EVANGELION: 3.0 + 1.0 THRICE UPON OF TIME

Critique Jap'anime

En magie ritualiste, le principe de sceaux est souvent utilisé pour enfermer une entité, un sort ou empêcher de libérer tel ou tel pouvoir ou énergie. C’est par l’action de briser un sceau protégeant une humanité déjà à son crépuscule, d’un 4e Impact que se concluait You can (not) redo, le précédent opus de la quadrilogie cinématographique d’Evangelion. Et c’est par cette thématique de sceau de protection et de rites magiques que va se structurer toute la narration de ce Thrice Upon a time. Fort d’une durée de 2h 30, ce dernier film a maintenant la lourde tache de conclure ou re-conclure, ce qui ne fut pas moins que l’un des plus gros chocs culturels de la fin du 20e siècle au Japon : Neon Genesis Evangelion.

 

Le dernier tour de magie d’une œuvre cruciale du paysage culturel japonais

Si le projet cinéma Evangelion se classe pour les deux premiers films comme une œuvre de science-fiction, Evangelion: 3.0 + 1.0 Thrice upon a time, passe dans un registre quasi post-apocalyptique et surtout totalement mystique au sens premier du terme. Un film est conçu et réalisé tel un rituel de magie kabbalistique à échelle planétaire, dans lequel Shinji fait office de réceptacle, afin d’embarquer le spectateur dans une réflexion sur l’existence, mise en scène à travers un schéma initiatique strict. Briser les sceaux magiques à travers un rituel visant au plan de complémentarité de l’homme. Ou plutôt des plans de complémentarité pour chacun des acteurs principaux de l’histoire, cherchant tous leur place dans un monde chaotique, un monde miroir ou un monde imaginaire, empli de leurs traumatismes intérieurs. À travers les archétypes de Shinji, Rei, ou Asuka, l’idée d’Anno est de mettre à l’épreuve son auditoire et le faire réfléchir comme un traité philosophique pourrait le faire, et ainsi de trouver sa voie, trouver la force de briser des traumas ou des dogmes.

Alors que les précédentes fins pouvaient laisser des zones d’ombre, ce film explique les intentions de chacun des personnages et répond à toutes les questions les concernant. Cependant, il ne donnera pas les clés théologiques pour comprendre les multiples références, partant du postula que le spectateur peut trouver ses réponses en se basant sur les multiples références éparpillées tout au long de l’histoire. Procédé déjà présent à la sortie d’Evangelion en 1995, et fortement démocratisé dans les productions japonaises depuis. On pense évidemment à la série de jeu vidéo Xeno, et plus particulièrement à la brillante trilogie Xenosaga, ou encore à Kingdom Hearts avec qui Evangelion partage la chanteuse Utada Hikaru ; mais on peut aussi trouve plus récemment le Death Stranding d’Hideo Kojima, totalement hanté par l’ombre d’Evangelion. À noter aussi pour Xenosaga la ressemblance esthétique entre la Lune noire d’Eva et l’arche d’Abel de Xenosaga II. Bref Evangelion est une œuvre fédératrice, cruciale dans le paysage culturel Japonais et qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

 

Un vrai film surréaliste

L’idée de base d’Evangelion était de considérer comme véritables et historiques les éléments de la genèse biblique, des manuscrits de la mer morte, des multiples récits hébreux, et de les intégrer dans notre monde au cœur d’un récit se déroulant à la fin du 20e siècle. Si le cinéma symbolique comme peut le créer Alejandro Jodorowsky ou a pu le faire Kubrick avec 2001 l’Odissey de l’espace est reconnu par un public initié, voir débarquer cette forme de narration complexe dans le monde des animés japonais avait bousculer et fasciner beaucoup de monde. Néanmoins cette façon de faire unique, à contribuer au succès colossal de la série, permettant aujourd’hui la réalisation de ses 4 films disposant de moyens techniques pharaoniques. Voir une œuvre cinéma si complexe, dense, ésotérique même, osons le mot, disposer d’un tel budget est tout simplement inédit et miraculeux.

Un Paris fracassé et rouge sang, au dessus duquel flotte toute l’armada navale Japonaise, manipulée comme des marionnettes par des Eva sous la tutelle de Misato. Bienvenue dans Evangelion 3.0+1.0

 

The END

La première partie du film amène une touche d’espoir après les heures sombres du 3e film. Les personnages se reconstruisent et on se plaît à découvrir une Rei Ayanami touchante, humaine, tout en suivant le destin de beaucoup de personnages secondaires de la série. Ce temps de repos est salvateur et indispensable à une conclusion qui va faire suite aux événements de You can (not) redo pensé lui comme une cassure, un film noir, oppressant et puisant dans les passages les plus crépusculaires d’Evangelion. Une conclusion vue comme un défi quasi insurmontable par beaucoup, et qui aura mis 10 ans à prendre forme. Et à la fin de la projection, le constat est sans appel, le studio Khara parvient à une conclusion à la hauteur du mythe Evangelion, une conclusion qui ne renie rien, tout en prenant le temps de tout mettre à plat, allant même jusqu’à mettre en abîme les anciennes propositions de conclusion de la série et du film d’époque The end of Evangelion. Anno parvient donc avec sagesse et intelligence à décomposer tout le processus narratif des épisodes 25 et 26 de la série, ainsi qu’en y ajoutant la mystique de The End of Evangelion et ses idées nouvelles.

Des sourires et des larmes dans le première partie du film

 

 

Pour se faire une idée la seconde partie du film, il faut s’imaginer 1h de film où l’on perd toute notion d’espace et de logique humaine et où des images évoquant géométrie sacrée et représentations épurées d’un programme informatique, viennent se confondre dans des visions prophétiques similaires à celles d’un récit biblique comparable à l’Apocalypse de St jean. Le tout se concluant sur une fin venant briser le 4e mur en jouant avec des effets 3d volontairement diminués pour accentuer les notions d’imaginaire et de fantasme. On retrouve également le traitement atypique mixant images réelles, crayonnés allants jusqu’à l’hommage aux techniques d’animations traditionnelles, montrant à quel point Evangelion porte en lui cet ADN de fiction animée.

La fin de Thrice upon of time n’oublie personne. Chaque destiné trouvera sa route

 

Beautiful boy, Beautiful world…

Pour terminer, que dire de plus sur ce film et sur la quadrilogie en général, si ce n’est qu’Evangelion est une œuvre majeur, incontournable, si dense et ambitieuse, que son accouchement fut complexe pour ses auteurs au point d’avoir demandé un quart de siècle pour éclore dans sa vision définitive. Hideaki Anno expliquait que la récurrence des plans sur des plafonds de chambre d’hôpital, lui venait de traumatismes personnels liés au milieu médical. Dès lors, le réalisateur a toujours inclus dans ses œuvres, des introspections fortes et mis en lumière une réflexion autour de la place d’un être humain dans un monde bruyant et brutal. Ce dernier film Thrice upon of time ne fait pas exception, de son ouverture par ce duel aérien au-dessus d’un Paris maculé de sang, (seconde citation Nadia le secret de l’eau bleue, déjà présente musicalement dans le 3e film), jusqu’à ces panoramas montrant la terre et la lune, quadrillées et cadenassées ; le film symbolise par ces multiples figures graphiques, le passage à l’âge adultes d’enfants traumatisés par leur époque, mais aussi l’évolution de notre société malade, ayant dompté la nature sauvage, pour finalement s’enfermer dans un monde sur-connecté et effrayé par des notions de vie simple et pourtant évidentes.

Coupé de tout rapport aux lois essentielles du vivant, l’homme est enfermé au cœur de lui-même. Ainsi l’un des plus lourds messages de cette tétralogie, est celui de l’incapacité des hommes à faire leur deuil. C’est également de montrer tout l’effroi que peut représenter la perte d’êtres aimés, si on se coupe et si on refuse le cycle simple et pourtant inaltérable de la vie et de la nature tandis que l’on aspire à jouer à Dieu, à tutoyer Dieu, sans pour autant comprendre la véritable notion divine de la vie.

Au revoir Evangelion et merci pour tout !

 

Anno parfait donc son œuvre maîtresse, l’enrichie de thématiques lourdes de sens en ce début de 21e siècle et parvient enfin à maîtriser toute la mystique qui nourrissait sa création, tout en ne perdant pas le lien avec le spectateur. Ça valait le coup d’être patient et d’attendre un quart de siècle pour enfin contempler Neon Genesis Evangelion après qu’il ai achevé son propre plan de complémentarité.

Les plus

  • Toutes les réponses et une conclusion définitive à Evangelion
  • Un véritable film surréaliste et teinté de mystique ritualiste
  • La fin

Les moins

  • Evangelion c'est bel et bien terminé cette fois
10

Chef d'œuvre

Musique - 10
Mise en scène - 10
Animation - 10
Chara design - 10
Scénario - 10
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.