KIMAGURE ORANGE ROAD

CRITIQUE JAP'ANIME
CRITIQUE JAP'ANIME

Combien de marches comporte cet escalier qui surplombe la nouvelle ville dans laquelle Kyosuke Kasuga vient de s’installer ? C’est de ce débat engagé avec la belle Madoka, la jeune femme au chapeau de paille, que démarre Kimagure Orange Road et de ce fait, une des histoires d’amour les plus célèbres de l’animation Japonaise. Comédie romantique, basée sur le manga homonyme d’Izumi Matsumoto en 18 volumes, cette série de 48 épisodes, 6 oav et un Téléfilm, commence par l’installation d’une famille pas comme les autres. Une famille qui ne cesse de déménager afin de ne pas éveiller les soupçons sur leur capacité à utiliser des pouvoirs télékinétiques. Les membres de la famille Kasuga sont effectivement capables de déplacer les choses à distance, voire de se déplacer eux-mêmes, d’un endroit à un autre très rapidement. Ainsi Kyosuke, notre héros, accompagné de ses deux sœurs va intégrer le lycée de sa nouvelle ville et y retrouver la belle Madoka, qu’il avait entrevue à la fin de l’été. Cette scène d’ouverture à la fois douce, coupée du temps et sur fond de fin de vacances estivales, pose d’emblée une intimité sur les deux personnages et sur l’ambiance de la série en elle-même. Cette notion d’intimité est d’autant plus importante qu’elle est très précieuse aux deux adolescents pour la suite.

Un coup de foudre en fin d’été

Ce coup de foudre aussi inavoué que réciproque entre les deux personnages, va se prolonger sur les bancs de l’école dès la rentrée suivant cette fin d’été. Ainsi, Madoka et Kyosuke vont débuter une longue histoire, dont toute la partie adolescente va être le cœur du récit de la série. Une histoire bousculée et chahutée par le 3e personnage central de l’histoire : Hikaru, la meilleure amie de Madoka qui va s’imposer comme la petite copine de ce dernier, à la suite d’une succession de quiproquos et surtout à cause de l’incapacité de notre héros, à dire non. C’est autour de ce triangle amoureux que toute la construction de la série va se bâtir. Une construction jouant la plupart du temps comme le leitmotiv de l’épisode. Ainsi diverses situations de la vie quotidienne vont s’illustrer avec en toile se font cette relation à trois.

I.Matsumoto a fait de son héroïne un personnage indépendant et charismatique

Hikaru, le personnage qui pimente tout le récit d’Orange Road

 

Akemi Takada et Madoka, ces femmes qui subliment Orange Road

Au début, Madoka, jeune fille indépendante tient le rôle d’une rebelle. Elle fume, sèche les cours et se paye une réputation pas très reluisante dans son école. Livrée à elle-même, du fait de parents musiciens et toujours à l’étranger, elle vit seule et travaille à l’ABCD, un café-restaurant. Rapidement la rencontre avec Kyosuke va l’attendrir et sous cette carapace va se dévoiler, une fille sensible, amoureuse, jalouse mais également protectrice envers sa meilleure amie. Le duo Madoka Kyosuke sera souvent tiraillé par l’idée de faire souffrir Hikaru, et bien qu’ils sachent tous deux qu’ils ont une attirance l’un envers l’autre, la série va jouer sur des rapprochements et la mise en place de moments intimes, tout en maintenant ce statu quo pendant une majeure partie de l’histoire. Cette situation aurait gagné à être plus évolutive à la manière de Kyoko et Godai dans Maison Ikkoku. Cependant, Kimagure Orange road reste un récit frais, agréable et palpitant à suivre, grâce à cet esprit vaudeville pour adolescents, enchaînant diverses aventures ponctuées de quiproquos et de moments souvent tendres, amusants et toujours bien amenés.

Cette adaptation télé a connu son heure de gloire chez sous le nom de Max et Compagnie. Diffusée à partir du mois d’avril 1987, la série fut produite par le célèbre studio Pierrot. Sa création fut prise en charge par Osamu Kobayashi, au poste de réalisateur et Akemi Takada au chara-design. Ce duo avait officié auparavant sur le Shojo : Creamy Mami. Le travail illustratif d’Akemi Takada fut décisif pour Orange Road. En adaptant à son style le travail de l’auteur, elle donna une personnalité et une identité forte à la série. Madoka fut d’ailleurs une muse pour l’illustratrice tant on la retrouve dans beaucoup de ses arts books, dont les superbes La Madonna et Tir na Socha dans lesquelles Madoka est omniprésente.

Kyosuke, l’éternel indécis

Madoka dévoile parfois une facette mélancolique de sa personnalité, ce qui la rend d’autant plus touchante

Inspirée de l’actrice américaine, Phoebe Cates et de la chanteuse Naomi Kawashima, Madoka, est véritablement LE personnage de la série et de son créateur. Véritable madone de la jap’anime des années 80-90, ce personnage a marqué les esprits pour sa personnalité forte et affirmée. Au-delà du fait qu’elle soit une superbe jeune femme brune aux yeux verts, c’est avant tout un caractère de femme forte, qui fait tout son charme. Elle est capable de se battre, de conduire une moto, est totalement indépendante et très mûre pour son âge. Plusieurs fois, c’est elle qui prendra des initiatives vis-à-vis d’un Kyosuke beaucoup plus timide et malhabile.

Akemi Takada retranscrit à merveille la sensualité du personnage

Une bande-son inoubliable

L’auteur Izumi Matsumoto était un amateur de musique et celle-ci est évoquée à travers les pages de son manga. Le studio Pierrot l’a bien compris, en posant sur Orange Road une bande absolument sublime. Les nombreux morceaux Pop pleins de fraîcheur, tirant sur du rock zesté de glamour, ont contribué à la notoriété de l’animé. Les multiples génériques mettant en lumière l’égérie d’Akemi Takada : Madoka, charmante et très sensuelle pour une ado, sont particulièrement élégants. La musique est également au rendez-vous pour porter les moments forts de l’histoire. Comme la plupart des productions du studio à cette époque, l’animation est de qualité pour le format télé et la mise en scène, s’inspire des planches originales de l’auteur en leur donnant vie avec intelligence. Tensions narratives, moments de tendresse ou péripéties maladroites d’un Kyosuke, enchaînant gaffes sur gaffes quand il n’est pas poursuivi par la malchance ; peu importe la situation, la réalisation illustre au mieux chaque situation. Et si l’ambiance vous pique au vif, il n’est pas étonnant d’enchaîner les épisodes sans avoir envie de s’arrêter. Tant ils sont de petits bonbons sucrés qu’on consomme avec un véritable plaisir coupable.

Quelques illustrations aux pastels réalisées par Akemi Takada, souvent destinées à la promotion de la série. D’autres sont à visionner dans la section image) :

Madoka et Kyosuke adultes, Cette illustration représente les personnages quelques années après la fin de la série, dans les événements du film Shin Kimagure Orange Road sur lequel elle ne travaillera d’ailleurs pas. Reste malgré tout cette belle illustration.

Orange road, une série plein de charme

Kimagure Orange Road, est un de ces classiques des années 80 90, mettant en scène des protagonistes plus jeunes, un peu à la manière d’un Maison Ikkoku ou d’un Touch. Ce Shonen, illustre aussi une période particulière d’un Japon des années 80 sortant peu à peu d’une bulle et qui voit sa jeunesse, se découvrir dans l’adolescence, avant de rentrer doucement dans l’âge adulte. Totalement réalisé à la main, avec de bons vieux celluloïds et bénéficiant du savoir-faire de l’animation japonaise d’antan, Orange road est habitée par une bande-son reconnaissable entre mille, endiablée et se classant aujourd’hui dans un mouvement musical appelé CityPop. Une série réellement pleine de charme, de légèreté, dont on veut profiter sans retenue et qui se consume aussi vite que ces précieux et derniers jours de vacances d’été. Ces journées durant lesquelles beaucoup de belles choses peuvent se précipiter. Ces derniers après midi éphémère qui précédant les longues journées de pluie d’une inévitable rentrée de septembre.

Les plus

  • Le travail de chara-design d'Akemi Takada
  • La bande-son
  • Une réalisation réussie et une ambiance charmante
  • Madoka

Les moins

  • La relation entre les personnages manque un peu d'évolution
  • Des censures dans la version française sortie sous le nom : Max et Compagnie
9.2

Incontournable

Musique - 10
Mise en scène - 9
Animation - 9
Chara-design - 10
Scénario - 8
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.
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