MOBILE SUIT GUNDAM

Mérode
CRITIQUE JAP'ANIME
CRITIQUE JAP'ANIME

L’expansion des civilisations humaines en direction de l’espace est une question qui taraude nombre d’auteurs depuis le début du 20e siècle et bien des romans ou des films ont tenté d’imaginer ce futur, qui n’attend que la capacité de nos civilisations, à relever le défi technique de s’installer dans l’espace. Une idée après laquelle court toujours l’homme en 2021 et qui trouve des pistes de réflexion également dans la Jap’anime dès les années 70. Imaginé par Yoshiyuki Tomino, Mobile Suit Gundam apporte sa vision d’un futur spatiale pour l’humanité. Une vision qui va faire date dans l’histoire des productions animées japonaises et poser certaines bases et archétypes pour les décennies suivantes.

 

 

La narration Tomino

Suite aux diverses questions étant ressorties des entretiens avec Y. Tomino lors de sa venue en France en 2019, le pourquoi de la dureté, de la fatalité, et de l’omniprésence de conflits armés dans ses productions, furent la question récurrente. Le réalisateur y a répondu en expliquant qu’à l’époque où il avait commencé à travailler en animation, il trouvait l’ensemble des productions trop enfantines et gentilles. Ainsi, il lui fallait un contexte lui permettant de faire passer ce média dans une sphère tout publique et plus mature. Pour lui, l’animation est un moyen de communication fort, qui peut traiter de tout. De fait, un sujet lié à la guerre et ce qu’elle représente comme traumatisme culturel, était idéal pour ce qu’il voulait nous raconter. Ce choix osé en toute fin des années 70, galvanisera le public japonais et ouvrira les portes de l’Universal Century de Gundam. Le terme Newtype sera d’ailleurs repris pour nommer la plus célèbre revue de Jap anime du Japon. 40 ans plus tard, Gundam fascine toujours au point qu’une statue du célèbre robot imaginé par Kunio Ōkawara fut érigée à Odaiba.

Amuro Ray et le Gundam

 

 

Contexte narratif

Y.Tomino à travers son œuvre de science-fiction, décrit la suite logique de l’évolution humaine, telle que l’histoire la dépeint. L’homme y est présenté comme belliqueux et avide de guerre et de conquêtes. Une guerre qui ne se fait plus pour une frontière, mais pour le contrôle de satellites artificiels au cœur desquels vit une grande partie de la population. Le monde de Gundam se constitue de plusieurs colonies spatiales gravitant autour de la Terre. Sur cet échiquier, se font la guerre deux entités : La fédération terrestre et le duché de Zéon. C’est en plein conflit sur l’une des stations terraformées que commence la série. Amuro Ray, habitant de Side 7 est le fils d’un ingénieur qui depuis de nombreuses années, travaille sur un projet d’arme secrète capable de faire basculer le conflit en faveur de la fédération terrestre : Le Gundam.

De son côté, Zéon dispose déjà depuis un moment d’unités de combat nommées Zaku. Rapides et mobiles, ces robots à forme humaine sont capables de se déplacer dans l’espace, et d’infliger de nombreux dégâts à la flotte ennemie, composée de vaisseaux classiques beaucoup plus lents. Les événements des derniers OAV de The Origin évoquent très bien ce rapport de forces.

Personnage central du récit, Amuro perd tout rapport social avec ses parents après s’être révélé comme un Newtype, capable de piloter le Gundam. À bord du White Base, vaisseau à l’importance tactique capitale dans une guerre d’une rare violence, ayant décimé la moitié de la population humaine en quelques mois ; l’histoire suit l’avancée de ce jeune homme et de quelques autres jeunes personnes embarquées malgré elles, dans ce conflit qui étend son ombre sinistre, jusque dans les colonies les plus reculées du système solaire. Gundam traite de l’enfant face à la guerre. Évoque la manière dont on arrache l’innocence à des adolescents, lorsqu’on les expose à des conflits armés. Ce sujet qui fit l’originalité de la série à l’époque, n’aura de cesse d’être revisité au fil des séries de la saga, avec plus ou moins de viscéralité et de profondeur.

Sayla Mass face à l’incarnation d’un passé bien caché

 

 

Thématiques et personnages

Dans Gundam de 79, la plupart des protagonistes ne se battent pas que pour de beaux idéaux, mais aussi pour leurs intérêts et surtout leur survie au cœur d’un système social malmené où tout peut lâcher en un instant. Cette vision vraiment adulte et mature pour l’époque, amène une tension géopolitique soutenue, tout en traitant ses personnages avec un certain recul, laissant l’aspect psychologique et surtout relationnel plus en retrait. Certes quelques moments fort tristes et poignants marquent le récit, mais à la fin des 43 épisodes que compose la série, il reste un certain vide concernant cet équipage, qui nous a accompagnés durant plusieurs heures. On aurait voulu les connaître mieux ces personnages, les voir s’exprimer plus franchement, s’aimer sincèrement, se disputer et en apprendre un peu plus sur leur passé, bref qu’ils soient tout simplement moins dans la retenue. Néanmoins, la série compose avec quelques opposants marquants qui s’illustrent au fil des arcs narratifs, comme cette espionne prenant tous les risques pour sa famille, ce vieux militaire endurci par la guerre et accompagné d’une femme l’aimant jusqu’à la fin, et bien évidemment sur par le charismatique Char Aznable et la belle Lalah Sune.

 

 

Le Newtype

Amuro et Sayla, (la coéquipière de notre héros) amènent à travers leur parcours, la théorie de l’évolution vers une nouvelle étape. Dans l’univers de Gundam, Newtype, est un terme définissant des individus dotés de pouvoirs sensoriels exceptionnels. Amuro parvient ainsi sans aucune formation à piloter le Gundam. À la manière des X-men, certains êtres s’éveillent, et emmènent l’espèce humaine vers un nouveau stade de l’évolution. À ce principe, vient se greffer toute une vision dictatoriale mise en place à travers le duché de Zéon, sous le contrôle de Degwin Zabi, un vieux dictateur fatigué qui perd peu à peu de sa poigne, et qui ne parvient plus à contrôler les manigances de ses enfants placés à des postes clés du pouvoir.

La famille Zéon

 

 

Structure et vision

La structure du récit fonctionne par arcs. Chaque arc est centré sur une bataille narrée le temps de quelques épisodes et menée par un ennemi, représentant une vision ou une valeur militaire ou morale. Chaque combat amenant ainsi à la réflexion sur les choix pris dans chacun des camps. Des situations découlent souvent des conclusions tragiques qui ne manqueront pas de malmener Amuro et Sayla. On déplorera malgré tout une certaine distance générale concertant la psychologie des personnages. Si on comprend qu’ils souffrent par la situation mise en place, nous sommes malgré tout encore très loin de la représentation comportementale telle qu’on peut la voir dans une série comme Evangelion par exemple. Mais encore une fois, nous sommes en 1979, et Gundam pose beaucoup de bases narratives malgré cette légère timidité.

Comme beaucoup d’œuvre de SF des années 70, on imaginait après l’an 2000, une fulgurance tel du progrès scientifique que l’idée de colonisation spatiale rapide et à échelle gigantesque était évidente. En 2020 avec l’avancée de la conquête de Mars entreprise par Ellon Musk ou la Nasa, il est évident que cette vision du futur, sera beaucoup plus longue à se mettre en place. Néanmoins le contexte géopolitique qui s’illustre dans Gundam est toujours plausible. La mise en scène et la réalisation datent un peu pour notre époque, mais si on se replonge dans la période de la fin des années 70, pas mal de phases d’animation sont encore impressionnantes. Les personnages disposent d’une identité visuelle forte et la mise en scène est fluide et assez dynamique dans les combats ainsi que sur la plupart des plans. Seuls les moments accès sur les sentiments des personnages, ne sonnent pas toujours justes. Amura, Sayla, Lalah, Char ou les antagonistes du clan Zéon sont particulièrement réussis en matière de chara design.

Lalah, Amuro et Char

 

À lire aussi la critique de Mobile Suit Gundam : The Origin

Conclusion

Morts héroïques, amours tragiques, colonisation de l’espace, guerres stellaires, nouvelle étape de l’évolution humaine, enfants soldats à bord de robots géants, blessures passées enfouies et famille brisées, tant d’éléments-clés qui ont fait l’immense succès de Gundam. En 1979 Yoshiyuki Tomino, née en 1941 dans un japon déchiré par la Seconde Guerre mondiale, désireux de faire grandir l’animation japonaise qu’il jugeait trop enfantine, rebat les cartes et redéfinit les codes de cette dernière. De Gundam va naître un bouleversement dans la façon de raconter des histoires en Jap anime, et s’ensuivra de nombreuses productions marquantes, dont certaines ont énormément marqué en France. À commencer bien évidemment par Neon Genesis Evangelion qui en 1995, reprendra certains schémas narratifs proches de Gundam, mais en y injectant d’autres éléments, comme les thèmes liés à la mystique. Mobile Suit Gundam reste un grand classique et une œuvre maîtresse, et même si la série accuse son âge, elle créa un précédent. Un véritable choc, duquel va naître une saga qui n’a pas son pareil au Japon, inspirer des dizaines de créateurs et créatrices qui encore aujourd’hui, nous offrent des récits profonds, dramatiques, et capables de nous toucher en plein cœur.

Les plus

  • Une narration qui a bousculé les codes de l'animation japonaise
  • Une œuvre mature
  • Le charme des animés japonais old school

Les moins

  • Peu paraitre vieillot si on est pas habitué à l'animation à l'ancienne
9

Incontournable

Musique - 8
Mise en scène - 8.5
Animation - 8.5
Chara-design - 10
Scénario - 10
Mérode
[Rédacteur en chef- MEGATest - L'actu Gaming - MEGADossiers - JapAnime
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