SHINING FORCE III – Scénario 1 God Warrior of the Kingdom

MEGATEST
SATURN

C’est dans une rencontre au sommet visant à marquer la paix entre la république d’Aspinia et l’empire de Destonia que commence le conte Shining Force 3. Un conte en 3 volumes qui fit les grandes heures de la SEGA Saturn à la fin des années 90. Imaginé par les frères Takahashi, Shuto et surtout Hiroyuki à qui l’on doit un des scénarios les plus denses qu’ai pu connaître le genre Tactical-RPG, Shining Force III ouvre sur un premier acte centré sur le prisme républicain et mettant en scène le personnage de Synbios, le fils d’un éminent général de l’armée républicaine et qui, accompagné d’une poignée de frères et sœurs d’armes dévoués, va tout faire pour maintenant sa patrie à l’abri d’une guerre de plus en plus menaçante et désirée par de nombreuses factions belliqueuses bien décidées à placer leur pions de la façon la plus profitable sur le grand échiquier militaire qui se met en place.

Le premier livre d’un récit épique et enchanteur

 

 

Une fable en trois actes

Ce projet ambitieux pour son temps et mis en chantier par le studio Camelot est une fable d’héroïc-fantasy mêlant Elfes, centaures, chevaliers, magiciens mais aussi sorciers et démons redoutables. Comme ces récits de la table ronde que l’on s’imagine avoir été transmis de génération en génération au coin du feu, jusqu’à arriver dans nos mains, et qu’on se plaît tant à se raconter près de l’âtre rougeoyant alors que la neige tombe à gros flocons dehors, Shining Force III est passionnant, tragique, épique et il est difficile de s’en détacher une fois plongé au cœur de l’aventure.

Hélas l’échec de la Saturn sur les terres occidentales mettra un coup d’arrêt brutal à la rêverie, puisque seul le premier épisode sortira officiellement du Japon et se verra octroyer les soins d’une traduction anglaise et d’une sortie dans l’hexagone. Laissant ainsi les joueurs sur un très frustrant à suivre pour l’intégralité des non-japonisants. Fort heureusement aujourd’hui, il existe une traduction anglaise des épisodes 2&3 faite par les fans et rachetant cette si grande trahison de Sega. Cependant, nous allons dans ce papier nous concentrer sur le premier volet de Shining Force III, rebaptisé depuis les fantrad, d’après son titre original nippon  en Shining Force III God of Warrior Kingdom, alors qu’il était connu chez nous simplement comme Shining Force III jusque-là.

L’artwork promo du premier épisode

 

 

Une fuite en avant

Alors que les deux factions s’apprêtent donc à signer la paix et mettre fin à des années d’animosité, un complot orchestré par une 3e force de l’ombre, se agissant sous la bannière de la secte Bulzome parvient par un subterfuge, à prendre la place et l’apparence du représentant républicain : le Roi Benetram. Ce postiche pantin va non seulement saborder les pourparlers de paix, mais également faire enlever l’empereur et ainsi placer la république d’Aspinia dans une situation intenable vis-à-vis de son voisin. Rapidement les tensions s’accentuent jusqu’à pousser les meilleurs généraux des deux camps à croiser le fer. Dans cette confusion totale, la troupe de Synbios va parvenir à escorter leur Roi véritable hors des murs de la citadelle de Saraband (lieu de neutralité pour ce sommet pour la paix), et à prendre le maquis tandis que Medion, le jeune fils de l’empereur va se retrouver à devoir en découvre avec cette même secte dans les rues de la ville. A ce moment précis, les espoirs de la petite région d’Aspinia de retrouver la paix, après s’être soustrait difficilement du joug d’un Empire aux penchants totalitaires, viennent de voler en éclat. Brisés, ces idéaux n’en restent pas moins encore vivaces dans le cœur des plus braves. C’est dans ce climat que s’ouvre une course-poursuite au rythme haletant, s’étalant sur plusieurs heures et tenant le rôle d’ouverture à la trilogie Shining Force III.

Le trio emblématique de Shining Force III

 

 

Systèmes et chevalerie

Synbios et sa troupe filent hors de la ville, mais se font rapidement poursuivre par les troupes impériales, tout en se retrouvant face aux premiers sbires de la secte de Bulzome les empêchant d’avancer. Ce qui étonne dès les premières heures de jeu c’est la fluidité avec laquelle le récit coule. Les scènes de dialogues s’enchaînent et laissent place à des combats sans chargement ni coupure. Bien loin de la lourdeur des derniers Fire Emblem qui ne peuvent s’empêcher de nous ramener systématiquement au camp pour faire du social-gaming et du dating, Shining Force III nous emporte dans son aventure telle une rivière déchaînée et gonflant jusqu’à prendre la forme d’une horde de chevaux capables de toute balayer sur leur passage. Porté par une bande-son chevaleresque signée par un Motoi Sakuraba dans sa meilleure période, le sentiment de vivre quelque chose d’épique était vraiment réel pour un jeu de cette époque et la mise en place de l’intrigue en ce début de premier épisode a de beaux restes aujourd’hui si tant est que l’on soit un minimum réceptif au rétro gaming.

Déplacements et stratégie

 

Suite à cette situation, ce sont de nombreuses cartes toutes différentes et amènent une multitude de situations diverses qui se mettent en place : volcan, manoir, grande plaine, ville, tour au chemin escarpé… Portées par un level-design riche et en adéquation avec l’évolution du scénario, les 35 heures de jeux qu’il faut pour boucler le récit, offrent leur lot de tensions et de réflexion. La prudence souvent de rigueur et l’utilisation de tous les types de combattant mis à notre disposition est la clef de la victoire. De ce côté-là le jeu sait d’ailleurs être généreux puisque au fur et à mesure que vos rangs se gonflent, votre troupe devient de plus en plus grande au point qu’il est possible de jouer plus de 10 personnages à la fois ! Les déplacements en combats sont faciles et eux aussi très fluides grâce à un choix de rendu intégralement en 3D, avec lequel il est permis une rotation totale de mouvement, impliquant une meilleure lecture de la situation.

Une full 3D au service de l’exploration avec une caméra à déplacer avec les gâchettes de la console

 

Si le jeu n’offre pas un système de job aussi profond et malléable qu’un Final Fantasy Tactics, les rôles des protagonistes n’en restent pas moins bien définis : magicien, Archer, guerrier, lancier… De plus, comme l’univers de Shining Force abrite des êtres fantastiques, Camelot joue avec cela pour varier le groupe et amener de la diversité. Les hommes oiseaux vont voler au-dessus du vide, les centaures vont se déplacer de manière ample, les nains vont disposer d’une grosse réserve de point de vie. En plus, certaines classes vont être plus fortes ou a contrario plus vulnérables contre tel ou tel type d’ennemis. Chaque combattant va aussi apprendre des attaques spéciales au fil de la progression via des armes récupérées et les utiliser parfois à la place d’une attaque standard lors des phases d’affrontement. Les magies de types élémentaires proposent plusieurs paliers et permettent d’attaquer en zone d’effet et de plus loin dans leurs dernières formes. Enfin, le dernier chapitre du jeu amène un bref système de craft, afin de concevoir des équipements assez performants basés sur des ressources que vous pouvez récupérer dans de nombreux tableaux en examinant le terrain. C’est aussi examinant ou en replissant certaines conditions particulières que le jeu révèle plusieurs personnages secrets assez puissants et bien utiles lors d’un dernier combat d’anthologie en 3 actes et demandant la participation de toutes les unités. Il est également possible de débloquer ou voir partir certains personnages d’un scénario à l’autre en fonction de choix et d’actions précises. De plus les sauvegardes fonctionnent même d’une région à l’autre, ce qui permet de pouvoir continuer son aventure en japonais même si on a commencé en Anglais.

Rencontres amies et ennemis, personnages cachés à équiper, Shining Force III est riche en systèmes et sous systèmes

 

 

La cavalerie de polygones

Cavales à travers la plaine, combats au-dessus du vide sur des ponts suspendus, batailles rangées, magies, attaques spéciales… mais comment tout ceci se traduit concrètement à l’écran ? Et bien c’est là aussi l’une des évolutions de ce 3e opus qui parvient à retranscrire en 3D toute la grammaire des épisodes passés. Tous les lieux explorables ville et cartes de bataille sont modélisés et texturés et les personnages sont modélisés dans ces environnements à la manière de petits Playmobil à peine articulés. C’est à travers ce choix que réside la force mais aussi l’un des points faibles du jeu. Rigides et moins animés que certains sprites de l’ère 16 bit, les personnages n’expriment pas vraiment dans leur gestuel ou leur expression, ce qu’on attend d’eux dans les situations qu’ils vivent. Ils se contentent à peine de sauter sur place pour exprimer de la tristesse ou de la joie. De la même manière Synbios se promène l’épée dégainée à la main partout où il va. Les portraits dessinés à côté des lignes de dialogues n’amènent pas non plus diverses expressions susceptibles d’illustrer une situation. A contrario le soin apporté aux échanges lors des duels est impressionnant. Chaque personnage du jeu et chaque ennemi sont modélisés dans des proportions réalistes, permettant du coup de retrouver les traditionnelles animations de combat des anciens jeux. Ajouté à ça, des effets de magies et d’attaques soignés. Se faisant, c’est une certaine harmonie visuelle qui opère avec certains choix plus réussis qui vont en rattraper d’autres plus faibles.

Les fameux duels de Shining Force repensés d’une façon impressionnante pour l’époque grâce à la 3D

 

 

Shining Force III God of Warrior Kingdom, est donc la première et unique partie de cette célèbre trilogie de la Sega Saturn à sortir dans nos contrées. Dévoilant un scénario complexe et dense, ce premier point d’ancrage dans le triptyque, illustre la lutte de Synbios pour sauver l’équilibre de son pays contre une secte diabolique, subjuguée par un ancien démon. Après 2 opus majeurs sur Megadrive et quelques stand-alone sur d’autres machines Sega, Shining Force débarque sur Saturn et se voit disposer d’un rendu 3D ayant de beaux restes pour son époque et son support, mais qui se traîne aussi quelques faiblesses et pas mal de décors un peu trop vert gazon. Tactical-RPG pur et dur, ce volet garde la particularité des anciens opus, d’offrir un mode de progression permettant d’aller dans les villes et sur la carte du monde à la manière d’un RPG classique, là ou d’autres T-rpg vous laissent à la porte des cités et se contentent d’enchainer les missions. Renforcé par une très bonne bande-son de M. Sakuraba (Valkyrie Profile, Star Ocean), Shining Force III offre aussi des déplacements case par case plus fluides et passe en 3D ses plans larges animés lors des confrontations directes, pour plus de dynamisme et quelques effets de magies impressionnants même encore aujourd’hui. Pour finir, la richesse des cartes de bataille, variées et nombreuses, font de ce titre une référence du genre sur la génération 32-bits. Et si on a longtemps déploré le manque de volonté de Sega pour sortir les 2 autres épisodes hors du Japon, laissant du même coup de nombreux joueurs orphelins, on peut se réjouir aujourd’hui de l’existence d’une Fantrad anglaise de la globalité du projet.

 

Les plus

  • Un Game design et une maniabilité solides soutenus par un level design brillant
  • Une bande-son signée par un Motoi Sakuraba de la grande époque
  • Les sauvegardes compatibles entre les différentes régions du jeu : Japon Pal Us
  • Une fluidité de jeu impressionnante encore aujourd'hui pour un Tactical-RPG case par case
  • Un rythme narratif soutenu, débouchant sur un dernier acte mémorable
  • Les multiples personnages cachés
  • Les animations de combat et de magies impressionnantes pour l'époque

Les moins

  • Les animations hors des combats trop minimalistes
  • Des couleurs parfois un peu criardes malgré une 3D de qualité pour de la Saturn
  • L'unique épisode traduit officiellement par SEGA en occident
  • Une fin légèrement modifiée pour les versions occidentales dans le but de "mieux" conclure sans les épisodes 2 et 3
9

Incontournable

Son - 9.5
Graphisme - 8
Animation - 7.5
Gameplay - 10
Interet - 10
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.