EVANGELION: 2.0 YOU CAN (NOT) ADVANCE

Critique Jap'anime
CRITIQUE JAP'ANIME

Evangelion : 2.0 You can (not) advance, est la suite directe du premier volet de la quadrilogie visant à revisiter Evangelion à travers le fameux projet Rebuilt Evangelion. Si You are (not) alone commençait au plan prêt comme la série, ce second film pause le ton et nous présente un nouveau visage pour Evangelion. Tout d’abord, à l’époque où l’animé original était en production, il avait été sous entendu par le studio Gainax, qu’un pilote américain avait été envisagé pour grossir les rangs de l’équipe des pilotes de la Nerv. You can (not) advance présente donc cette nouvelle recrue américaine du nom de : Mari Makinami Illustrous. La jeune fille s’illustre en guise d’introduction dans un duel virevoltant contre un Ange. S’ensuit l’arrivée tout aussi fracassante de la belle et vaniteuse Shoryu Asuka Langley, de son petit nom, personnage, personnage incontournable d’Evangelion.

les deux furies d’Evangelion entrent en scène

 

Sur la piste de la vérité théologique d’Evangelion

Le personnage de Kaji fait également son apparition, tel un lien sinueux entre la Seele et la Nerv, ayant toutes deux des positions politiques qui ne semblent pas tant à l’unisson qu’on aurait pu le croire au départ du premier film. Dans ce second volet, Hideaki Anno revient sur la fin de son premier film et insiste sur l’importance d’Adam, le premier Ange endormi sur la Lune ainsi que sur Kaoru, l’emblématique 24e Ange de la série qui réapparaît à ses côtés, d’une façon on ne peut plus équivoque et étrange. Cette fois, les cartes sont totalement rebattues et l’on comprend rapidement que ce que l’on va voir à partir de maintenant, sera différent de la construction du Evangelion que l’on a connue. Les références mésopotamiennes introduites dans des noms d’éléments narratifs encore nébuleux à ce stade du récit pleuvent : Marduk (le dieu suprême du panthéon mésopotamien), Nabuchodonosore (souverain de Babylone)… Les références aux manuscrits de la mer morte sont mises en avant et le lien entre Adam et Lilith ainsi que leur position (elle sur Terre et lui sur la Lune) peuvent donner des pistes de réflexion, sur les raisons de l’état du monde d’Evangelion. Il est probable qu’Anno fut désireux d’illustrer l’impact dans le monde réel, de la discorde des dieux selon des influences venant d’écrits apocryphes, kabbalistiques, avec pour point d’ancrage, l’Alphabet de Ben Sira. Dans ce texte où Nabuchodonosore est cité, Lilith refusant de se soumettre à Adam lors de l’acte sexuel, quitte le paradis et se rend sur Terre, poursuivi par les Anges missionnés pour la ramener. Sur terre elle sera condamnée à voir mourir cent de ces fils apparentés à des démons et ce chaque jour que la vie fait. De fait elle apporta aux humains, connaissance et libre arbitre. Une belle base vous en conviendrez pour illustrer le contexte chaotique et prophétique de l’œuvre.

Les anges énigmatiques et l’imperturbable Gendo, grand architecte d’un plan divin qui pèse sur le monde

 

Reconstruire pour mieux détruire

Le film reprend malgré tous ces changements, le contexte amusant et très jovial de trio infernal Asuka Shinji et Misato, vivant en colocation dans un appartement où le Sake coule à flots ; le micro-onde est le principale cuisinier et où les pingouins d’eau chaude prennent des bains en sirotant de la bière à la paille. Ainsi on retrouve l’ambiance plus légère qui s’installait dans la série au moment de l’arrivée d’Asuka. Anno prend également le temps de montrer les répercutions du second impact sur la biodiversité, tout en couplant le message écologique à une dimension mystique plaçant les humains comme des créatures issues du chaos et provoquant le chaos. Ainsi il assimile clairement les hommes aux enfants de Lilith. Le choix de prendre de la hauteur en intégrant plusieurs scènes dans l’espace, place la Terre mère visuellement comme brisée et meurtrie alors qu’elle reste un refuge pour notre espèce face à ce courroux divin.

Quelques scènes humoristiques viennent ponctuer le récit et rappellent le côté grivois des productions Gainax

 

Mais la relative bonne ambiance construite dans la première moitié du film, n’est amenée que pour renforcer la noirceur de la seconde. Tous ces petits moments de vie où les personnages tentent de se construire, se voient balayés par un véritable plongeon dans les abîmes. Anno déstructure les corps et les esprits et applique toute la grammaire d’Evangelion crée dans les épisodes allant de 12 à 20. Ainsi la fonctionnalité et l’urgence avec laquelle les pilotes doivent vaincre sous peine de voir leur robot s’arrêter, sont au centre des affrontements. La particularité de ces géants et leur lignage démoniaque avec Lilith, passe au premier plan dans des scènes violentes, crues, au dessin racé délaissant la ligne claire les aplats de couleurs pour des séquences déchirantes au rendu crayonné et brut. Ces séquences portées par un travail musical et sonore absolument parfait de Shiro Sagisu, vont jusqu’à tétaniser le spectateur totalement désarmé devant la situation. La fin du film montre la brillance et la maîtrise de l’art du cinéma de celui qui anima jadis le géant de feu dans le Nausicäa d’Hayao Miyazaki là où tous les autres animateurs avaient jeté l’éponge.

 

A suivre : EVANGELION : 3.0 YOU CAN (NOT) REDO

Ce second chapitre cinéma de Neon Genesis Evangelion, reprend donc le meilleur de la seconde partie de la série, tout en remodelant pas mal de choses afin de déboucher sur un final grandiloquent et écrasant. Tout au long du film, on retrouve également ces images très fortes si originales et si chères à Hideaki Anno, tel que ce cimetière rappelant les ruines Atlantes dans Nadia le secret de l’eau bleue ; un lieu silencieux par l’image, aux couleurs oranges délavées et si lourd de symbolique alors qu’il se noie dans l’horizon. On retrouve aussi ces explosions de sang venant éclabousser des quartiers entiers ou encore ces atypiques percées de lumière en forme de croix chrétiennes crevant le ciel étoilé. Couvrant la partie la plus noire et la plus destructrice de l’animé originale, You can (not) advance est un film à l’esthétique unique, sublimée par une réalisation d’orfèvre qui n’appelle qu’une chose, se plonger dans le 3e volet tout en rappelant au passage, ô combien son réalisateur (ici épaulé) est un des plus brillants de son époque.

Les plus

  • Le profondeur du récit d'Evangelion s
  • La réalisation époustouflante servant au mieux la brutalité et la bestialité du film
  • La fin

Les moins

  • ...
10

Chef d'œuvre

Musique - 10
Mise en scène - 10
Animation - 10
Chara-design - 10
Scénario - 10
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.