BALAN WONDERWORLD

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L’histoire du jeu vidéo peut parfois révéler des surprises inattendues. Comment imaginer au début des années 1990 que les créateurs de Sonic, figures éminentes de Sega se retrouveraient à réaliser un jeu chez Square, éditeur et studio profondément lié à la Super Nintendo. Et pourtant 25 ans plus tard Yuji Naka et Naoto Oshima sortent de leur chapeau Balan Wonderworld, un jeu de plateforme peu conventionnel et qui malgré certaines maladresses, propose quelque chose d’assez original.

Tout d’abord, ce qui ressort du jeu, c’est un univers enchanteur et assez soigné dans sa direction artistique. Le style graphique très reconnaissable de Naoto Oshima, évoque beaucoup le Night de la Sega Saturn mais avec une plastique actuelle ressemblant à un Mario Odyssey boosté au 1080P voir à la 4K sur les nouvelles générations. L’ambiance et le chara design des multiples personnages tendent vers ce style très particulier qu’avait Nights. Le style visuel des jeux de plateforme est souvent construit autour de mélanges étranges, puisque les tableaux sont avant tout au service du gameplay. Et Balan est dans cette veine, et propose des passages magiques mais aussi parfois des mélanges de genres déconcertants. Par ailleurs, il n’a rien à envier à un Mario qui rappelons le quand même, met en scène un plombier aussi bedonnant qu’attachant sautant sur des tortues de taille humaine, et passant dans des tuyaux pour voyager dans des mondes réalistes, féeriques ou fantastiques reconstruit au service de la plateforme.

Balan, le maitre de cérémonie d’une fantaisie en costume

 

 

Les mondes imaginaires de Yuji Naka

Depuis une île flottante desservie par un train céleste, sont reliés de multiples environnements colorés, allant de la jungle amazonienne jusqu’aux montagnes enneigées, en passant par un monde évoquant Alice in Wonderland ou encore le fond des mers et ses coraux multicolores. Plus d’une dizaine de tableaux sont jouables. À la manière d’un Sonic 3, chaque chapitre est divisé en deux actes avec un sous-boss et un très gros et magnifique boss en fin de zone. Tout au long du périple, il faut récupérer des trophées en or. Ils sont les sésames pour faire apparaître les tableaux suivants qui se dévoilent trois par trois. Ainsi le jeu pousse à retourner chercher et explorer à nouveau les mondes, en quête de statuettes pour avancer dans l’histoire. Chaque monde dispose d’une petite histoire scénarisée autour d’un personnage tourmenté, dont il faudra libérer le cœur et la conscience pour le rendre à nouveau heureux. C’est donc de petites fables superbement illustrées par le talentueux studio Visual work qui se dévoilent pour chaque monde à travers un mini-film d’une minute à la narration pertinente et efficace.

Il y a toute une ménagerie de mignons à gérer sur l’île centrale

 

 

Des choix osés

Ce qui saute aux yeux assez rapidement dans Balan Wonderworld, sont ces choix très particuliers reposant intégralement sur le principe des costumes et de leurs facultés respectives. Le gameplay est simple, puisqu’il est construit sur l’utilisation de deux boutons. Le premier sert à faire une action différente en fonction de l’habit porté par votre personnage. Le second (L1 R1) sert à changer de costume. À la manière d’un Sonic Megadrive, tous les boutons standard de la manette, proposent une action unique en fonction de l’apparence vestimentaire. Un saut, un coup, une téléportation, une transformation… Certains costumes permettent de planer en maintenant la pression, ou par exemple de ralentir le temps ou encore de vous téléporter de quelques mètres afin de passer à travers certains obstacles

Si au départ on peut trouver ça assez basique dans le principe, c’est lorsqu’on pousse le jeu en profondeur que l’on entrevoit toute la réflexion développée par l’équipe de développement, pour adapter les pouvoirs des costumes au level design des tableaux. Il n’est pas question dans Balan Wonderworld d’étendues vastes que l’on va dévaler à toute vitesse, ni de phases de plateformes soutenues aiguisant les réflexes, mais plutôt d’une vision s’axant sur la recherche, la réflexion, et qui va même parfois jusqu’à tendre vers le puzzle game. La satisfaction passe ainsi par la découverte de la mécanique s’activant en utilisant le ou les bons costumes, plus que par la performance ou la vitesse. Cette approche est certes particulière mais pas dénuée d’intérêt, bien au contraire. Au fil des heures passées, s’installe une réelle familiarité avec les multiples potentiels offerts. Il en découle ainsi une réflexion sur la manière d’utiliser tel ou tel pouvoir pour atteindre tel ou tel lieu et récupérer la statue d’or tant désirée. Il est même possible d’envisager plusieurs façons d’atteindre votre objectif dans certains cas.

Certains moments sont oniriques en plus d’être portés par une bande-son efficace et de circonstance

 

 

En conséquence, les niveaux sont plutôt de moyenne taille. Néanmoins, comme évoqué au-dessus, ils sont riches en secrets et en rejouabilité. De plus, comme ces costumes sont eux aussi disséminés dans les niveaux, plus on avance dans le jeu, plus les possibilités de débloquer les secrets encore inaccessibles dans les anciens niveaux s’élargissent. Le jeu est aussi très généreux en checkpoint. Ces derniers permettent d’accéder à une garde-robe et d’y prendre ce dont on a besoin, pour faire notre agencement vestimentaire dans les 3 emplacements disponibles. Pour atteindre certains endroits ou activer certains mécanismes, il faudra combiner plusieurs pouvoirs. Une fois le jeu terminé, s’ouvre un nouvel acte pour chacune des 12 zones ainsi qu’énormément de choses à récupérer. Une belle surprise donc pour ce jeu décidément généreux en contenu. 

Sur ce point, le jeu est assez strict, et il n’aurait pas été désagréable de pouvoir embarquer 5 ou 6 costumes à la fois. D’autant que si vous vous faites toucher ou si vous tombez, vous ne mourrez pas, mais perdez l’habit équipé au moment du drame. Si vous vous faites toucher trois fois, vous ne mourrez pas non plus mais vous n’avez alors plus aucun pouvoir et devez aller en rechercher de nouveaux. Pénalité pouvant être aussi punitive qu’une mort classique de jeu vidéo en fonction de la situation. Les costumes ne sont pas acquis définitivement une fois récupérés, mais sont gérés tels des consommables ! Et cet élément est assez pénible une fois que l’on souhaite arpenter le jeu en profondeur, vous forçant parfois à aller faire du stock de rechange afin de se préparer à aller fouiller un tableau en profondeur. Chaque fois qu’une nouvelle version d’un costume est acquise, cela fait en fait disparaître un autre de vos 3 emplacements dédiés. Cependant, il ne disparaît pas vraiment mais va se ranger dans votre garde-robe où vous pourrez aller le rechercher à loisir. Ainsi vous pouvez vous constituer du rechange. Du côté des Boss, ils sont tous très impressionnant et proposent plusieurs façons d’être défait avec en récompense jusqu’ à 3 précieuses statues en or.

Autre élément de gameplay rappelant Sonic Adventure, Les Tims, petite créatures multicolores gazouillant tout azimut et amatrices des cristaux que vous récoltez durant vos escapades imaginaires. De la gestion de votre ménagerie va découler une évolution visuelle de votre île.

Certains niveaux ont des airs de Kingdom hearts dans leur conception

 

 

Des défauts non négligeables

Balan Wonderworld est hélas un jeu se traînant certains défauts qui ont de quoi agacer et qui pourront aller jusqu’à entacher la démarche de départ. Le premier est l’activation d’une cinématique en plein milieux d’une action comme un saut ou un envol, découlant sur une chute mortelle à la fin de la séquence, puisqu’elle interrompt sans possibilité d’y remédier votre action. Les combats contre les ennemis de base, ne sont pas toujours très précis, et il est conseillé d’avoir toujours sous la main un costume permettant d’en découdre efficacement. Les costumes d’attaques à distance ne permettant pas de sauter mais de frapper sont les plus efficaces contre toute forme d’hostilité.  L’autre point parfois usant, c’est cette caméra qui à la manière d’un Sonic Adventure peut décrocher, au point de vous faire rater une action capitale. Alors bien sur, ça n’arrive pas tout le temps loin de là, mais le jeu pousse à bien gérer les angles de vues délicats avec le stick droit.  Alors oui, l’un des gros reproches qu’on peut faire au jeu est que certains costumes ne permettent pas de sauter. Et cela amène parfois à des situations pénibles si vous n’avez plus qu’un seul costume en réserve. Cependant, dans ces situations, le jeu offre toujours de quoi en récupérer un autre pas très loin avec la commande saut si elle est nécessaire. De plus ces costumes sont souvent dédiés à des phases très particulières ou à des combats. Dans ce dernier cas de figure, les costumes offensifs sont si redoutables pour nettoyer une vague d’ennemis très rapidement, qu’en contrepartie ils vous clouent au sol.  Caché ça et là, on retrouve des accès à des stages Bonus où on incarne le fameux Balan. Ces passages sont basés sur le principe à la rencontre d’un QTE et d’un jeu de rythme. Ils sont par contre assez répétitifs et similaires alors qu’ils sont nombreux. 

Les Boss sont super impressionnants et magnifiquement animés

 

 

Une bande-son hypnotique made in Square

Le travail sonore autour de Balan Wonderworld est une belle surprise. Ryo Yamazaki, un nom assez nouveaux dans le paysage musical de jeu vidéo, nous offre une bande-son très réussie avec pas mal de références à la World-music. Des sonorités familières des productions de Real World music, le prestigieux label de Peter Gabriel ayant produit entre autres le groupe Afro Celtic Sound System, font écho à bien des moments dans le jeu. De gigues celtiques en percutions de dalboka sur lesquelles se posent le frémissement d’un didgeridoo et ou encore riff de guitare éphémère, la bande-son habite chaque instant de jeu. L’autre facette de ce score décidément assez éclectique, est toute la partie illustrant la personnalité très théâtrale du personnage de Balan, qui va du show de music hall de Broadway jusqu’à des mélodies plus oniriques, construites autour d’instruments comme le xylophone ou l’accordéon. Les styles musicaux se superposent et se fondent à la perfection lorsque l’on passe d’un thème de combat aux mélodies dédiées à la zone dans laquelle on se trouve. Un régal !

Chaque monde représente le mental d’un personnage en détresse

 

Jeu testé sur Playstation 5. Ce test ne prend pas en compte la version Switch.

Si Balan Wonderworld n’a su convaincre par sa démo, qui ne laissait en réalité presque rien entrevoir de la profondeur de ses systèmes, c’est en s’y plongeant un certain temps que ce titre étonne par ses univers mais aussi en délivrant certaines mécaniques fort appréciables à jouer. Des propositions qui permettent d’envisager une autre approche du Level design global du jeu. Level-design assez simpliste de prime abord, mais plus on progresse, plus on retrouve un sentiment de liberté quelque peu semblable à l’acquisition des dernières options de jeu de Death Stranding, permettant de se libérer des contraintes volontairement installées au départ. Néanmoins, Yuji Naka, malgré l’apport d’habillage graphique et musical de Square Enix, n’aura pas vu son dernier titre au parti pris certain mais pas si idiot que ça, bénéficier de la même indulgence critique que le créateur de Métal Gear Solid, livrant lui aussi un jeu clivant, imparfait mais pourtant bien mieux accueilli. Balan Wonderworld s’est pour ainsi dire fait guillotiner globalement par l’ensemble des médias, la faute à ces quelques situations de jeu proche du non sens vidéoludique. Néanmoins, il reste pourtant sur bien des points un jeu intéressant, avec une réelle profondeur sur le long terme que sauront apprécier les plus curieux. Un titre original, voire même addictif, si on parvient à y rentrer, à faire fi de ces défauts de conception et d’en accepter les règles étant pour certaines, assez osées.


 

Les plus

  • L'univers onirique dans l'esprit de Nights
  • La bande-son
  • Le concept des costumes beaucoup moins simple qu'il n'y parait
  • Une grosse re jouabilité des tableaux
  • Un nouvel acte pour chacune des 12 zones disponibles se débloque après avoir terminé le jeu

Les moins

  • La caméra parfois pénible
  • On ne peut emporter que trois costumes à la fois
  • Le concept amène à pas mal d'aller-retour
  • Le jeu demande un certain investissement pour se dévoiler
  • Les stages bonus sont aussi nombreux que répétitifs
7.2

Bien

Son - 9
Graphisme - 7.5
Animation - 7
Gameplay - 5.5
Interet - 7
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.
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