PAPRIUM

MEGATEST
MEGA CD MEGADRIVE

Insolite, agaçante, meurtrière : les qualificatifs ne manquent pas pour définir la communication autour de Paprium. Bien sûr, nous n’épiloguerons pas sur ce point, l’histoire ayant déjà fait couler tant d’encre. Cependant, il est indéniable que le studio WaterMelon s’est pris quelques raclées consécutives suite à d’immenses maladresses. Silence radio, événements manqués, messages lunaires… tout y est passé. Et les sens des gamers ont failli s’arrêter à de maintes reprises. Pourtant, l’histoire était si belle. Une équipe à l’origine du RPG Piers Solar and the Great Architects,  bien que lui aussi en retard, laissait entrevoir un gage de qualité. Alors forcément, lorsque l’annonce sous fond de financement participatif débarqua, on y croyait. La confiance était de mise et le projet faisait rêver. Un trailer à l’ancienne, une DA qui faisait envie, un projet fou pour la MegaDrive… voilà où nous en étions en 2012.

Et puis, le désert. Une traversée de 8 ans. “C’est qu’il s’est barré avec les sous le Fonzie !”. “Mais non, c’est PayPal qui foire !”. “Ah bon, il a existé ce jeu ?”. Vint la crainte du vaporware, de l’investissement perdu. De l’innocence bafouée, de l’échec inévitable, du rêve trop prolixe pour être honnête. Avant l’improbable…

Un message ahurissant et l’annonce d’une sortie prochaine qui débarque fin 2020. Un mensonge ? Même pas puisque la promesse sera tenue. Mieux : le produit coche pas mal de cases. Bref, en dépit d’une communication calamiteuse qui collera éternellement à la peau du titre se dresse une revanche, un retour d’un roi sur des terres précédemment conquises et désormais rebelles. Au-delà de ces considérations se posent d’autres questions : faut-il juger un jeu pour ce qu’il est ? En rapport avec son époque ? Selon le support sur lequel il est décliné ? Après mûre réflexion, c’est ce dernier point qui fut choisi par la rédaction ; et c’est à vos serviteurs du NBK de prouver que l’efficience de ce crucifix rime avec pertinence. Sans vriller dans le dithyrambisme des bas-fonds, histoire de rester en adéquation avec le respect que nous vous devons.

Tout cela pour dire que nous sommes aux prises avec un gros morceau, curieux objet qui demande autant d’amour que de haine. Ainsi, il est temps de se mesurer au fantasme de Paprium en tant qu’inconditionnels du beat’em up et des marrons chauds distribués à tout-va pour des raisons souvent bien futiles. Et suffisantes pour justifier les empoignades les plus violentes !

L’art du troll !

Vas-y Fonzie, c’est bon !

Prétentieux, Paprium ? C’est peu dire. Néanmoins, il est indéniable que la production s’en donne les moyens. L’abattage est colossal et, si nous nous gardons bien évidemment d’émettre un avis sur les prochains portages issus du kickstarter actuel, les développeurs n’ont pas menti. Sans doute avaient-ils la tête un peu ailleurs en raison d’un accouchement laborieux, allez savoir. Ceci étant, la présentation physique est impressionnante, alliant parfaitement les concepts d’époque et le style barré totalement punk dont les codes ont évolué. Cela en impose, même si on pourra reprocher cette puce mal fixée dans la cartouche qui a tendance à se promener dans celle-ci. Sans conséquence. Pour le moment en tout cas !

Evidemment, afin que notre palpitant ne connaisse aucun repos, un ultime foutage de tronche ponctue le démarrage. On retrouve des personnages tout petits, à 1000 lieues des quelques rares fuites du projet. La colère monte crescendo alors que la déception revient peu à peu. Mince ! Il est enfin là et… c’est tout ? Difficile de comprendre la démarche : est-ce une attaque à ceux qui n’ont pas accordé leur totale confiance envers le projet ? Un tacle non dissimulé à certains jeux indépendants qui utilisent des moteurs obsolètes en assumant l’appartenance au passé ? Toujours est-il qu’après un court instant de panique, Paprium démarre enfin. Et l’écran-titre, c’est juste une grosse baffe. Certes, les couleurs sont criardes (nous y reviendrons) mais le dynamisme est de mise.

Un perso récurrent !

Point de temps pour souffler : le pitch, minimaliste, vous est exposé et à vous d’envisager l’explosion de châtaignes répétées. La traduction française est d’ailleurs fortement appréciable (et appréciée) même si, forcément, ce n’était en aucun cas indispensable. En outre, nous avons là une option de confort qui dépareille complètement avec nos attentes amenuisées au fil du temps. Un soin tout particulier qui prouve qu’un énorme travail de fond a été effectué. Certes, nul besoin d’une équipe aux multiples visages pour permettre une retranscription dans plusieurs langues à l’intérieur d’un BTU. Toujours est-il que l’effort est bien réel et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Les mains moites, il devient urgent de tâter de la bête et si l’enchantement est de mise grâce à de nombreux aspects, pour certaines choses le goût est un peu plus amer. D’une, la sauvegarde, vitale, n’est pas des plus claires et l’une des options est fatale si vous voulez tout débloquer. Vous ne trouverez globalement que peu d’explications mais Paprium est pensé comme tel : en plus de l’empirisme, un passage vers la lecture de la notice est impératif pour mieux saisir les enjeux !

Oui cela prend à contrepied ce qui existe depuis années au sein du loisir vidéoludique. Mais après tout, nous sommes sur MegaDrive bon sang !

Une DA qui se fait plaisir !

Frère Tug

C’est en ce sens que vous comprendrez rapidement l’intérêt des modes proposés : « Original » vous permet de suivre l’aventure, avec les divers embranchements et s’adresse aux amoureux de la complétion. « Arcade » vous fera suivre un chemin tout tracé car débloqué précédemment dans l’épopée principale. On apprécie tout de même les mini-jeux, bien perchés et qui assènent cette petite touche poilante qui marque les esprits. Enfin, « Arène » est un survival bien éphémère qui propose de jouer à 4, si vous avez acheté le stick spécial vendu par WaterMelon. Sinon, vous retrouverez les joies d’antan du local à 2. Et si vous êtes en manque de potes, il vous restera l’option du solo ou de l’IA alliée… à condition de posséder une MEGA-CD.

On pourra donc dire que le studio a pensé à tout, ou se dire qu’il a dû faire face à des restrictions. Pour les plus malicieux, la notion de désir mercantile pourrait se montrer convaincante. Nous ne nous prononcerons pas là-dessus tant il semble ardu de noter toutes les intentions durant ces années de labeur. Intrinsèquement, nous reconnaissons surtout l’appétit gargantuesque de Paprium qui intègre divers chemins, secrets ou éléments RPG pour gonfler, pour notre plus grand plaisir, sa durée de vie. De fait, 4 grandes zones subdivisées en niveaux s’offrent à vous, du souterrain miteux à la grande tour d’ivoire. Comprenez que la production ne se parcourt pas en un run ! Certaines choses sont bien cachées et, selon votre direction choisie lors des embranchements, vous n’affrontez pas le même boss final.  

Dans tous les sens on vous dit !

Oui, vous avez bien lu ! Une proposition alléchante qui amène la création aux alentours des 40 heures pour en faire le tour complet. Entre les différentes fins et les découvertes de territoires, il y a de quoi faire ! C’est pourquoi vous devrez rapidement saisir le concept de trône. Un gladiateur de fin a pris vos bottines dans les fesses ? Asseyez alors un membre de votre casting qui, à la prochaine visite, vous donnera accès à des lieux inconnus. Sur le papier, cela semble complexe alors qu’il s’agit d’un jeu d’enfant in-game. A vous d’être curieux et de chercher à démolir tous les gardiens pour vous enorgueillir d’avoir réellement fini l’ex-arlésienne.

Seulement, il nous faut nuancer le constat : d’une, cela implique quelques répétitions. De plus, les 3 premiers paliers de difficulté sont largement surmontables. Beaucoup trop ! Cela est aisément rattrapé par le dernier mode déblocable qui constitue le véritable défi. C’est là que la proposition prend ton son sens et vous donne envie de poursuivre l’épopée avec Tug, Alex et Dice, les 3 toqués qui constituent le pedigree d’origine, bientôt rejoint par d’autres bagarreurs à déverrouiller. De longues sessions à prévoir en perspective qui flanque au loin le superflu pour la soumission au challenge !

C’est coloré et « chargé comme il faut ».

Dice de chute 

Indubitablement, Paprium rend hommage à ses aînés. Ou en porte les stigmates, selon votre point de vue ! Vous serez donc aux commandes du gros costaud pataud, de la jeune femme speed et peu puissante ou du “moyen partout” et vous serez familier avec des séquences déjà aperçues il y a quelques décennies, comme ces attaques de motos qui avaient rendu beaucoup de joueurs barjots dans les Streets of Rage (par exemple !). Les poncifs du genre répondent à l’appel et il va sans dire que cela procure paradoxalement une sensation douillette, l’impression de ne pas être trop loin de chez soi.

Concernant le gameplay, la variété est de mise : on court, on saute, on frappe, on attrape le gredin, on s’en sert comme bouclier humain ou on le jette, on ramasse des armes et on conduit des véhicules loufoques (aaaah, ces auto-tamponneuses !). Cela implique… d’avoir une manette à 6 boutons, ce qui n’est pas forcément légion pour les possesseurs de la machine de SEGA. On se consolera en se disant qu’une “maniabilité 3 boutons” est prévue et, dans un sens, celle-ci se veut gratifiante car plus technique. Toutefois, effectuer un blocage contre l’adversaire équivaut à rentrer complètement saoul d’un mariage : on a beau essayer d’enfoncer la clé dans la serrure de la porte d’entrée, on y arrive plus souvent par chance que par dextérité !

Des montures drôles !

C’est l’amour un peu vache, sachant qu’il est compliqué de condamner une multitude de possibilités. Cela n’empêche aucunement d’émettre 2 sérieux bémols comme la puissance du coup sauté qui permet de finir les 3 premiers modes de difficulté quasiment en sirotant une tisane et surtout les erreurs de hitboxes qui se révèlent facilement à l’œil nu. Attention ! Cela ne nuit pas au plaisir mais comment ne pas les évoquer, elles qui sont un élément incontournable du genre. D’ailleurs, vous constaterez de suite que vous n’êtes pas face à un BTU “à combo(s)” puisque les frappes sont lourdes et ne permettent pas d’enchaînement, que ce soit de votre part ou de celle de votre allié. Le système est à l’ancienne et il n’est pas question de casser une animation. C’est un parti-pris de la team en place et peut-être une limitation technique.

Tout cela est contrebalancé par la sympathie éprouvée envers les boss (qui ne constituent pas des obstacles monstrueux) et le bestiaire, diversifié et donc remarquable. Malheureusement, l’intelligence artificielle se montre souvent défaillante avec un vrai manque de mordant et une possibilité de stun très aisée. Quelle joie cependant de brutaliser en claquant au sol !

Tout ceci est donc loin d’être rédhibitoire mais il est important de prendre en compte ces aspects, à l’instar d’une certaine lenteur générale. Malgré tout, quelques exploits sont notables, toujours en prenant en compte le support de développement. Cela vous aidera dans votre appréciation, permettant de classer Paprium dans la catégorie des bons élèves aux évidentes fulgurances.

Violent et fun à la fois !

Chargé comme jamais

On ne manquera pas d’évoquer également quelques problèmes de perspective mais nous nous arrêterons ici. La balance parvient à pencher rapidement, notamment grâce à cette fluidité solide et à la perspicacité de l’agencement des rencontres, mixant avec brio les troupes ennemies rencontrées. Le scoring est évidemment de sortie et il faudra se montrer brillant pour maintenir un niveau au maximum sur chacun des stages. Addictif on vous dit ! D’autant plus que le système fonctionne bien : balancer pour libérer les espaces est pertinent et utiliser des armes assure le nettoyage.

Ajoutez à cela un système de drogue (oui le jeu est aussi drôle qu’irrévérencieux) à double tranchant. Un moment bien énervé qui vous confère l’invincibilité au prix d’une jauge qui monte sur votre barre de vie et qui vous empêchera par la suite d’user de vos capacités si vous en abusez. Le code couleur est clair : virer au bleu et vous en paierez le prix, tout simplement. Vous comprendrez en jouant ! Il va sans dire qu’il s’agit d’une merveilleuse idée qui prend son envol lorsque l’opposition est à son maximum. Tout comme l’idée de vous faire reprendre à d’autres endroits, comme la prison, si vous avez été mis à mal, et donc KO…

Les « gangs » réunis !

Il serait vraiment tentant de tout vous dévoiler. Et cela ne ferait que baisser votre intérêt tant la découverte est importante. Pour un BTU, c’est un tour de poitrine.

Enfin que dire de la direction artistique ? Celle-ci se veut marginale et ne sera pas en mesure de mettre tout le monde totalement d’accord en vertu de sa majestuosité. Le chara-design est particulièrement réussi, même si parfois il s’embourbe dans les références trop appuyées (Ash, on t’a reconnu !). Nous restons dans le chipotage tant cela fait mouche, du mob de base au personnage important. Peu de ressemblances au sein des hordes adverses et cela saute aux yeux. 

Et ces environnements ? Ceux-ci dégagent une ambiance extraordinaire, donnant une impression de vie sublimée par ces habitants dans l’attente ou ces premiers plans réussis. Si les couleurs sont très vives (en maniant l’euphémisme avec bonheur), les jeux de lumière et les contrastes assurent une immersion et une adhésion totale. Au-dessus de la prouesse technique se cache une véritable vision du monde de Paprium où se côtoient crasse, décadence et folie des grandeurs. Un immense pot-pourri d’une cohérence effarante malgré l’hétérogénéité ambiante.

Cela reste ultra-référencé.

Pas pris l’homme !

La performance est de haute volée : Paprium est beau à se damner. Les animations sont un régal, malgré quelques loupés, et les sprites sont justes énormes. De plus, le nombre de belligérants affichés à l’écran est étonnant sans que cela n’entache quoi que ce soit. Tout est calibré à la perfection sur ces aspects, permettant d’oublier les défauts pour mieux dépeindre la cohorte de qualités imposantes.
Les frontières sont donc bien franchies. Cela aura-t-il le même impact lors de la sortie sur les consoles actuelles ? Il y a de quoi en douter mais en tout état de cause, quelque chose de spécial défie la machine grâce à la persévérance de WaterMelon.

Bon, il convient de préciser que le jeu ne fonctionne pas sur la majorité des modèles de “MegaDrive 1”, un problème qui devait être résolu. Avec l’avènement des portages annoncés, le doute est permis tant la dispersion pourrait nuire à la recherche d’une solution. Cependant, nous ne sommes plus à une surprise près et nous apprécions toujours les bonnes !

Elle est mythique celle-là !

Il serait malhonnête d’oublier la partition du jeu, exquise. Aucun grésillement à l’horizon et des compositions riches, évolutives et sans aucune sortie de route. C’est un véritable parpaing dans les gencives. David “Groovemaster 303” Burton et Trevin “Jredd” Hughes ont compris le rôle de l’OST : accompagner l’image tout en la sublimant. Mission plus que réussie. Tout marque au fer rouge et, surtout, aucune redondance n’apparaît à l’horizon. Une énorme victoire qui défie le processus sonore d’une bébête qui a longtemps subi des moqueries à ce sujet.

Enfin, les bruitages sont quant à eux… divins. Cela peut perturber, tant certains sont en décalage mais tout cela est volontaire. La blague un peu potache qui dédramatise la situation, la voix du chanteur en fond sonore et le son qui accompagne les apparitions d’antagonistes, nous sommes au beau milieu d’un véritable récital. Probablement, cela pourrait amoindrir l’impact des coups. En fin de compte, la stupeur passée, voilà que nous sommes étourdis tant cela est tout aussi marginal que génial. Un visage qui amène tout droit Paprium vers le sentier de la curiosité, ne serait-ce que pour les ambitions tarées qui, au final, ont trouvé un écho.

Ben mince.

Nous l’avons attendu durant très voire trop longtemps. Désormais, le voilà et il est temps de juger Paprium sur place. Comme vous l’avez compris, tout dépend de l’angle par lequel vous attaquez le produit. Pour les années 2020, les barrières sont forcément visibles sans cloisonner le jeu. Mais en prenant en compte le support, il va sans dire que l’ébahissement vient frapper à votre porte. Si la gestation affreuse laissait craindre le pire, la proposition de WaterMelon parvient à atteindre une bonne partie de ses objectifs.

En plus de la technique costaude, voilà que la bande de filous emmenés par Gwénaël “Fonzie” Godde et Luis Martin dépasse nos espérances sur de nombreux aspects, comme cette durée de vie tout bonnement hallucinante sans s’avérer factice. Doté d’un système de combat satisfaisant et addictif malgré des imperfections bien visibles, Paprium revient d’entre les morts pour mieux nous prendre à revers.

On pensait le projet vaniteux, tout juste avions-nous oublié qu’il en avait le panache. On l’admet, 8 ans c’est long, surtout quand l’être parti a oublié d’écrire une lettre pour donner de ses nouvelles. Et quand celui-ci revient, la rage ressentie s’estompe au profit de la défiance puis de la méfiance. Avant de céder complètement au désir, à l’envie et à la fascination. Jusqu’à enlacer le fuyard et lui pardonner, en plus de son silence, ses écueils et ses manques. Car il devient le plus charmant. Et si c’était ça, le véritable amour ? Dissiper le mystère, en découvrir d’autres et ne pas pouvoir anticiper ce qui nous est offert. Voilà ce que parvient à réaliser Paprium. C’est en cela qu’il est laborieux d’attribuer une note sans justifier le chemin parcouru pour arriver jusque-là.

S’il y a le temps de développement pour un studio, la période du fantasme des joueurs est aussi longue. Aujourd’hui, la rêverie est devenue réalité.

Pour un jugement réel et sans équivoque.

Les plus

  • Les secrets et divers chemins
  • La durée de vie
  • La claque technique et artistique
  • La variété des zones
  • Le nombre de mouvements
  • Un sound-design incroyable
  • Le nombre de sprites à l’écran
  • La gestion de la drogue

Les moins

  • Pas de combos
  • Un peu lourd et lent
  • L’IA en slip
  • Des tuiles avec la hitbox
8.2

Super

Son - 9
Graphisme - 9
Animation - 8
Gameplay - 7
Interet - 8
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