JAP’ANIME : Interview #1 YOSHIYUKI SADAMOTO

JAP’ANIME : Interview #1 YOSHIYUKI SADAMOTO

Yoshiyuki Sadamoto est un incontournable dessinateur et illustrateur Japonais, sa carrière est colossale, il a officié sur de nombreux travaux considérés aujourd’hui comme des classiques. Formé par Yasuo Ōtsuka ( « Horus prince du soleil », « Conan le fils du futur », « Le château de Cagliostro »…) et se faisant la main avec des futurs animateurs de la Gainax sur les projets universitaires tels que Daicon III puis IV, Y. Sadamoto travaille ensuite sur Chōjikū Yōsai Macross (Robotech chez nous) en tant qu’animateur clef. Cette série de Mecha emblématique de Shōji Kawamori du début des années 80 était à l’époque sur le même plan que la franchise Gundam en matière de popularité. Elle donna par ailleurs le fameux film culte : « Do you remember my love » qui caracola des années durant, au coude à coude avec Kaze no tani no Nausicäa ( Nausicaä et la vallée du vent) en tête des tops des nombreux magazines dédiés à l’animation Japonaise.

Une photo de l’artiste

 

Il accompagna ensuite son collègue Hideako Anno avec qui il avait travaillé sur Macross dans une nouvelle aventure : la Gainax. H.Anno créa le studio emblématique et Y. Sadamoto y tint un rôle central sur plusieurs projets, puisqu’il occupa la place de directeur de l’animation sur divers animés tels que Gunbuster. Ajouté à ça, il endossa la casquette chara-designer sur le film « Oneamisu no Tsubasa » (Les ailes d’Honneamise » et sur les plus emblématiques des séries du studio tel que « Fushigi no umi no Nadia » ( Nadia, le secret de l’eau bleue) dont le concept original a été imaginé par un illustre réalisateur que vous découvrirez dans cette interview. Les influences de cet homme sont d’ailleurs assez fortes dans Nadia, tout comme celles Macross, puisque certains personnages, à commencé par le Capitaine Nemo rappellent ceux de la série de S. Kawamori.

 

Un des magnifiques illustrations de Nadia signée Y.Sadamoto

 

En 1995, il devient l’un des acteurs majeurs de l’incontournable Neon Genesis Evangelion. À travers son rôle d’animateur et de chara-designer, il va contribuer à bouleverser cette année-là, dans un premier temps le monde de l’animation Japonaise et dans la foulée celui de la science-fiction en général, tant Evangelion fut un véritable coup de poing pour tous ceux qui l’ont découvert à cette époque ou même encore aujourd’hui par le biais des 4 films du studio Khara dont vous pouvez retrouver les articles sur MegaForce :

EVANGELION: 1.0 YOU ARE (NOT) ALONE

EVANGELION: 2.0 YOU CAN (NOT) ADVANCE

EVANGELION: 3.0 YOU CAN (NOT) REDO

EVANGELION: 3.0 + 1.0 THRICE UPON OF TIME

 

Au-delà d’Evangelion, en créant le personnage de Rei Ayanami, Y. Sadamoto créa également une icône de la Jap animation ; une égérie tant elle fait toujours partie du quotidien des Japonais même 25 ans après. Il est impressionnant de voir qu’encore aujourd’hui, à quel point elle reste présente dans les rayonnages de goodies, de figurines, des échoppes du monde entier à la manière des personnages de Star Wars.
Y.Sadamoto va ensuite quitter la Gainax – non sans participer à la série d’OAV Furi Kuri une collaboration entre Production I.G et Gainax – laissant ensuite le studio lentement se dissoudre puis disparaître de façon assez obscure. Ceci explique en partie la difficulté pour H. Anno de boucler son projet de 4 films sur Evangelion, maintenant sous la tutelle de son nouveau studio : Khara. A noter que le dernier opus n’est sorti qu’en cet été 2021 alors que le projet a été initié plus de 10 ans avant. Plus libre, l’illustrateur va travailler sur divers projets cinéma tel le film : « La Traversée du temps ». Cette interview a d’ailleurs été réalisée à l’été 2008 pour la sortie de ce long métrage et au moment où les remakes des films d’Evangelion furent annoncés. Également mangaka sur la version papier d’Evangelion, Y. Sadamoto exerce aussi en tant qu’illustrateur freelance puisqu’il va par exemple réaliser la pochette d’un album d’Éric Clapton. Enfin il met un pied dans le jeu vidéo en réalisant tout le chara-design de la série de RPG PS2 .hacks//SIGN et .Hack//G.U.

 




Vous l’aurez compris, le travail de Y. Sadamoto même s’il est orienté vers l’animation rayonne sur beaucoup de corps de métier. En plus des .hack, les travaux sur lesquels il a travaillé ont été adaptés de nombreuses fois en jeu vidéo. Fushigi no Umi no Nadia s’est retrouvé transformée en RPG sur Megadrive, ou en Visual-novel sur Pc-engine. Neon Genesis Evangelion compte un nombre assez impressionnant de jeux souvent oubliables à l’exception peut-être du visual-novel Saturn et du jeu sur Nintendo 64, qui ont fait rêver les fans de la série en demande du moindre nouveau contenu inédit. Et bien évidemment, ses célèbres Eva 00, 01 et 02 ont eu leur place attitrée dans la série Super Robot Taisen de Banpresto !

 

Cette interview a été réalisée en 2008 par mes soins lors de la Japan expo à Villepinte, alors que j’officiais pour le site fantasy.fr. Site aujourd’hui disparu, ce témoignage revient sur Mega Force afin que tout le monde puisse en profiter.

 

Merode.

 

L’interview

Pourriez-vous nous raconter comment vous avez commencé dans ce métier ?

Et bien, comme beaucoup de monde, j’aimais les animes quand j’étais enfant, mais je n’avais pas l’intention de devenir animateur.

Un jour un de mes amis d’étude est venu me chercher et m’a proposé de travailler en freelance sur la série Macross.

J’ai dit oui, et ce fut mon premier contact avec le monde de l’animation. En fait, c’est monsieur Mahiro Maeda qui m’a demandé de travailler avec lui et quand j’ai intégré le staff de Macross, tout de suite après monsieur Yamaga, directeur de la Gainax, m’a embauché au sein de son studio.

ndlr : Mahiro Maeda est un illustrateur et réalisateur japonais. Il a travaillé entre autres sur le projet Animatrix et a réalisé la série « Gankoutsuou – Le comte de Monte Cristo »

 

Etiez-vous présent lors de la réalisation du court-métrage Daicon 4 ? Quel était votre rôle ?

Oui, j’étais directeur de l’animation.

Le court métrage Daicon IV qui témoigne déjà d’une grande qualité d’animation et du savoir-faire des futurs animateurs du studio Gainax et le talent de Y.Sadamoto.

 

Pouvez-vous nous expliquer comment vous parvenez à imaginer vos différents personnages, et de quelle manière vous les rendez si iconiques ? Comment vous sont venus des personnages comme Rei Ayanami ou encore ceux de Nadia ?

Pour Nadia, vous savez que dans le roman de Jules Verne, le capitaine Némo est sensé être une personne noire. Je me suis donc inspiré de ceci.

Pour le personnage de Nadia, j’ai procédé de la même manière que pour Némo et j’ai ajouté des références que j’aimais comme Cléopâtre, reine d’Egypte. J’ai en plus accentué son côté gitane avec les bijoux pour justifier le fait qu’elle travaillait dans un cirque. C’est en faisant un amalgame de tout cela que j’ai développé ce personnage.

Cléopâtre interprétée par Elizabeth Taylor à droite et Nadia à gauche. On retrouve l’inspiration dont parle Y.Sadamoto dans les parures et la coupe de cheveux.

 

 

Pour Ayanami Rei c’est plus difficile. C’est un personnage très difficile à cerner à vrai dire. Je ne sais pas comment je l’ai créé, peut-être ai-je eu la grâce. Une sorte de vision, une image que j’avais dans un coin de ma tête et qui m’a permis de l’inventer. Si je me souviens bien, à l’époque il y avait une chanson connue d’un groupe dont la traduction littérale du titre était La fille aux bandelettes.

Cette chanson racontait l’histoire d’une fille qui allait aux bains publics et lorsqu’elle se déshabillait, elle était couverte de bandelettes à cause de blessures. Cette image m’a interpellé et j’ai trouvé que visuellement parlant cela pouvait être vraiment pas mal. J’ai donc commencé à développer le personnage à partir des paroles de cette chanson et en même temps j’ai pu coucher sur le papier Ayanami Rei.

Ayanami Rei et les fameuses bandelettes

 

Dans Nadia, pourquoi avoir choisi comme base narrative le roman 20000 lieues sous les mers ?

En fait il faut savoir que lorsque que la NHK a demandé de faire une nouvelle série, monsieur Miyasaki avait proposé d’adapter le roman de Jules Verne tel quel. Pour des raisons que je ne connais pas le projet fut refusé et Miyasaki est parti sur le projet de Laputa avec les studios Ghibli. Quand ils ont vu le succès de Laputa ils ont regretté et ont redemandé à Miyasaki de reprendre le projet. Ce dernier a refusé par manque de temps. Alors la NHK a lancé une compétition entres plusieurs studios. La Gainax a été retenue et c’est ainsi que Nadia a pu voir le jour.

Vous avez illustré la jaquette d’un album de Eric Clapton : Pilgrim. Comment s’est passée la rencontre ?

Quand Eric Clapton a décidé de faire une tournée au Japon, il voulait faire réaliser une jaquette par un illustrateur. Mais l’artiste qui avait fait la pré-jaquette à cette époque n’avait pas réussi à séduire Clapton. Comme il était au Japon à ce moment là, il est allé voir avec son manager des artbooks dans des librairies japonaises. Il avait peu de temps pour boucler le visuel de son disque et a décidé de demander à un dessinateur japonais.

En arpentant les librairies il est tombé sur l’artbook Alpha et a tout de suite été séduit. Le lendemain je recevais un coup de téléphone de son manager me demandant si en une semaine je pouvais réaliser une illustration. J’ai rencontré Monsieur Clapton à son hôtel ou il m’a fait écouter les 2 chansons disponibles et tirées de Pilgrim. Dans le clip il m’a expliquait qu’il sortirait de l’eau avec un chapeau derrière, etc. C’est avec cette description que j’ai imaginé la jaquette de l’album.

 

 

Dans vos travaux les plus récents on compte « La traversée du temps », qui a été primé à Annecy. Quel effet cela vous fait-il d’être associé à ce succès ?

Gagner le second prix du festival m’a fait très plaisir même si je n’ai établi que le design et que je n’ai pas travaillé sur l’animation. Pour être franc avec vous c’est plutôt Monsieur Osoda qui a gagné le prix et lorsqu’il l’a eu, j’avoue avoir été ravi pour lui.

Quelque part, j’étais un peu désolé de n’avoir pu travailler plus sur ce film et de n’avoir fait au final que le design, mais c’est ce qui était prévu dès le départ. Le film a été récompensé par le monde entier car Annecy est un festival où les gens viennent de partout. C’est fantastique pour moi et pour l’équipe.

 

 

 

Les ailes d’Honneamise est un film encore très impressionnant aujourd’hui, Comment un studio aussi jeune est-il parvenu à faire une telle œuvre ?

En fait je ne sais pas …
Pourquoi nous a t-on a donné une telle responsabilité ? C’était à peine croyable. A cette époque nous venions de terminer Daicon 4, un générique pour un grand festival de SF très connu au Japon. Je pense que monsieur Watanabe Shigeru, qui était à l’époque chez Bandai, a apprécié notre vision de la SF qui devait différer de ce qui était montré jusqu’à présent et que Bandai voulait peut-être produire un film novateur.

En fait, on nous a fait confiance et on s’est jeté à l’eau. On se demande encore parfois pourquoi on a confié un aussi gros projet à une équipe si jeune (25 ans en moyenne)

 

 

Avez-vous encore des rêves aujourd’hui, des choses que vous aimeriez faire, créer ?

En fait j’avoue que ce n’est pas un rêve extraordinaire, mais j’aimerais produire une œuvre originale qui serait proche de mon univers personnel. Bien sûr jusqu’à présent j’ai travaillé sur de nombreuses œuvres mais c’est vrai que je n’ai pas encore trouvé celle que je veux vraiment faire.

Je ne peux d’ailleurs pas vous en dire le genre car je ne l’ai pas encore clairement défini moi même. Cependant je préférerais la faire en tant que directeur de l’animation ou animateur car je ne suis pas quelqu’un capable de motiver et de diriger un staff. Je suis plutôt du genre à énerver le réalisateur.

Et puis j’ai tenté une fois l’expérience et ce n’était pas pour moi… Mais j’espère avoir l’occasion de pouvoir faire une œuvre qui me tient à cœur avec le staff qui pourrait m’aider à réussir cet exploit.

 

 

 

Pour terminer, quelques travaux de l’artiste :

 

  • Planches de Manga Evangelion illustrant toute l’étrangeté de l’œuvre

  • Une illustration promo des RPG Hack Sign et la boite d ‘Evangelion N64 ci-dessous :

  • 4 illustrations bien célèbres pour Nadia et Evangelion

  • L’influence de l’art fantastique sur Yoshiyuki Sadamoto et la Gainax est évidente, avec par exemple cette illustration promo du film The End of Evangelion, qui se retrouve également dans le film à travers un plan majeur et maintenant célèbre et qui s’inspire de la couverture du roman de SF : The General Zapped An Angel de Karel Thole.

Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.

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