LEGEND OF MANA

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À l’ombre d’une fougère, au cœur d’une grotte humide, à la lumière d’une chandelle éclairant les pavés d’une ruelle étriquée par de hautes maisons à colombages, au bord d’un lac caressé par les nuages d’une brume diffuse, assis sur une plage d’un sable si fin, qu’il scintille à la lueur de la lune, ou encore sous les branches d’un arbre emmitouflé d’une mousse si verte et dense, qu’on s’y endormirait, désespéré de n’avoir pu entrevoir le battement d’ailes fugaces d’une fée assez espiègle pour venir vous chatouiller le nez ; tant de lieux propices à l’imaginaire, tant d’endroits qui sont le terreau fertile du folklore de notre vieille Europe et dans lequel les créateurs japonais des années 80 90, n’ont eu cessent de puiser, pour imaginer les plus grands trésors du jeu vidéo Japonais.

Le choix du personnage  et le début de l’aventure (screenshot Playstation)

 

 

Fées, Elfes, Loups garou, Dragons, Dryades… c’est tout le bestiaire des vieux livres d’images illustrés par les plus nobles dessinateurs du 19e siècle tel que Arthur Rackham, Edmond Dulac ou John Bauer qui se retrouvent rassemblés dans l’un de ces trésors de l’ère 32 bit : Legend of Mana, un jeu très spécial, voire unique en son genre. Episode de la série Mana longtemps exclusif à la Playstation 1, il sort en juillet 1999, et restera lié à la première console de Sony pendant presque une vingtaine d’années, avant de ressortir ce 24 juin 2021, dans une version qui sublime, rendant honneur à ce qui est encore aujourd’hui, une des plus resplendissantes prouesses artistique du prolifique Square de l’ère 16 -32 bits. Un remaster produit par l’excellent studio M² à qui l’on doit entre autres la magnifique adaptation de Phantasy Star sur Nintendo Switch et sur lequel nous reviendrons plus bas.

Une nouvelle introduction animée fait son apparition pour la version remastérisée du jeu

 

Planter les graines des mondes

Legend of Mana, l’un des multiples bourgeons ayant éclot des branches du grand arbre que symbolise l’illustre série Mana, est un jeu disposant d’un concept très original. Avant tout, il est considéré comme un spin-off de la saga Seiken Densetsu (Mana en occident), et à ce titre il n’est pas réellement la suite spirituelle de Seiken Densetsu 3, rebaptisé Trial of Mana pour sa ressortie tardive en Occident sur Nintendo Switch, mais bien un jeu différent du schéma classique installé par ses ancêtres. Legend of Mana démarre avec le choix d’un personnage fille ou garçon . S’ensuit la découverte de votre petite maison, ne faisant qu’un avec un énorme arbre vénérable au visage bienveillant. Accompagné d’un maître de maison pour le moins atypique, puisqu’il s’agit d’un très mignon petit cactus, vous découvrez la forge, le jardinage et quelques autres petits avantages proposés au sein de votre logis et qui vous seront fort utiles dans votre cheminement.

La carte avec tous les petits mondes à explorer (version remastérisée)

 

 

Une fois en possession de votre premier artefact, un voyage romanesque au Game design très tranché s’ouvre à vous, dès lors que vous mettez un soulier hors de votre petit jardin secret. Propulsé sur une carte du monde vide, vous y déposez le premier artefact présent dans votre inventaire, et telle une graine sous l’influence d’un voisin Totoro, voici que sort de terre, un premier monde. Avec 52 artefacts à trouver et autant de mondes à explorer, ce RPG produit par le magicien Koichi Ichii dévoile un cheminement complexe, mais hautement intéressant, si tant est qu’on s’y plonge vraiment afin de creuser les mystères cachés du jeu, jusque dans le New Game +. Car Legend of Mana, il faut bien l’avouer, est tout aussi tordu et sinueux, que la branche d’un vieux chêne plusieurs fois centenaire.

Certains mondes rentrent en liens directs avec d’autres et doivent de fait, se toucher pour déclencher certaines quêtes, au point qu’il n’existe qu’une seule façon de disposer les 52 artefacts sur la carte, sous peine de passer à côté de certains récits. Et ce qui est le plus dommageable, c’est que le jeu n’évoque pas de façon claire la marche à suivre, en plus de ne permettre aucun retour possible une fois un monde crée. Avis aux amateurs de partie 100 %, munissez-vous d’une soluce. Cependant, que les explorateurs se dirigeant aux étoiles et à l’instinct se rassurent, la majeure partie des quêtes n’exigent pas cette planification drastique, et les quêtes principales s’ouvrent au joueur, peu importe les choix d’agencement des artefacts sur la carte et ouvriront l’accès à la conclusion de l’aventure.

Les décors sont d’une rare élégance et nous sommes sur Playstation 1 !

 

Il était une fois les légendes du monde de Mana

“Les quêtes principales” oui ! Car la structure narrative de Legend of Mana est différente des épisodes canoniques de la franchise. Il ne s’agit pas d’une épopée linéaire à suivre, mais plutôt d’un jeu ressemblant à un recueil de nouvelles ou de contes dans lesquelles se plonger. Chaque monde amène une ou plusieurs histoires avec des codes et des acteurs dédiés. Ces personnages aux destins multiples sont attachants, drôles, loufoques et brillamment écrits. Ils font office pour certains d’entre eux, de personnages alliés, qui se joindront à vous dans l’aventure, et lors des combats. Uniquement gérés par l’ordinateur, ils ne sont pas contrôlables mais apportent une force de frappe supplémentaire. Les quêtes du jeu sont très nombreuses et certaines fonctionnent comme dit plus haut, en adéquation avec la façon dont vous construirez votre monde. Cependant, elles sont aussi soumises aux jours de la semaine. Chaque jour correspond à un esprit élémentaire et influent sur tous les environnements. Bon nombre de récits majeurs du jeu vous embarquent dans plusieurs mondes les liant peu à peu au fil de l’histoire jusqu’à une conclusion structurée autour du mythique Arbre Mana.

 

Le choix des armes

Le gameplay de Legend of Mana est assez classique pour un Action RPG 2D de cette période : une attaque normale et une plus lourde, un bouton pour la défense et un autre pour sauter. On peut attribuer des invocations ou des magies sur les 4 gâchettes de la manette. L’attaque normale dispose aussi d’un combo en 3 temps. Les personnages se déplacent quant à eux de gauche à droite, et de haut en bas dans les environnements. Si vous êtes assistés souvent d’un héros lié à la quête en cours, vous pouvez être également accompagné d’un familier élevé au préalable dans votre maison. Le plus étrange dans ce Mana, est l’absence de la roue permettant de faire des magies et d’utiliser des objets. Chaque personnage dispose d’une barre de vie et d’une barre d’action, qui servira à déclencher des attaques mises en raccourci, ainsi que celles liées à l’arme que vous avez équipée, et avec laquelle vous vous êtes familiarisée. Le choix des armes est d’ailleurs le point fort du jeu, puisqu’à travers lui se dévoile votre style de jeu. Appuyé par un système de forge assez poussé, la richesse du système va se dévoiler au fil des parties et des tests effectués sur les divers armements. Chaque arme demande par ailleurs un temps d’apprentissage, afin d’en débloquer tous les secrets et usages. Ne pouvant utiliser d’objets en combat, le maintien de votre barre de vie passe par le ramassage d’objets de soins au sol, laissés par les adversaires pendant les combats. Choix clivant pour un Mana mais qui fonctionne finalement plutôt bien et vient pimenter un jeu parfois un peu facile. Les seuls objets du jeu récoltés à la fin des affrontements, se destinent aux métiers une fois rentré chez vous. Si les combats marchent bien et que les Boss sont souvent impressionnants de taille, ils laissent parfois une légère sensation d’imprécision. 

Un combat (version remastérisée)

 

Legend of Mana est clairement un jeu qui a misé de façon gourmande (peut-être au détriment de son système de jeu) sur son aspect artistique. Si on parle souvent de la Playstation comme la console 32 bit la plus à la traine sur la 2D, Legend of Mana tend à prouver l’inverse, puisqu’il s’agit probablement d’un des jeux 2D les plus impressionnants visuellement de sa génération. Véritable carnet d’aquarelle jouable, le jeu de Square impose dès 1999, une excellence en matière de direction artistique, avec ses multiples mondes colorés où les décors rivalisent tous de beauté les uns avec les autres. Ces contrées enchanteresses où les esprits des roches s’éveillent, pour vous mettre sur la bonne route et où les forêts luxuriantes cachent dans leurs feuillages des créatures gigantesques, se mouvant superbement à l’aide d’animations travaillées, sont les arguments d’une véritable leçon artistique, que l’on ne retrouvera que quelques années plus tard dans les productions Vanilla Ware. La bande-son signée Yoko Shimomura venant se poser sur les multiples mondes de Legend of Mana, crée une alchimie totale avec le visuel. Cela renforçant l’immersion, en plus de renforcer une narration parfois joyeuse, parfois décalée ou encore mystérieuse. On retrouve dans certaines compositions, une dimension proche de ce que la compositrice produira trois années plus tard pour Kingdom Heart. Kingdom Hearts, qui au-delà de ses mélodies aura un autre point commun avec Legend of Mana, celui du concept de micros mondes reliés dans un grand tout par le biais d’une carte du monde sur laquelle on se déplace.

Le jeu regorge de Boss et certains sont véritablement impressionnants ! (version Playstation)

 

La restauration du vieux grimoire

Si Legend of Mana faisait partie de ces jeux rétro à avoir extrêmement bien vieilli, les ajouts apportés à cette version sont malgré tout bienvenus, à commencer à part une nouvelle introduction en dessin animé et une localisation du jeu en Français pour la première fois, puisque le titre était jusqu’alors, réservé à l’Amérique du nord et au Japon. La réadaptation du format aux écrans 16/9, la réorchestration de la bande-son, ainsi que la restauration aux résolutions actuelles des décors, assure à cette œuvre d’art vidéoludique, une très longue vie. Et si le rendu pixel des personnages peut ressortir un peu visuellement de l’ensemble, il est fort appréciable de l’avoir conservé et de ne pas l’avoir retiré au détriment de je ne sais quel rendu lissé malhabile, et hélas trop souvent récurrent dans bon nombre de productions jouant la carte du néo rétro. À noter l’ajout d’un mini-jeu jadis exclusif au marché japonais et à la Pocket Station du nom de Ring Ring Land.

Le travail de restauration amené par M2 est superbe

 

Que ce soit par le biais du rétro gaming sur une bonne vieille télévision cathodique ou grâce à cette remasterisation, Legend of Mana, reste toujours aussi magique. Il est tel un vieux livre de contes que l’on retrouverait dans le grenier poussiéreux d’un parent aujourd’hui dans nos souvenirs. De prime abord, pas forcément facile à prendre en main du fait d’un gameplay un peu en marge de ces illustres aïeux : Seiken Densetsu 2 et 3 et d’une exploration marquée par son époque, il s’impose finalement et se dévore au fils de ses couleurs merveilleuses et de ses rencontres touchantes au cœur de lieux issus des songes des colporteurs de légendes et comme peints à l’aquarelle sur du vieux papier granuleux. Toutes droites venues de contrées fantastiques sous l’égide d’Obéron et Titania, les mélodies de Yoko Shimomura font pleurer les sirènes, scintiller les fées, vrombir les percussions des cités antédiluviennes et vont jusqu’à faire danser dans les profondeurs de la terre, les gnomes et les gobelins et réveiller les dragons endormis, avant que ne s’ouvre une fois encore, les portes menant à la cime de l’Arbre Mana.

Les plus

  • La direction artistique magistrale qui fait de Legend of Mana un des plus beaux jeux jamais développé
  • La bande-son de Yoko Shimomura
  • Une structure narrative osée, évoquant le recueil de contes et se détachant du schéma narratif classique où des héros doivent sauver le monde
  • Le New game +
  • La version française sur la version remastérisée

Les moins

  • Déroutant dans la progression, Legend of Mana est un RPG très loin des codes classiques du genre
  • La disparition de la roue d'action de la série Mana
  • Le remaster uniquement en version dématérialisée en France
9.1

Incontournable

Son - 10
Graphisme - 10
Animation - 9
Gameplay - 7.5
Interet - 9
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.
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