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Capture d’écran (121)

Avis MEGA-Ciné : Matrix Resurrections (garanti sans spoil)

Il faut donc croire que le dogme est exact : faire revenir une légende d’entre les morts lui donne une aura singulière, quitte à l’édulcorer. Les exemples sont nombreux et forcément, lorsque les décennies s’emmêlent, le mythe s’étend autant qu’il ne s’effondre. Matrix n’échappe donc pas à la règle, celle de cet appel du large qui embarque les franchises vers des suites aussi soudaines qu’excitantes dans le fond. Car évidemment, il va falloir une ristourne particulièrement habile pour justifier l’existence d’un produit prolongeant une histoire supposée achevée.  Appât du gain, nécessité de recul sur l’ensemble de l’œuvre, nostalgie nauséabonde poussant au vice du retour incongru ?

Les questions se sont multipliées au moment de l’annonce de Resurrections. A juste titre. En effet, le premier opus est un joyau sujet à de multiples fantasmes, rendant son essence quasiment palpable pour les spectateurs un peu fous que nous sommes. L’enchaînement, nous le connaissons. Après un second puis un 3ème épisode tièdes, en faisant la moyenne des avis contraires, voilà que la licence nous sort son tour de passe-passe, comme ce lapin improbable bondissant d’un haut-de-forme abyssal.

Autant vous avouer la chose de but en blanc ! Matrix : Resurrections est assurément un film clivant qui devra assumer plusieurs échecs. Non, la jonction entre ancienne et nouvelle génération ne se fera pas ouvertement. La greffe n’a jamais été en mesure de donner ne serait-ce que l’illusion d’une issue heureuse pour tous. De là à condamner d’office le métrage ? Ce serait aller si vite en besogne. Après tout, dans la diégèse imaginée par les Wachowski, tout n’est que mirage.

Et ce même si vous êtes en phase d’éveil.

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“Matrix là, boys !”

Afin d’accéder au cycle final de la création, point de Lilly (créditée néanmoins de co-créatrice des personnages dans le générique) cette fois-ci. La sœur sur le carreau, Lana Wachowski décide de faire cavalière seule. Enfin presque…

Ainsi, le scénario est co-écrit avec Aleksandar Hemon, auteur émérite connu sur nos terres notamment pour son livre De l’esprit chez les abrutis (que nous vous recommandons vivement !) et surtout David Mitchell, dont le roman Cartographie des nuages fut adapté par la réalisatrice (en compagnie de Tom Tykwer) sous l’appellation Cloud Atlas en 2012.

Au-delà de toute considération scénaristique propre, nous constatons que cela fait le plus grand bien à la saga, dont on découvre un angle de vue bien différent et pertinent…du moins au début. Assurément, les 35 premières minutes sont enthousiasmantes à souhait. On y découvre un regard plein d’autodérision, de remise en question, de désacralisation. Lana n’hésite pas à mettre en exergue une auto-critique, à déconstruire ce qui est tout en adressant un tacle bien senti à ceux qui ont longtemps fondé des théories plus ou moins fallacieuses. L’intellect factice est mis à mal, sachant que tous les thèmes y passent : la puissance du dollar, la transformation, le culte, les firmes aussi toxiques que les puristes…

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A ce moment précis, en fiant au décalage entre la toute première scène et l’arc centré uniquement sur Keanu Reeves, nous avons une certitude absolue : ce pan marquera nos esprits. A jamais. Voilà que le sourire s’esquisse et de nombreuses interrogations s’envolent. Oui, Matrix : Resurrections réussit un tour de force en nous replongeant dans son univers avec ténacité et en cassant les codes tout en se permettant de briser le 4ème mur. Nous pensons comme ils pensent. Nous voilà connectés : cela faisait longtemps…

En misant sur une omniscience certaine de ses personnages, en leur accordant un recul nécessaire et bienvenu tout en brouillant les cartes des frontières entre réalité et fiction, la production se dresse magistralement. On en aurait presque l’impression que ce 4ème opus jette son dévolu sur la trilogie initiale comme jadis David Bowie le fit avec Ashes to Ashes sur Space Oddity. D’accord, certains clins d’oeil sont trop appuyés et le ton est un peu mièvre à l’occasion. Qu’importe ! Cela fonctionne relativement bien.

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Malice au pays des merveilles

Bien sûr, le propos ne s’arrête pas là. On parlait de notre chouchou d’Hollywood, et ce dernier incarne à la perfection ce Neo de retour en tant que Thomas Anderson. Complètement à l’opposé de son interprétation d’il y a 20 ans, Keanu stupéfie, oscillant entre silence et réponses brèves. Finalement, nous pouvons en dire autant de la distribution, avec une palme à la clé pour Jessica Henwick et même Jonathan Groff, malgré des rôles plutôt difficiles à composer voire totalement ingrats.

Le problème ne viendra jamais de l’acting, quand bien même il peut se montrer quelque peu outrancier, mais plutôt de l’écriture des protagonistes, parfois taillés à la serpe. D’une part, nous reconnaissons que la touche d’humour est efficiente en dépit d’une balourdise prononcée. Mais que les personnalités sont alambiquées ! Morpheus, nonobstant un Yahya Abdul-Mateenn II des grands soirs, est irritant au possible. Pire : beaucoup de comparses n’ont soit aucune importance, soit aucun développement. Certains disparaissent en cours de route, n’ayant aucune conclusion à leur “quête”, pendant que d’autres n’ont tout simplement aucune valeur ajoutée. 

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Ne nous mentons point : on pourrait flinguer la moitié du casting sans que cela ne fasse trembler le spectateur. Aucune personnalité ne se dégage et finalement, seul Neo connaît un semblant d’approfondissement, la “nouvelle Trinity” étant bien trop en retrait. Le reste est éclipsé par la diégèse des essais précédents devenus étouffants pour Resurrections. Comme si l’ensemble hésitait entre renouvellement et volonté de ne pas égratigner le matériau d’origine. On s’abstiendra aussi d’évoquer les quelques cabotinages foireux qui n’ont qu’un seul intérêt : le fan service alambiqué.

Concernant le scénario…comme nous le disions, tout est partagé entre le subtil (le steak bon sang !) et le “m’as-tu vu ?” bien granuleux, comme si nous étions incapables de lire entre les lignes. Une coutume hollywoodienne actuelle qui frise l’impolitesse, retirant au “consommateur” sa capacité d’analyse pour lui offrir une vision linéaire, aux antipodes de l’ode à la liberté prônée dans Matrix. Finalement, nous pourrions penser que ce paradoxe représente le fondement du questionnement de ce nouvel épisode. Néanmoins, si tel est le cas, alors autant dire que l’effet tombe complètement à plat. 

Rien que ça.

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Neo détale

Le point d’orgue du film se situe au niveau de cette séquence incroyable où le titre White Rabbit (de Jefferson Airplane) retentit, à l’instar du premier trailer. Exagérée, la scène reste toutefois parfaitement calibrée et on sent que Lana Wachowski a énormément gagné en maturité. Malheureusement, car la médaille a toujours un revers, cela sonne le glas de l’histoire qui, dès lors, prend un tout nouveau virage, faisant retomber Matrix dans ses travers. A notre sens, la série s’est toujours prise les pieds dans le tapis lorsqu’il s’agit d’émanciper le monde réel.

Pas d’exception à la règle, le déraillement débute à cet instant précis. Bien entendu, visuellement, la claque ressentie par la nouvelle matrice est effective. Peut-être est-ce en raison des nombreux flashbacks au grain volontairement accentué sublimant le monde de la fiction. En revanche, l’univers de la vérité ne semble pas avoir évolué d’un iota. Ces moments détruisent toutes les thématiques jusqu’ici magnifiées pour se concentrer sur le superflu. Plus grave, cela déteint sur le rythme et sur le raffinement, sacrifié au nom d’un foie gras indigeste.

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Quelques scènes se révèlent bien plus inspirées et la rétine se régale bien plus que l’oreille. Là où une frange de plans se montrent explicites et bien construits, leur explication par le biais d’un dialogue mignard et mal écrit explose le résultat. Comme si la puissance du cinéma muet se retrouvait abattu en plein vol par une nécessité de transmission orale. Pourquoi ?! Matrix : Resurrections nous prouve qu’il est lui-même enfermé dans sa propre matrice délaissant l’interprétation au profit d’un discours certes chiadé (encore que…) mais sans grande sagacité.

Qu’en reste-t-il ? Une course sans réel objectif. En soi, ce n’est pas forcément un mal car la “jurisprudence Terminator : Dark Fate” est passée par là ! Il ne s’agit pas de tout foutre en l’air. Là où la dernière infamie chapeautée par Cameron lui-même fracassait allègrement les enjeux des premiers récits, Matrix 4 évite cette désagréable sensation consistant à penser que tout ce qui fut accompli avant n’a servi à rien. Cependant, on ne peut s’empêcher de déduire que les “faiseurs” ont donné des éclaircissements sur ce qui les arrangeaient, laissant des trous béants, voire même des incohérences, pour le reste. Nous vous laissons en juger mais, réflexion faite, le script (en dehors de son rattachement au mythe) tient sur un ticket de métro.

Et pourtant, cela nous fait mal de l’admettre !

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Trinity et taux bas ? Go !

L’espoir inhérent à la mise en scène était essentiel afin de raviver la flamme. Malgré un résultat global en demi-teinte, il est clair que Lana Wachowski triomphe partiellement là où nous n’aurions pas misé un kopeck ! Curieusement, lorsque l’intrigue est empreinte d’accalmie, la magie opère. Les cieux s’ouvrent vers l’émotion et la ligne de mire est ajustée. Les scènes du miroir, du building, les plans rapprochés et fixes…tout cela renforce une atmosphère aussi mystérieuse que pesante avec un amour non dissimulé de la caméra et de ses mouvements.

Étonnamment, c’est lorsque Matrix : Resurrections se confronte aux limites “humaines” de la réalisation qu’il s’en tire le mieux. La lenteur est distillée avec parcimonie et le cadrage s’amourache de son discours pour mieux le sublimer. Le doute est alimenté par un jeu pudique sur la perspective et la réalisatrice s’éclate à brouiller les pistes afin de nous déboussoler, à l’instar des héros, totalement perdus alors que les précédents événements ne sont pas ignorés. Une belle leçon qui démontre la capacité d’évolution de l’auteure/autrice amenant une posture déjà entraperçue dans Cloud Atlas, maîtrisée de bout en bout ici.

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A l’inverse, c’est un peu la soupe à la grimace pour les scènes d’action. Peu lisibles, elles se situent à 1000 lieues de ce qui nous fut présenté auparavant. Quoi qu’on en dise, Matrix : Reloaded et sa baston médiévale disposait d’une chorégraphie bien plus léchée en plus d’angles savamment choisis. Dans Matrix : Resurrections, tout est excessif. Souvent trop près, l’objectif saborde la compréhension tandis que le montage nous fait perdre (maladroitement pour le coup) nos repères. Nous avons tendance à moins y croire et l’intensité chute librement ! Éventuellement, nous serons plus cléments avec la partie consacrée au train mais rien d’exceptionnel.

Toutefois évitons toute mesquinerie : les effets si chers à la série, notamment le célèbre “bullet-time”, ne sont pas légions et l’exploitation qui en est faite est intelligente. On troque désormais la surprise pour la maîtrise et nous nous accommodons sans sourciller. Cela sauve un peu les meubles et si nous ne parvenons pas à tout décrypter, en dépit d’un second visionnage méticuleux, l’ombre de l’ennui est balayée avec aisance. Il faut d’ailleurs reconnaître que notre exigence rime avec notre intransigeance, le cahier des charges ayant été affiné au fil du temps.

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Lana liste

On ne va pas vous refaire le cliché du pouvoir de l’amitié, la superproduction s’en chargeant très bien, mais l’équipe technique du film a vraiment une grande part de responsabilité dans la grandiloquence du festin oculaire. Bim ! Avoir John Toll dans sa team est un énorme gage de qualité. Ayant déjà travaillé avec Lana, ce dernier compte Braveheart, Sense8 ou encore Légendes d’Automne à son palmarès de directeur de la photographie, fonction qu’il assure pour Matrix : Resurrections. En duo avec Daniele Massaccesi, au turbin sur Seul sur Mars, l’esthète frappe très fort grâce à une colorimétrie et des jeux de lumière juste stratosphériques ! En s’éloignant de ce filtre verdâtre des premiers épisodes, le film trouve la propre identité de sa matrice.

A notre grand dam, celle-ci n’est que visuelle et pas vraiment mise en avant, ayant du mal à justifier son existence. Nous pouvons légitimement nous interroger sur sa fonction et il est envisageable que cette dernière soit en adéquation avec le concept du reboot mis en place, s’éloignant des poncifs contemporains en leur balançant un taquet au passage. En tout état de cause, ça ne justifie pas ce manque de profondeur si bien illuminé !

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Enfin, et pour vraiment terminer avec les sujets qui fâchent, évoquons la bande originale. D’accord, passer après Don Davis est un terrible handicap tant la qualité de sa partition n’est même plus à exposer. A la rigueur, nous ne saurions qu’être tous bienveillants partant de ce postulat. En faisant appel à Johnny Klimek (Le parfum et, encore une fois Cloud Atlas) et Tom Tykwer  (réalisateur et compositeur, casquette qu’il porte pour ce métrage), le risque était mesuré. Et pourtant, dysfonctionnement il y a ! Quelques envolées nous maintiennent en alerte et…c’est tout. De l’électro basique, un peu “d’orchestral à la va-vite” et nous voici emmenés vers un trip banal. Loin d’être imbuvable, la musique se contente d’accompagner l’action sans jamais vraiment nous bousculer. Alors que les bruitages, eux, sont mixés comme il se doit et percutants !

CONCLUSION
Au final, que penser de ce Matrix: Resurrections ? Qu’il y avait tant de bonnes idées, tant de choses à faire, tant de pistes à explorer. Nous ne sommes pas face à une véritable déception : nous sommes confrontés à une incompréhension totale devant ce mélange de génie et de médiocrité qui cataloguent les chances de réussite du long-métrage. Avec une ambition aux antipodes des plats qui nous sont servis depuis des années, il y avait de quoi crier au front de l’évasion ! Que nenni, rien ne nous pousse dans ce sens et nous sortons de cette fable attristés, fourbus et hagards. Au moins le parti-pris nous renverra vers l’envie de se replonger dans les méandres de la trilogie Matrix. Et ce sera bien la seule chose que nous retiendrons, le projet étant bien trop bringuebalant.
EVALUATION DE LA REDAC
Les plus
  • Le début du film
  • Keanu Reeves, surprenant
  • La photographie
  • La puissance des thèmes...
LES MOINS
  • ...annihilés par le récit
  • L'écriture des personnages
  • Le scénario qui s'effondre totalement
  • Les scènes d'action peu lisibles
  • La musique en retrait
3.5
10
Pas terrible

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