EVANGELION: 1.0 YOU ARE (NOT) ALONE

Critique Jap'anime
CRITIQUE JAP'ANIME

Revisiter Evangelion des années après, était un défi complexe, casse gueule et d’envergure, et pourtant Hideaki Anno a voulu relever ce pari et repenser une énième fois son œuvre maitresse, à travers une tétralogie cinéma au budget colossale. Première pierre à l’édifice de cette pyramide, le film You are (not) Alone. Ce dernier est une relecture très fidèle et fort bien rythmée des premiers épisodes de la série. On y retrouve beaucoup de moments clés d’un récit aussi complexe que génial. La fidélité du studio Khara vis-à-vis des plans si emblématiques de l’animé est totale et on se plaît instantanément à retrouver l’ambiance si particulière d’Evangelion, cet animé qui avait révolutionné à sa sortie, toute la Japanimation et ayant inspiré nombreux créateurs de jeu vidéo tels que Tetsuya Takahashi ou encore Hideo Kojima.

Le monde brisé d’Evangelion après le 2nd impact

 

 

Une refonte technique totale

Tout d’abord, ce qui frappe dans cette refonte cinématographique de l’œuvre culte de la Jap’anime, c’est la partie technique et visuelle. Le travail des couleurs, la dynamique des enchaînements de plans, les cadrages toujours minutieusement étudiés et si particuliers à Evangelion, sont tout bonnement refaçonnés à la perfection. La viscéralité des combats est encore plus exacerbée par une réalisation au budget cinéma et profitant des techniques d’animation modernes, soutenues par l’usage intelligent d’une 3D amenant profondeur et envergure. La fluidité des mouvements et la finesse des expressions des personnages viennent s’ajouter à ces panoramas d’un Japon éventré par des affrontements bibliques, meurtrissant son sol. Un japon écrasé par le poids du ciel et retranscrit par cette ambiance si identifiable à Evangelion, celle d’un été sans fin, écrasant une archipel étouffant par une chaleur suggérée par le chant des grillons et des lumières irradiantes. Un ciel bleu uni, incapable de se refléter dans une mer rouge comme le sang après un second impact meurtrier annonçant une époque crépusculaire. Enfin, le soin apporté au rapport d’échelle et aux proportions des robots et des ennemis vis-à-vis des environnements est particulièrement pertinent tout au long du film.

L’EVA 01 et son pilote sont liés de bien des manières

 

 

Contexte humain et divin

Evangelion compte l’histoire d’un gamin de 14 ans, Shinji Ikari, le fils d’un scientifique : Gendo Ikari, responsable de la Nerv, un organisme ayant pour but de repousser les attaques d’entités appelées Ange et venues pour détruire la Terre en créant le 3e impact. Une catastrophe qui serait provoquée à la rencontre d’un Ange et du secret enfoui des centaines de mètres sous ce qui était auparavant la ville de Tokyo : Lilith. L’humanité, afin de se défendre, à semblerait-il, pactisé avec Lilith (la première femme d’Adam dans l’Ancien Testament et démon babylonien dont on retrouve la trace dans certains écrits tirés des manuscrits de Qumrân).

Sous le tutora d’un organisme étrange au planning déjà arrêté, dont les représentants ne s’illustrent qu’à travers des monolithes dotés de paroles et affublés d’un symbole du serpent enroulant la pomme qu’a croqué Ève au jardin d’Eden, Gendo Ikari invite son fils avec qui le lien familial semblait brisé depuis plusieurs années, à se rendre au cœur du Geofront, là où Lilith est enfouie. Le Geofront dispose d’une technologie capable de déplacer la métropole Neo Tokyo 3 sous terre, en cas d’attaque. Ceci permettant ainsi à la population, de vivre en relative sécurité pendant les assauts. Arrivant en pleine situation de crise, Shinji se retrouve en face d’une situation critique, puisqu’il est le seul à pouvoir prendre le contrôle de l’Evangelion, un robot géant présenté comme la seule arme apte à repousser cette menace venue de nulle-part.

Une fois intronisé comme pilote, Shinji se retrouve au centre d’une guerre entre le ciel et la terre, et va devoir prendre ses responsabilités, affronter ses peurs et ses traumatismes, afin de repousser les attaques répétées de ces entités belliqueuses. Dans cette lourde quête, il sera épaulé par le personnage de Misato Katsuragi opératrice en chef des opérations de terrain de la Nerv, et qui va se positionner rapidement comme une grande sœur de fortune. Enfin dernier pilier d’Evangelion et non des moindres, la mystérieuse Rei Ayanami, qui cultive avec le père de Shinji, une relation familiale et quasi fusionnelle à laquelle notre héros n’a jamais eu droit.

La symbolique mystique et théologique est l’emprunte la plus forte de l’œuvre surréaliste d’Hideaki Anno

 

 

Un mélange unique

La recette d’Evangelion, reste inchangée et toujours aussi parfaite, des combats de robots titanesques et les codes du genre mecha : salle de contrôle, pod de lancements, pilotes d’élite tels les Newtype de Mobile Suit Gundam… Evangelion est également influencé par le cinéma de monstres Japonais (Godzilla), et sa trame narrative nimbée de références mythologiques, bibliques, apocryphes et kabbalistiques entretient le mystère et le malaise, dans un monde où des personnages au passé torturé, cachent tant bien que mal de lourds secrets, derrière des masques de complaisance, de timidité ou de joie de vivre exacerbée. En somme, un savant mélange de relations humaines faites de sous-entendu, de malaises et de non-dit. L’autre élément très symbolique de l’œuvre est le lien fusionnel entre le pilote et le robot. Chaque coup reçu par le géant est ressenti par le pilote dans sa chair jusqu’à le blesser directement. Embarqué dans un entry-plug, sorte de cockpit intégré dans la nuque des Eva, les pilotes nagent dans un liquide amniotique semblable à celui dans lequel les bébés résident quand ils sont dans le ventre maternel.

La mise en scène quant à elle, s’attarde beaucoup sur l’enfermement mental de ses personnages et joue sur les codes de la psychiatrie, à travers ses décors ainsi que dans la manière dont elle traite les personnages ainsi que les Eva. Les Eva qui sont représentées à la fois comme machines de guerre incontrôlables mais aussi comme des cobayes. Cet aspect est d’autant plus renforcé par le fait qu’ils soient constitués à la fois de chair et de métal, ce qui était novateur pour l’époque dans le genre Robot géant.

Shinji et Rei, deux personnages cherchant à apprendre à vivre dans un monde chaotique

 

A suivre : EVANGELION 2.0 : YOU CAN (NOT) ADVANCE

Si ce premier film laisse présager des changements à venir dans de la suite de son histoire comparée à la série TV, il reste globalement fidèle et proche du matériau de base, constituant le premier tiers de la série originale tout en mettant de côté certains passages et en en amenant d’autres. Il appuie toujours autant sur la solitude de Shinji, le duo Shinji-Misato et le sentiment d’enfermement qui les ronge chacun à leur manière. Un enfermement due à un traumatisme provoqué par un rapport conflictuel avec la figure paternelle. Le film amène aussi plus rapidement une série d’éléments visuels et narratifs sur la mythologie Evangelion en comparaison de la série ; chose qui aiguise grandement la curiosité et intensifie le rythme, là où la production originale fonctionnait sur un format plus épisodique classique (un épisode un monstre à éliminer). Pour conclure, You re (not) alone est une relecture parfaite du chef d’œuvre qu’est Evangelion. C’est un film qui, au-delà de son contexte d’animé de robot, parle très intelligemment du comportement humain et sociétal, à travers des personnages cherchant par l’obéissance et la résignation, une certaine tranquillité et une reconnaissance de la hiérarchie, dans l’espoir de retrouver un confort même éphémère, et ainsi, ne pas voir que le monde brûle et que plus rien ne pourra de toute façon être normal.

Les plus

  • Une réalisation de dingue
  • Le chara design de Yoshiyuki Sadamoto
  • La folie du monde imaginé par Hideaki Anno
  • Evangelion

Les moins

  • ...
10

Chef d'œuvre

Musique - 10
Mise en scène - 10
Animation - 10
Chara design - 10
Scénario - 10
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.