Alien.

On suit dès lors les aventures d’Ecco à travers 25 niveaux qui se partagent entre époque actuelle et préhistoire, temples engloutis, mers chaudes et contrées glacées. Pour se terminer dans un monde de cauchemar, quelque part au royaume sombre, bio-mécanique des aliens. « Welcome to the Machine » est le nom d’un niveau qui fait référence au morceau du même nom des Pink Floyd et qui est un avant goût infernal de la bataille qu’il faudra mener contre la Reine du Vortex. Tétanisant et mémorable.

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Contrairement aux idées reçues, Ecco the Dolphin n’a rien en effet d’un jeu zen ou d’un jeu reposant, comme j’ai pu le lire dans la presse spécialisée à l’époque. C’était d’ailleurs les principaux arguments que les journalistes avançaient pour louer ses qualités et le distinguer de la masse des jeux d’action. Or Ecco n’a rien d’un jeu cool, c’est un jeu extrèmement difficile qui exige du joueur une abnégation rare et un sang froid parfois inhumain. Y rejouer aujourd’hui, alors qu’on est habitué aux conforts des jeux récents, fait remonter à la surface de douloureuses réminiscences : mélange de crainte, de souffrance, de frustration, de découragement avec ce sentiment d’impuissance tenace. Certains niveaux sont tellement grands et labyrinthiques qu’il faudra des centaines d’essais pour trouver un début de semblant de chemin. Et lorsqu’on découvre de nouveaux lieux, l’absence de repère dans ces fonds marins hostiles désarçonne et décourage. Le joueur lambda qui cherchait uniquement le fun de se prendre pour un dauphin passera son chemin.

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Et l’une des principales difficultés est la gestion de l’air, dans un monde aquatique souvent fermé. Oui, Ecco est un mammifère marin qui comme ses amis les baleines et les orques ne respire que de l’air. Le cétacé devra donc à intervalle régulier, remonter à la surface pour prendre un bon bol d’oxygène ou trouver une poche d’air, si par hasard, il s’est aventuré trop profondément dans des cavernes. Ensuite, il faudra gérer sa barre de vie, passer devant une pieuvre géante, lentement sous peine de mort, ou repousser à coup de museau des requins de plus en plus nombreux. Si le jeu propose des passwords, ce sera bien le strict minimum pour progresser à travers ces niveaux.

1994 – Ecco, the Tides of Time : une suite mémorable

Concernant sa suite, Tides of Time, on retrouve toutes les qualités du jeux précédent. Mieux, le jeu est magnifique et surpasse toutes les attentes. L’équipe de développement ne s’est pas juste contenté de recycler les bonnes idées du premier opus mais a développé un univers, déployant au passage de toutes nouvelles phases de gameplay. Pour l’histoire, la Reine du Vortex est de retour et obligera Ecco à parcourir les marées du Temps. On trouvera de nouveaux lieux futuristes aux décors luxuriants et des créatures incroyables tranchant avec les classiques créatures marines du premier opus. Comme cette gigantesque méduse dans les tubes d’eau dans le ciel. Le sprite d’Ecco, lui, redessiné, sera repris de la version Mega Cd et se dotera d’une animation toujours aussi incroyable, avec quelques mouvements supplémentaires.

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Ensuite, on a le choix très appréciable du niveau de difficulté. Et la courbe de progression s’avère plus adaptée aux joueurs novices, au début surtout. A titre d’exemple, le premier épisode refroidissait l’ambiance dès le deuxième niveau dans les cavernes. Désormais, les premiers niveaux nous permettent de nous habituer aux exigences de ce jeu d’aventure. Et ils nous introduisent tout doucement une histoire qui sera résolument futuriste.

La variété est également de mise avec une alternance de niveaux plus axés action, comme ces tubes d’eau qui servent de transition entre les mondes et ces passages en simili 3d, notre dauphin étant vu de dos et devant, pour se téléporter dans le temps et l’espace, passer à travers une série d’anneaux. L’autre possibilité de cet opus, entrevue brièvement à la fin du premier épisode, est de se transformer en d’autres animaux (méduse ou requin…). Le plus marquant reste d’incarner un volatile au dessus des mers !

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Néanmoins, dire qu’Ecco II est plus facile que son prédécesseur serait un doux mensonge. Les derniers niveaux nous rappellent cette dure réalité : les jeux Ecco sont des jeux redoutables.

Tides of Time connaît un succès notable auprès de la critique spécialisée et des fans mais n’a pas eu l’impact qu’a eu son prédésseceur. Et ce même s’il était plus facile d’accés en termes de difficulté. Ecco II met en effet en avant un univers SF très marqué, qui cible et réduit d’avantage son public. Exit le grand public et la mère de famille, ce sont les joueurs qui ont connu dans la douleur le premier épisode qui s’y interesseront ainsi que les amateurs des mondes imaginaires.

Avec sa fin ouverte, on était en droit d’attendre une suite directe à Ecco II, or il n’en fut rien. Si la Megadrive connaîtra bien un troisième épisode, il est beaucoup plus anecdotique et n’a rien à voir avec la trame de la série. Cet épisode à part, c’est Ecco Junior (1995) qui est exclusivement destiné aux jeunes enfants, faisant office d’initiation à la série. Il nous propose d’incarner jusqu’à trois cétacés, Ecco Jr. bien sûr, mais aussi un orque et un cousin d’Ecco au teint plus sombre. Le jeu alterne recherche d’objets et trappe-trappe sous-marin, on a la possibilité de respirer indéfiniment sous l’eau et les ennemis y sont absents. Avec une difficulté inexistante, la durée de vie n’excède pas la demi-heure pour le joueur moyen.

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Vendu uniquement de manière anonyme sur le territoire australien, en recyclant les graphismes du premier épisode, on sent que le jeu est une commande de dernière minute. Il sera souvent oublié dans les rétrospectives. Or le jeu n’est pas dénué de qualité et sa redécouverte se fera positivement des années plus tard, par les joueurs, sur les plateformes de téléchargement.

Le « vrai » retour d’Ecco tant attendu, était prévu sur 32X et s’avèrera n’être qu’un pétard mouillé, ne dépassant jamais le cadre d’annonces prometteuses et d’un écran titre chatoyant. Seul Kolibri, un proche parent d’Ecco en mode Shoot them up, toujours signé Annunziata et Novotrade sortira sur ce support. La cause de cette annulation : le 32X, l’add-on mort né de la Megadrive fut un échec retentissant et l’arrivée de la Saturn mit fin au projet Ecco. Au grand désespoir de son créateur, Ecco, comme Sonic qui sera relégué à l’état de figurant, sera personna non grata sur Saturn, Sega ayant pris la mauvaise habitude de faire souvent table rase du passé en renouvelant complètement ses licences.

2000 – Ecco, Defender of the Future : un reboot magnifique mais sans lendemain

Pourtant, Ecco renaîtra. Avec la rutilante Dreamcast, bien aidé par de grandes capacités en matière de 3D, Sega mise sur un reboot de la saga du Dauphin.

Defender of The future sera le baptême de feu pour cette série avec le délicat, très délicat passage de la 2D à la 3D. C’est Appaloosa Interactive (anciennement Novotrade), toujours basé en Hongrie, qui s’occuppera de cette fabuleuse transition. On notera toutefois l’absence du créateur d’Ecco, Ettore E. Annunziata, et de Spencer Nilsen pour les musiques, remplacé ici par Tim Folin. D’ailleurs, on peut s’etonner de ces absences, tant ils ont incarné à eux deux l’âme d’Ecco.

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Le jeu sort au début de l’an 2000, et est acclamé par la critique qui salue là une réalisation exceptionnelle doublée d’un challenge et d’une direction artistique remarquable. Le passage de la 2d à la 3d s’est fait à la perfection avec des fonds marins divinement modélisés, une animation du cétacé plus vraie que nature (l’équipe a étudié à l’aide de vidéos le moindre des mouvements des dauphins) et un gameplay complexe et immersif, même si le maniement demande toujours un temps d’adaptation.

La 3D apporte une nouvelle dimension, désoriente ceux qui sont habitués à l’univers en 2D des premiers épisodes. Et bien malgré cette nouveauté de taille, le jeu, et c’est une prouesse, parvient à restituer l’essence, l’âme des premiers jeux.

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Seul le scénario est décrié par la plupart des joueurs et par la presse. Futuriste, il est pourtant dans la même veine que ceux entrevus dans les épisodes précédents. Il est signé par l’écrivain de Sf, David Brin, et met Ecco à nouveau en face d’une invasion alien, prétexte à de nouveaux voyages dans le temps. Ecco tente biensûr de rétablir un équilibre, confronté au futur des Dauphins, lesquels sont soit réduit à l’état d’esclavage, soit devenus eux-même des tyrans. Pour la première fois, et même si on ne les voit pas dans le jeu, il est fait mention des humains.

Le jeu marque les esprits, mais renoue également avec une marque de fabrique de la saga : une très grande difficulté. Elle empêche le jeu de toucher un large public. Et pourtant cette difficulté est à la hauteur de ce grand jeu, gratifiante à partir du moment où l’on ne se décourage pas. Le jeu réserve en effet une somme de moments d’anthologie : des combats contre des boss énormes (Megalaudon, Crocodile géant) et la découverte de lieux incroyables comme la cité d’Atlantis. Et s’il n’y avait qu’un seul passage à garder en mémoire, ce serait « Hanging Waters », les tubes d’eau dans le ciel (un passage d’Ecco II désormais en 3d), un niveau scindé en trois parties. C’est un des derniers niveau du jeu, le choc ressenti est d’autant plus important, et il nous propose de nager dans le ciel dans des masses d’eau suspendues avec des parties purement plate-formes ! Une claque, tout simplement incroyable.

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En hommage aux premiers épisodes, on retrouvera également deux niveaux en 2D et demi, (avec par exemple, Passage from Genesis, un titre évoacateur, Genesis étant le nom de la Megadrive américaine) reprenant la représentation et le gameplay des origines avec une vue sur le coté.

Certains puristes de la saga ne reconnaîtront qu’à demi-mot l’incroyable réussite que fut ce Defender of the Future, préférant toujours le challenge et l’ambiance si particulière des premiers épisodes sur Megadrive. Il n’empêche que cet épisode sur Dreamcast tient grandement la comparaison avec ces modèles, les surpassant même à mon goût en terme d’immersion.

Une suite était bel et bien prévu sur Dreamcast mais avec l’arrêt par Sega de la production des consoles début 2001, elle fut annulée. Signe des temps, Ecco, Defender of the Future sera le premier épisode de la saga à migrer sur une console autre que celles made in Sega. Il sortira en 2002 sur Ps 2 dans une version améliorée (avec une nouvelle boussole notamment pour mieux se repérer).

La mort de la licence ?…

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Defender of the Future est à ce jour le dernier épisode de la saga. Et pourtant, depuis des années, Ed Annunziata, accompagné par Spencer Nilsen, toujours pour la musique, a pour projet d’offrir une véritable suite à Ecco – Tides of time. « The Big Blue » devrait en effet prendre là où s’était arrêter le deuxième épisode et permettrait d’incarner, outre Ecco, une autre créature aquatique. Ce projet a même fait l’objet en 2013 d’une campagne de financement participatif. Mais les sommes relevées (50 000 dollar sur les 700 000 prévus) furent insuffisantes pour lancer la phase de développement. Même si cela semble mal engagé, le créateur d’Ecco ne désespère pas un jour de relancer la saga du dauphin.

Aujourd’hui, cette série est méconnue du grand public et des jeunes générations, la faute en mon sens à deux causes : une difficulté très élevée qui a écarté un grand nombre de joueurs et l’abandon de la part de Sega de cette licence, une mauvaise habitude qui poursuit encore la firme japonaise. Ecco aura toutefois marqué son temps avec une série de jeux mythiques, où chaque épisode (hormis le Junior) est indispensable pour celui qui voudrait plonger dans les profondeurs en sa compagnie.

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[Redacteur et rétrogameur de la première heure et amateur de jeux indés fantastiques...]

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