SILENT HILL HOMECOMING

PC PS3 XBOX 360

Dans la famille « Silent Hill », je demande le petit frère, enfin l’un des derniers en tout cas (juste avant « Downpour » en 2012), et hélas, le mal-aimé de la fratrie ! Pauvre « Homecoming », malmené par la critique et les joueurs à sa sortie sur PS3, Xbox 360 et PC en 2008 (malgré des notes globalement assez bonnes dans la presse). Développé par les américains du studio Double Helix Games et toujours édité par Konami – qui a décidé de sous-traiter chez les américains pour le développement de « Silent Hill Homecoming » après avoir fait appel aux anglais de Climax sur « Silent Hill Origins » et « Silent Hill Shattered Memories » – ce « Homecoming » se voulait comme une réappropriation du style des anciens épisodes de la Team Silent, remis au goût du jour. Dans ce « retour au bercail » (excusez cette francisation du titre assez nulle), il y a un peu de « Silent Hill » 1, 2, 3 et 4, tout en restant dans la continuité de l’opus britannique « Origins ». D’ailleurs, les développeurs ont même ont avoué s’être inspiré de « Silent Hill 2 » pour l’ambiance globale du récit. Il y a en effet des parallèles évidents, à commencer par l’histoire.

 

Dans « Homecoming », le joueur interprète Alex Shepherd, un soldat américain blessé sur un champ de bataille, et rapatrié d’urgence à l’hôpital pour y être soigné. Autre influence de taille ici – qui est un élément récurrent dans la saga « Silent Hill » – celle de « L’échelle de Jacob », film culte d’Adrian Lyne sorti en salles en 1990 et qui a très souvent inspiré les créateurs de la saga de Konami pour différents aspects de l’histoire, l’atmosphère psychologique/surréaliste/glauque ou les visuels si singuliers et mémorables, qui vous hantent longtemps après. Dès le début du jeu, le ton est donné : on démarre en vue subjective avec une cinématique introductive où Alex se réveille sur un brancard dans une pièce sombre d’un obscur hôpital. Pourquoi est-il attaché ? Comment est-il arrivé là ? Où est passé son jeune frère Josh qui semble avoir disparu ? Pourquoi Pyramid Head apparaît-il au fond du couloir dans la cinématique sur le brancard à l’hôpital, en tuant les médecins ? Est-il venu aider Alex ? Ou bien lui adresser un message ? Lui montrer la voie ? Autant de questions qui nous plongent d’emblée dans une atmosphère intrigante, effrayante et psychologique.

 

Pyramid Head, tiens parlons-en. « Ennemi » emblématique de « Silent Hill 2 », cette créature prenant l’apparence des bourreaux de la prison du lac Toluca aux XIVème siècle symbolisant dans le jeu la culpabilité de James Sunderland. C’est donc un indice plus qu’évident ici : visiblement, chaque personnage hanté par un passé trouble verrait Pyramid Head dans ses visions ou sa propre interprétation de la réalité, le conduisant ainsi irrémédiablement à Silent Hill pour expier ses péchés. L’histoire va-t-elle de nouveau se répéter, cette fois-ci avec Alex Shepherd ? Au joueur de découvrir tout cela à travers l’expérience « Homecoming ». Bref, une fois le jeu débuté, on dirige Alex avec lequel il va falloir rapidement se familiariser. Les contrôles sont assez complets : on peut marcher, courir, faire une roulade, pousser des éléments du décor, attaquer et esquiver – le jeu est basé sur un système de combat lié au simple fait qu’Alex est un ancien militaire capable de se battre, ce qui rend ce système d’attaque/esquive plutôt cohérent dans le gameplay.

Comme dans les anciens épisodes, la progression se fait au moyen de cartes à récupérer dans des endroits sombres et lugubres, souvent plongés dans l’obscurité. Ici aussi, le monde bascule régulièrement dans le monde alterné au moyen de transitions surréalistes de transformation du décor reprises du film « Silent Hill » de Christophe Gans. Visuellement, le jeu est impressionnant : les animations sont fluides, la modélisation des personnages est très crédible et réaliste, les transitions vers le monde alterné sont superbes, le tout sur fond de bande son de l’incontournable Akira Yamaoka, qui s’en donne à cœur joie encore une fois. Dommage qu’il y ait parfois des bugs d’affichage ou une chute temporaire de framerate par-ci par-là (notamment sur la version PC, le jeu étant sorti en 2008, il valait mieux y jouer sur Windows XP pour davantage de stabilité).

 

Le niveau de l’hôpital se termine par un scare jump violent. Alex se réveille alors dans le camion de Travis Grady, personnage principal du précédent épisode, « Silent Hill Origins » (qui permet d’avoir un trait d’union entre les deux jeux) et réalise que tout ceci était un cauchemar, mais c’est loin d’être fini. Le joueur va devoir ensuite conduire Alex dans sa ville natale de Shepherd’s Glen où tout a bien changé. La ville entière est plongée dans le brouillard et l’obscurité. Sa mère est dans un état catatonique, quasiment muette, son père a disparu – il serait parti à la recherche de Joshua, le frère d’Alex – la juge Halloway – personnalité influente de la ville – tient des propos mystérieux et étranges sur Shepherd’s Glen et tous les habitants semblent avoir disparus. Heureusement, Alex va pouvoir compter sur des alliés durant son périple cauchemardesque pour retrouver Joshua et découvrir la vérité sur sa famille et sa ville natale. Vous allez très vite croiser la route d’Elle Holloway, amie d’enfance d’Alex ainsi que du shérif adjoint Wheeler, dans le niveau du commissariat. Globalement, les lieux à visiter rappellent les anciens épisodes : l’hôpital, le commissariat, les égouts, la mairie, le cimetière, la prison, etc.

La progression se fait à l’aide de nombreuses énigmes à résoudre, comme dans les anciens opus. Grâce au moteur Havok sur lequel le jeu a été développé, l’intelligence artificielle des ennemis a été nettement améliorée. Cette fois, les ennemis vous trouveront si vous faites du bruit ou s’ils vous aperçoivent, même de loin, par exemple au fond d’un couloir. Globalement, l’intrigue est captivante et l’on a toujours envie d’avancer pour en savoir plus. Dommage que toute la première partie dans la ville traîne un peu en longueur, d’autant que le niveau du commissariat n’est rien de plus qu’une vaste succession de scènes d’action avec la traque des créatures qui prennent d’assaut le bâtiment (pour un peu on se croirait dans « Assaut sur le central 13 » de John Carpenter !) et nous poursuivent dans les couloirs du bâtiment, surtout lorsqu’Alex et Wheeler se retrouvent séparés chacun de leur côté. Dans cet épisode, plus que jamais, il faudra surveiller de très près vos munitions car les combats sont très nombreux et sans une bonne arme digne de ce nom, vous n’irez pas bien loin (il va également falloir apprendre à maîtriser la visée caméra à l’épaule de l’arme…). Idem pour l’affrontement contre les boss qui apparaissent dans les endroits-clé du jeu, et qui sont souvent assez long à battre, le temps de comprendre et trouver leur point faible. Enfin, c’est devenu une tradition depuis « Silent Hill Origins », certaines scènes d’action se feront à l’aide de QTE qui vous obligeront comme toujours à réagir rapidement et avoir de bons réflexes. Elément de gameplay un peu pénible : il y aura parfois des barricades dans certains endroits qu’il faudra détruire à coups de hache, ce qui a pour effet de casser un peu le rythme d’autant que cela devient récurrent vers le milieu du jeu et pas vraiment indispensable. A noter qu’il y a également la possibilité de choisir plusieurs textes durant certaines phases de dialogue, évidemment, certains de vos choix influeront sur le déroulement de la partie par la suite. Vous pouvez également finir le jeu à 100% en récupérant tous les dessins mystérieux de Joshua, disséminés un peu partout dans le jeu, qui vous permettront de débloquer une cinématique supplémentaire à la toute fin de la partie.

 

La deuxième section du jeu paraît plus intéressante : Alex lit de bien sombres inscriptions sur les pierres tombales du cimetière évoquant de nombreuses morts d’enfants de tout âge dans la ville. Que s’est-il passé pour que tous ces gamins et ces familles de Shepherd’s Glen périssent ainsi ? Les réponses ne vont pas tarder, mais sûrement pas le genre de révélation dont on ressort indemne ! Par la suite, le joueur va devoir descendre dans les Enfers, sans réaliser qu’il s’agit en fait du monde cauchemardesque d’une autre personne – cela rappelle encore une fois un élément emprunté à « Silent Hill 2 » – L’histoire avance ainsi en multipliant les révélations mais certains éléments restent suggérés et il y a également beaucoup de non-dit. Le scénario est ainsi construit à la manière d’un roman, l’intrigue est toujours aussi captivante et comme dans les anciens épisodes, il y aura plusieurs fins qui dépendront de vos actions durant la partie.

 

Au final, « Silent Hill Homecoming » est loin d’être la purge décrite par certains joueurs frustrés à sa sortie en 2008. Double Helix a fait un bon travail pour reproduire l’ambiance des anciens épisodes, et même si l’on peut regretter cette forme de surenchère de l’action violente par rapport au suspense psychologique des épisodes de la Team Silent, l’univers « Silent Hill » est bien là et fait plaisir à voir, même si le jeu est inégal d’un bout à l’autre (la première partie semble s’éterniser pour rien…). « Homecoming » a simplement hérité du défaut de tous ces blockbusters modernes façon « Resident Evil 5 » qui contribuent à orienter des franchises célèbres de survival horror vers une esthétique plus action (au détriment de la réflexion), peut être pour se conformer au goût de la nouvelle génération de joueurs des années 2000/2010 ? Autre détail étonnant : l’influence du « Silent Hill » de 2006 sur « Homecoming », les concepteurs ayant ainsi repris quelques éléments du film de Christophe Gans (pour le meilleur et pour le pire, diront certains). Globalement, ce « Silent Hill » reste donc un bon épisode qui propose un compromis honnête entre l’univers des anciens épisodes et le style plus action moderne des nouveaux jeux de la fin des années 2000.

Les plus

  • Un bon Silent Hill dans l'esprit des précédents épisodes
  • Akira Yamaoka a encore frappé ! La bande son est top
  • Des visuels très réussis dans l'ambiance
  • Un scénario bien ficelé

Les moins

  • Un peu trop orienté "action" pour un Silent Hill
  • Absence de psychologie dans le récit
  • Influences pas indispensables du film Silent Hill de 2006
  • Une première partie qui s'éternise
  • Des incohérences dans les éléments de la saga
7.3

Bien

Son - 9
Graphisme - 7
Animation - 6.5
Gameplay - 7
Interet - 7
[Redacteur et Blogueur dans le retrogaming]
Note moyenne utilisateur
8.5
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