Halloween de Rob Zombie : quand le Mal change de forme…

Halloween de Rob Zombie : quand le Mal change de forme…

Passion macabre, curiosité malsaine, voyeurisme jouissif…

Regarder un slasher, ou même un film d’horreur, cela revient à se poser un nombre incalculable de questions sur son rapport avec le gore. Et si la saga Halloween reste une pièce-maîtresse, les perceptions ont changé. Une évolution parfois franchement glauque où le message est dilué sous une flopée de représentations au mieux cradingues, au pire franchement dégueulasses.

Voilà, c’est dit ! Mais si nous revenons vers vous aujourd’hui pour vous parler des péripéties de Michael Myers, c’est pour une autre raison. Bien sûr, nous serions des êtres fortement espiègles si nous nions l’évidence : la date est propice à nos petits écarts vers le cinéma, sans aucune prétention. Et nous vous voyons venir vils coquins ! “Pourquoi avoir choisi la version de ce réalisateur plutôt que celle d’un autre, notamment “Big John”, hein pourquoi ?”.

La réponse est on ne peut plus simple les amis ! Le mystère culte a tellement été décortiqué, étudié, analysé que nous ne voyons pas ce que nos divagations pourraient apporter. “Alors pourquoi ne pas évoquer la trilogie moderne qui fait suite au 1er épisode ?”. Parce que celle-ci balaie tout sur son passage, renvoyant les diverses suites dans les limbes, comme s’il était hors de question d’assumer les (nombreuses) erreurs succédant à La Nuit des Masques, métrage publié en 1978 avec les moyens du bord. Provoquant une nouvelle fois une explosion de génie de la part de son créateur.

Bref ! Là n’est pas le cœur de l’interrogation. Il s’agit ici de se questionner sur l’intérêt d’un reboot qui, en l’état, reste un peu à l’écart, comme ce méticuleux bonhomme rejeté dans la cour d’école. Pas à cause de son aura (enfin si, un peu) mais en raison de son pif trop long. Divagations à part, il est temps de se replonger dans la tuerie mise en scène en 2007 avec le premier shoot de l’ami Zombienounet.

Chéri(e), ça va couper !

Jaune, Rob et rots

Avant de s’initier au produit, il convient de se mettre dans le contexte. La saga Halloween, c’est un boxon sans nom ! Issu de l’esprit de Debra Hill et de John Carpenter, qui s’occupera de la réalisation, le film La Nuit des Masques débarque au milieu des frasques du cinéma avec son indépendance, son peps et son goût de la violence, relativement mesurée cependant.

Bien des analystes de carnaval ont tenté de donner du sens à tous ces meurtres du jeune Michael Myers, devenu une froide machine à tuer. Certains ont vu une critique sociale, d’autres un état des lieux sur la folie meurtrière.

Rien de tout ça lorsque nous regardons dans le rétroviseur : film fauché, avec un script bouclé en 1 mois et un tournage de 3 semaines, le masque du capitaine Kirk déformé pour créer le mythe d’aujourd’hui et une envie débordante de la part de ses acteurs, Jamie Lee Curtis en tête.

Pour le résultat que nous connaissons : des millions à foison, une Légende qui ne disparaîtra jamais et un appétit des studios pour des rééditions jusqu’à-plus-soif. Un refus de Carpenter plus tard et voilà que la conception est livrée à d’autres malgré le regard bienveillant des concepteurs.

Tout y est passé : une suite honnête, un 3ème épisode conceptuel puis la longue chute, qui verra la sombre fable s’effriter. En dernier rempart se dresse Halloween : The Missing Years, finalement annulé en raison du décès de Malek Akkad, producteur historique de la franchise. Et nos nouveaux puissants, les frères Weinstein, se retrouvent dos au mur. De plus, Oliver Stone, un temps approché, se consacre à d’autres projets.

La fin de la fin ? C’était sans compter sur un flair sans faille des grandes maisons !

Ici ou Myers

Car oui, il y a un homme qui a le vent en poupe, du moins dans la sphère underground. Cela se comprend : quand on a eu l’audace et la capacité de sortir The Devil’s Reject, on ne peut que s’imposer parmi les grands. La cible ? Rob Zombie. Une carrière de musicien dans la chansonnette bien “metal”, suivie d’une ambition de création pour le grand écran horrifique. C’est qu’on ne va pas la lui faire à Robert : il dispose de son univers. 

C’est ainsi que le projet naquit : on relance la franchise, et on compte sur une personnalité forte car on ne sait pas quoi faire ! Quand Dimension Films annonce le partenariat avec Zombie, le studio a eu l’occasion de souffler. De l’aveu même du réalisateur, ses employeurs étaient aux pommes. Sauf que notre filou bien barré avait une idée bien précise…

Après avoir contacté le gourou Carpenter, qui lui dit de faire son propre film, Rob annonce la couleur : ce ne sera pas un simple remake. Il décide donc d’explorer la psyché de Myers, en revenant sur les origines du mal avant d’envoyer la foire ensanglantée. Premier tollé : certains irréductibles râlent, voyant dans cette ambition une déstructuration de la fantaisie surnaturelle du tueur au couteau masqué.

Loin des allusions du premier film, tout nous sera ici conté, narré et justifié. Branlante cette chimère ? Assurément, sauf que le pilote détient cette capacité hors-norme de sublimer la saleté avec justesse. Et il faudra bien ça pour compenser la perte des éléments fantastiques ! Tout sera plus viscéral, naturel et réaliste. Comprendre par là que le film n’est pas là pour la pâle copie mais bien pour offrir autre chose : une réappropriation de son essence.

Le moins que l’on puisse dire est que la promesse est tenue. Pour quel résultat ? Laissez-nous vous donner un aperçu…

Halloween Chester

Le contrepied est parfait : notre tueur dispose désormais d’un background particulièrement réussi.

Cela aurait pu être tellement différent ! L’option était dangereuse voire hasardeuse. Il n’en est rien. En effet, en se fiant au credo du réalisateur, le folklore fut déconstruit pour mieux être rebâti. Ainsi, les 45 premières minutes se penchent sur le passé violent du jeune Myers entre famille recomposée malade, rejet global de la société et les conséquences qui pèsent sur les frêles épaules d’un enfant.

Certes, quelques reproches sont à formuler. En effet, quelques clichés ont la vie dure : la mère strip-teaseuse recasée avec un amant looser, alcoolique et méprisant, la sœurette en crise aggravée d’adolescence et la maison qui est un repaire de délabrement. Quelques dialogues sont clairement mal écrits et on en voudra toujours à Rob Zombie de vouloir sublimer de manière inopportune sa compagne Sheri Moon, qui doit attendre un petit moment avant de trouver sa place dans le récit.

Toutefois, tout cela est contrebalancé par un rythme absolument prodigieux et un code visuel non dénué de sens. Le créateur parvient à disséminer çà et là les figures de la période d’Halloween tout en peignant cette vision d’une société crasse et sans avenir. Le grain de l’image y est pour beaucoup, tout comme cette lumière parfaitement calibrée. L’alternance entre la caméra à l’épaule et fixe est également un vecteur de malaise pertinent.

D’ailleurs, les premiers actes qui emmènent Michael à l’internement sont d’une sauvagerie singulière ; certes, cela gicle comme il faut mais sans superflu. Cela aide à comprendre la naissance du Mal, que Rob Zombie nous propose de regarder en face un peu plus tard dans le film, dans les yeux. Le petit Daeg Faerch, choisi pour incarner Myers enfant, est un choix de casting judicieux, tant son visage et son regard sont troublants. Tout y passe avec un paradoxe hors-norme : le vide, la peur, la haine, la perte d’une humanité causée par un monde en décrépitude.

Rob, l’eau, chons

Et cela monte crescendo, avec un portrait psychologique subtilement amené. Bien sûr, le personnage du docteur Loomis, psychiatre ayant pour but de guérir Michael et incarné par un Malcolm McDowell des grands soirs (et puis… Orange Mécanique quoi !!!), nous donne quelques précisions sur la personnalité de celui qui deviendra un meurtrier convulsif. Néanmoins, la direction d’acteur et le choix des plans en disent bien plus, tout comme ces longs silences gonflés de sens.

Et ce n’est pas la première scène de l’interrogatoire qui nous fera dire le contraire tant elle est malaisante et incroyable. Tout est mesuré avec grandiloquence et c’est à ce moment précis que nous pouvons l’affirmer : non, raconter l’histoire de Myers n’est pas une erreur. Cela perturbe en profondeur tout en bousculant l’ordre des choses. Humaniser ce qui ne l’est pas, faire de l’incroyable un malfaisant en chair et en os, voilà ce qui fait la force de ce remake qui, de fait, justifie parfaitement son appellation.

Et encore, nous n’avons pas tout vu. L’épisode de la fourchette est tout aussi majestueux et la réflexion sur les masques vraiment maîtrisée. Cela donne aussi l’occasion de donner une trouvaille visuelle incroyable par la suite, malheureusement trop courte pour être vraiment appréciée. Tout concorde et chaque explication trouve sa logique, bien que cela puisse faire hurler les plus hostiles.

En outre, il faudra reconnaître que le ton est donné et que cela offre un véritable cachet au scénario. Michael Myers n’est pas un véritable sanguinaire au sens pur. Il ne distingue ni les bienfaits, ni la cruauté. Tout juste se contente-t-il d’abattre froidement ses victimes en les regardant souffrir. Peu de véritables ennemis, juste des obstacles avant de retrouver sa sœur Laurie Strode incarnée par Scout Taylor-Compton (qui dame le pion à Emma Stone).

Michael est devenu un géant (Tyler Mane assure le rôle) et il est temps de quitter l’ajout de Rob Zombie, sous forme de préquelle donc, pour se consacrer à la partie remake. Là où les crimes vont se succéder à un rythme haletant !

Jacquie et Michael

S’il fallait définir Halloween de Rob Zombie, nous dirions qu’il s’agit là d’une pièce à 2 faces. En effet, une rupture existe au milieu de la fiction pour quitter l’analyse psychologique afin de se concentrer sur le slasher. Et si cette seconde moitié était à la hauteur de la première ? Alors sans doute serions-nous tentés de parler d’exploit et de chef-d’œuvre intemporel. Malheureusement, les affaires sont un peu plus compliquées.

D’une part, nous sentons que le réalisateur est nerveux pour la suite des événements. Entre hommages pompeux et structure brouillonne, impossible de ne pas percevoir la chute vertigineuse de qualité. Bien sûr, cela reste suffisamment agréable à regarder mais aucune véritable idée ne sort du bois et si les crimes restent correctement mis en scène, pas de quoi crier au loup.

D’autre part, certains protagonistes sont tout bonnement ratés, à l’instar de Laurie Strode. Reléguée au rang de personnage secondaire, voire carrément de faire-valoir, impossible de s’attacher à elle tant celle-ci est lisse. Idiote. Transparente. Nous ne mettons pas en cause l’acting mais bien l’écriture. Alors oui, nous comprenons la volonté de Zombie de faire du groupe de “keupines” les gourdes un peu gauches inhérentes au genre. Le surjeu est donc volontaire et s’assume jusqu’au bout.

Cependant, cela détruit l’immersion et l’assassinat d’un protagoniste ne nous émeut pas. Dans le même ordre d’idées, les scènes de sexe gentillettes, pour correspondre au poncif des étudiants avides de cul, se montrent répétitives et peu emballantes. On nous montre des corps, pas trop imparfaits pour ne pas dévisser la rétine. Rob piétine alors tout ce qu’il met en valeur une bonne demi-heure avant. L’Amérique poisseuse se confond désormais avec de belles formes, histoire de bien rentrer dans le moule générique du 7ème art. Dommage.

Zombie directionnel

Nous nous montrons bien narquois ! Cela est justifié par une si grande attente brisée par un enchaînement monotone et parfois bordélique, à l’image de cet affrontement final trop long et mal cadré, usant le spectateur jusqu’à la moelle. Evidemment, Rob Zombie n’a pas égaré son talent en route. Cela explique pourquoi l’ennui n’est jamais roi dans le domaine. Mais il y avait tellement de promesses qui, au final, finissent dans le ravin. Néanmoins, certaines facilités sont balayées pour notre plus grand bonheur.

Pas de jump-scares à foison, des apparitions de Michael Myers millimétrées et un ratio d’action respecté, à l’exception, comme nous le disions, du dernier quart. De plus, personne ne pourra reprocher un pastiche plan par plan du matériau d’origine. Non, la production reste suffisamment honnête pour garder sa propre identité, sans transcender l’objet. De surcroît, la scission avec le début est si intense que nous avons même la désagréable sensation d’assister à 2 films distincts.

En revanche, concernant l’OST, c’est du tout bon. Tyler Bates se délecte de la pression pour nous offrir une chouette partition tandis que la playlist rock/garage/metal assure au maximum, participant à la définition de l’atmosphère. Les bruitages sont aussi minimalistes que cohérents et chaque son semble avoir été étudié de près ! Visuellement, même si certains maquillages sont un peu cheap, tout reste crédible sans chercher à en faire des tonnes en omettant avec justesse le trop-plein d’effets spéciaux.

Que reste-t-il de ce Halloween version Rob Zombie ? Une divergence, des coups d’éclat et des regrets. Le métrage reste plus qu’acceptable voire même très bon mais l’éminent monument reste fugace, trop fragile pour marquer au fer rouge le cinévore/cinéphile comme avait pu le faire The Devil’s Reject. Le succès au box-office entraînera l’appel du gain pour une suite où l’ami Zombie se retrouvera impliqué par incidence. Pour nous livrer cette fois-ci sa vision intégrale de la chose.

Pour un bilan supérieur ? Voilà une aventure qu’il nous tarde de vous narrer…

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