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Les chroniques de Gunhed TV Tome 2 : Le réveil de la strophe

“S’est-il seulement posé la question ?”.

Telle est, en substance, notre interrogation lorsqu’il a fallu faire fonctionner notre esprit d’analyse et de synthèse lors de l’élaboration de notre chronique. Affirmatif : la nôtre. Gunhed a été confronté au spectre du second opus. Or la suite, que ce soit pour le cinéma, la musique ou la littérature, est une exposition aux critiques les plus acerbes. “Du réchauffé” entend-t-on chez cette dame. “Du repompé” renchérit l’homme bourru. “Sans prise de risque” crient encore en choeur ceux dont la poitrine en est parfois démunie.

Par incidence, par ricochet ou par lucidité, le risque est exponentiel. Comme lors de la continuité d’une bataille débutée par une furtive escarmouche, l’effet de surprise n’est plus. Comment contourner ce constat effroyable et sans appel ? Quelle est donc la méthodologie à employer pour faire bloc afin de laisser le discours voyager, sans en perdre l’essence tout en conservant son identité et sa ferveur ? Non pas que nous doutions de la capacité du sieur à enchaîner. Après tout, cela fait des années qu’il opère sur Youtube (ou sur Odyssey quand l’orage de la censure tonne).

Cependant, l’exercice est totalement dissemblable et le guerrier expérimenté se retrouve désormais en position d’aventurier un brin pionnier en la matière. Se lancer dans la dissertation sur des systèmes ayant foiré en humanisant l’appareil, il fallait le faire ! Il s’agit de tenir désormais la distance et, finalement, c’est peut-être ici que le plus dur commence.

Tout ça pour vous dire que nos mains nous paraissent bien grasses et le stress actif au moment d’effectuer à notre tour notre second essai. Le moment du choc entre les touches et nos doigts a sonné : voici le temps de la spéléologie ayant pour objectif l’exploration des bas-fonds de l’œuvre qui se cache sous une épaisse couche de granite.

Mais nous, on ne nous l’a fait pas au NBK ! A force de relectures, nous commençons à connaître le polisson…

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Gunhed eater ?

Le David Hecq est farceur. Il aime opposer certaines firmes bieeeeen connues. Un running gag dont il se joue avec délectation : comme il l’avoue lui-même lors d’une phrase emplie de malice, il “aime assez entretenir cette vieille querelle où c’est finalement le PC qui a gagné, mettant une raclée magistrale à Atari et Commodore.”.

Espiègle et boute-en-train, le passionné n’en est pas moins lucide et c’est pour cela qu’il parvient à doser cette alchimie entre histoire, empirisme et ressenti. Pourtant, les débuts nous inquiètent légèrement. Certes, le choix d’entamer cette nouvelle quête rassure quant à la maîtrise du style. De plus, il est évident que le Vectrex fait office de chaînon manquant pour lier les 2 tomes.

Néanmoins, nous avons la sensation de déguster la même recette. Impression vite balayée lorsque Gunhed évoque un nouveau souvenir d’enfance : “la scène du centre aéré”. Sa passion pour le jeu vidéo, sa faiblesse pour le sport et l’envie de briller en société, tout y est ! Si, finalement, l’extrait est assez court, il renferme l’ensemble des émotions éprouvées par un homme qui revit, ne serait-ce que de façon éphémère, sa vie de garçonnet.

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Grand Gunhed redevient alors petit David qui nous parle de ses copains, de ses cousins, de papa et de maman. Il dépeint ces générations qui ne se comprennent pas, ces perceptions du passé et tous ces traits d’une époque aujourd’hui fantasmée. Les pendules semblent remises à l’heure au sens où on ne peut s’empêcher de se dire “c’était comme ça”.

On se languit, un peu comme dans The Truman Show : “comment cela va-t-il se terminer ?”. L’anecdote est savoureuse et bien construite. Encore mieux contée que les annales du volume initial, preuve inéluctable que la plume s’est affûtée. D’accord, on ne change pas une équipe qui gagne mais il va sans dire qu’un nouveau palier qualitatif est franchi.  Écrivain Gunhed ? Assurément.

Toutefois, on le savait déjà.

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David goussait

En dépit d’un volume qui s’est épaissi, ce tome 2 sait se montrer plus concis, plutôt droit au but et cohérent. Si le nouvel arrivant sera éventuellement pris de court face à l’architecture, c’est que la méthodologie de lecture nécessite d’être acquise. Ainsi, Les chroniques de Gunhed TV : Les consoles de jeux vidéo maudites et autres systèmes damnés se dégustent par chapitre et non de manière épisodique. Ne pas aller au bout de l’un d’entre eux en se stoppant net, c’est comme aller aux cabinets lors des révélations de Twin Peaks : grosse envie ou non, ça s’fait pas !

Forcément, nous nous en doutions. Après tout, le créateur a su proposer une véritable épopée digne d’un péplum en termes de durée sur une seule vidéo. Alors autant ne pas se faire de bile : la gestion du rythme, le gaillard connaît ! Au milieu de longues explications, Gunhed s’amuse à nous sortir des vannes aussi nazes que drôles tout en nous bombardant d’extraits tout juste coquins blindés de citations virtuelles franchement efficaces.

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De l’humour et encore de l’humour : si vous êtes sensible au genre, vous serez aux anges. Toujours aussi bien distillé, il percute quasiment à chaque fois, permettant de faire des pauses entre toutes les informations qu’il va falloir ingurgiter.

Par bonheur, l’effet catalogue est esquivé avec aisance ! Tout est à sa place et le travail de recherche est toujours aussi impressionnant. On ne parlera pas de Jamy du jeu vidéo mais l’idée est là. Il ne s’agit en aucun cas de vous exposer la connaissance à la tronche, histoire de rabaisser le néophyte. C’est aussi ça le danger du retrogaming : être ou devenir une espèce de couillon imbu de lui-même, fier de vous présenter l’information que le commun des mortels n’aurait jamais pu trouver.

Nous en sommes à 1000 lieues. Certes, le livre transpire la nostalgie à grosses gouttes mais il n’en oublie pas l’essentiel : la transmission.

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Si l’icône valait…

Un leitmotiv qui ne le quitte plus et qui, à force, entre dans notre perception en tant que situation normale. Après tout, protéger le patrimoine n’est pas qu’une question matérielle et Les chroniques de Gunhed TV le démontrent à chaque instant. Se souvenir est l’assurance de comprendre aujourd’hui les médias qui nous entourent. 

Alors que nous vivons l’apogée du “consommable en un seul clic”, l’auteur nous emmène vers une autre réalité, non pas parallèle mais historique. Là où la mondialisation n’était qu’une chimère et le décalage entre les peuples encore plus béant en dépit d’un amour commun pour l’élite vidéoludique. Après avoir défini dans le premier volet le choix de la machine en signe d’appartenance sociale, voilà que les produits deviennent culturels, facettes d’une appartenance à un clan. De plus le fripon Gunhed, par le biais de transitions habiles, résume les pensées naissantes en une phrase aussi fluide que lourde de sens : “les marques, selon leur degré d’implantation dans les familles américaines, ont tendance à devenir un terme générique”.

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Dans un élan de mansuétude, il fait moins souffrir la branche atariste dans cet épisode. Les petit tacles restent toujours aussi affectueux mais Gunhed n’en fait jamais trop, si ce n’est pour grossir volontairement le trait. A l’inverse, là où l’ouvrage connaît un énorme virage, c’est quand il prend le temps de vous expliquer en quoi les dinosaures ont effectué un baroud d’honneur afin de défier les jeunes insolents venus du pays du Soleil-Levant.

Non, la première empoignade de SEGA ne fut pas menée contre Nintendo. Oui, quelques membres des grandes firmes japonaises ont redouté les ultimes tentatives des empires bedonnants en décrépitude. Telle une opération chirurgicale, voilà que la chute est méticuleusement décortiquée, les prémices étant tellement essentiels pour l’élaboration du compendium.

On retrouve alors ces figures humanoïdes derrière les machines, dont quelques héros du volet initial (les Greenberg bon sang !), qui se perdent vers une destinée évolutive. Le casting se complète au fur et à mesure et, à l’instar de solides sitcoms, les retournements de situation pleuvent entre trahisons, guerres de communication et entourloupes.

Tout cela exposé avec adresse !

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Il y a comme un Hecq !

Alors, comme le dit si bien Gunhed, est-il “question de rébellion contre l’ordre établi des choses” ? Quelque part, oui car si les chutes sont si terribles et détaillées dans le livre, c’est parce qu’elles sont parfois injustes. C’est aussi en cela que les incontournables des machines sont évoquées, ce qui fait le lien avec le sacerdoce homebrew d’aujourd’hui que nous observons par exemple avec le (ou la !) Vectrex.

En outre, nous noterons que le filon fut exploité jusqu’au bout, donnant une mode constituée d’”enfumages de l’industrie de l’informatique”.

Pour nous permettre de mieux saisir chaque concept, David Hecq n’hésite pas à user de la vulgarisation, histoire de remettre les exploits à leur place ou, au contraire, pour nous montrer à quel point la frégate de la publicité peut être fallacieuse (oui Jaguar, on te regarde !). Si notre “youtuber approximatif” s’amuse de certains récits, il ose prendre des gants tout en dégoupillant à tout-va. Les éditorialistes, les développeurs, les faux érudits et (sa cible favorite) les “experts”…tout le monde en prend un peu pour son grade sans que la charge ne soit virale ou gratuite. D’ailleurs, Gunhed nuance son propos dans ses remerciements où il loue le travail des journalistes, quêteurs du savoir vidéoludique durant très longtemps.

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Cela ne l’empêche pas aussi de pratiquer l’autodérision, notamment lors du chapitre concernant l’Amiga CD 32 où il confesse que “rares étaient les blaireaux qui y ont cru, mais j’en faisais partie”. Plus âpre est le narrateur ? Absolument pas ! L’évolution s’explique par 2 axes qui s’entrecroisent sans que cela ne soit dit avec clarté, Gunhed respectant suffisamment l’intelligence collective pour cela. En effet, le thème du livre est lié autant aux bouleversements du jeu vidéo qu’à la vie de David. Le krach de 1983 ? Il était encore tout jeune. La passation de pouvoir ? L’enfant a bien grandi et devient ce vendeur de magasin dont il parle toujours tant avec un sourire béat et des yeux qui pétillent. Autre époque, autres mœurs. 

Nous l’avions évoqué lors de la sortie du premier volume, nous réitérons avec conviction : le documentaire s’acoquine avec la vie d’un gamer ayant pris la parole pour nous exposer sa propre histoire. C’est aussi ce qui différencie la galerie de l’art. 

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Hecq quittait

Rétablissement de vérités, anecdotes improbables donc indispensables, passe-passe entre longues tirades et punchlines, Les chroniques de Gunhed TV constituent un ouvrage dans la continuité du premier avec un soupçon de maîtrise en plus. Peut-être est-ce parce qu’il éclaire le chemin, nous indiquant la direction que prend la totalité de la quadrilogie. Ou probablement est-ce encore en raison de sa capacité à bousculer les codes établis.

Quoi qu’il en soit, et malgré le délai minime entre les 2 essais, le pas accompli est gargantuesque (ou pantagruélique, car il faut bien se la péter 5 minutes !). Sans trahir l’esprit d’origine, comme les citations de quelques commentaires piochés çà et là de ses propres vidéos, Gunhed transcende sa formule en l’adaptant à ses thématiques. Nous décrivant le marasme inhérent au tonnerre de l’ascension des sociétés nippones, il met en valeur une nouvelle orientation du paradigme pour le jeu vidéo qu’il s’applique à lui-même, du moins de manière formelle.

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Si l’ouvrage de base pourrait (sur certains points) être interprété comme un portage de l’audiovisuel vers l’écrit, le petit frère est aux antipodes. Évidemment, il garde son air de famille mais on le sent plus insouciant et téméraire, comme si les affronts le laissaient moqueur. Cela expliquerait-il la hausse de confort visuel et la disposition ingénieuse des images ? Nous avons bien une petite idée…

Rieur, Gunhed nous renvoie à ces dégringolades, suites logiques et implacables de rendez-vous manqués, de sorties bien trop tardives ou de mégalomanies intrinsèques tout en nous regardant avec bienveillance. Après tout, c’est dans une ultime profession de foi qu’il affirme que, pour lui, rien ne sera plus pareil. En témoigne le passage de témoin entre “jouer aux jeux vidéo” et “l’expérience de jeu”. C’est donc avec une petite touche de mélancolie que nous attendons la prolongation.

Lève-toi Gunhed. La 3ème reprise t’attend…

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No Bloody Knows
Fans du Beat'em Up, de SEGA ou encore de Nostalgeek, une chose vous réunit : vous êtes la Pop Culture [Responsable Relations Publics et Presse]

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